ETAPE 3

Ce n'est pas dans les montagnes qu'on trébuche, mais sur de petits cailloux. (Proverbe anonyme)

Mercredi 2 août 2006

Lac Chambon (880 m) - Besse-en-Chandesse (1.020 m) 17 Kms

Hier soir, au " Grillon ", le souper s'est déroulé dans un cadre délicat et distingué. Le menu était composé d'une immense tranche de terrine maison, d'un gros feuilleté de lotte, d'un plateau de fromages et d'un divin croustillant aux myrtilles, le tout arrosé d'un excellent Côtes d'Auvergne. Ce repas festif a parachevé de fabuleuse façon cette deuxième journée de marche.

Auparavant, tout en longeant ses berges, nous avions eu tout le temps de découvrir le Lac Chambon, sa plage, ses restaurants et ses commerces. Aucune affluence, tout était désert. Il ne pleuvait pas mais le temps exécrable ne se prêtait pas à la flânerie et encore moins à la baignade et aux jeux d'eau. Seuls quelques courageux pêcheurs étaient là, recroquevillés à attendre que les poissons veuillent bien de leurs appâts.

Cette ballade avait permis de repérer tout près de l'hôtel les traces rouges et blanches qui bordaient les rives aval du lac, coupaient la Couze sur un large pont de bois, longeaient la plage puis bifurquaient à gauche pour contourner le volcan du Tartaret.

  

 Nous quittons le lac Chambon, non sans avoir donné à manger aux canards

Ce matin, en quittant le " Grillon ", tout naturellement, nous reprenons le même chemin. Il ne pleut toujours pas, mais le temps maussade d'hier soir ne s'est pas amélioré. Toujours cet air frais, idéal pour marcher, mais un ciel bas et grisâtre, qui lui n'est pas propice à la découverte de paysages sur les 17 kilomètres qui nous attendent pour rejoindre Besse-en-Chandesse.

Nous passons devant les campings et quittons les rives du Lac Chambon. Aujourd'hui, sur ce tronçon, je sais que le Petit Poucet n'a déposé aucun autre " petit caillou bleu " pour nous guider. Pas d'autre lac ! Mais la carte annonce quelques tourbières, souvenirs lointains de quelques lacs ou étangs disparus !

  

 Devant la stèle dédiée à Victor Charreton, peintre, chef de file de l'école de Murol

En haut de la première côte, au pied du Tartaret, nous apercevons sur la gauche une stèle dédiée à Victor Charreton, peintre, chef de file de l'école de Murol (1).

Le temps d'une photo au pied de la stèle, nous continuons sur le tarmac en direction des Fougeoles et contournons la puy du Suc du Coq. Là, en direction de Jassat, nous coupons la D.618 à hauteur d'un vaste camping et retrouvons un agréable sentier qui se faufile dans une magnifique combe verdoyante. En entrant dans la forêt de Roche Longue, le dénivelé devient plus escarpé, et en moins de deux kilomètres, on passe de 855 à 1.100 mètres d'altitude. Longtemps, nous côtoyons le ruisseau de Courbanges puis nous coupons celui de Cheix avant d'amorcer un raidillon taillé à même le roc.

(1) Par Ecole de Murol(s), on désigne une cinquantaine de peintres qui, dans la première moitié du XXeme siècle, se sont côtoyés ou succédés dans ce bourg d'Auvergne. Accueillis par l'abbé Boudal, curé de Murol et peintre lui-même, les nouveaux venus eurent pour maîtres les créateurs du mouvement : Victor Charreton, Adolphe Rey, Armand Point, Jules Zingg, Terlikowski, etc.… Chez ces artistes qui se situent dans la suite de l'Impressionnisme et du Fauvisme, on trouve des individualités aussi fortes que diverses, mais ce que tous possèdent en commun, c'est l'amour du paysage, et plus spécialement du paysage sous la neige. Mais pourquoi à Murol ? Le village et ses alentours regroupent énormément de paysages divers : hameaux, points de vue, torrents, bois, chaumières, lacs, etc. Mais c'est surtout, le climat qui attira les artistes. Murol connaît en effet un enneigement fréquent mais non constant tout au long de l'hiver. Cela permettait aux peintres de trouver des sujets variables d'un jour sur l'autre, ce qui n'aurait pas été le cas en plus haute montagne.

  

 Le G.R.30 se faufile dans une combe verdoyante en direction de Jassat

Le chemin finit en terrasses au lieu-dit appelé la " Roche des Jardins " sur la carte. Nous sortons enfin de la forêt et le panorama se découvre dans toute sa splendeur. Au loin, le puy boisé de Bessolles (1.057m), plus près le pic Chauvet (1.004m) et en dessous le vert vallon de Jassat où nous étions, il y a moins d'une heure. Il est 11h15 et l'endroit, fleuri à souhait comme un immense jardin, porte tellement bien son nom, que nous déposons nos sacs à dos pour prendre un brin de repos. Nous ouvrons avec convoitise, comme nous le ferions pour des pochettes-surprises, les paniers repas préparés par le chef cuisinier de l'hôtel du Grillon.

  

Dans la forêt de Roche Longue et au bord du ruisseau de Cheix

Il n'est pas encore midi, mais ce bon dénivelé nous a ouvert l'appétit et c'est à pleines dents que nous mordons dans les énormes sandwichs à la terrine de lapin. Couchés dans l'herbe sous un pin, les pieds dans les śillets nains, les achillées et les pensées sauvages, nous prenons le temps d'observer la nature environnante. C'est d'autant plus plaisant que le temps semble vouloir nettement s'améliorer et la vue porte plus loin. D'ailleurs, dès que nous redémarrons, les toits de lauzes de Courbanges apparaissent déjà dans le lointain. Puis ils disparaissent à nouveau au gré de l'ondulation du Chemin des Quayres. C'est le nom du G.R.30 sur cette portion commune avec un P.R. qui surplombe sur notre droite la vallée et la réserve naturelle de Chaudefour, sur notre gauche, un petit défilé où se blottit Saint-Victor la Rivière. Au loin, devant nous, les Monts Dore et le Sancy sont à peine perceptibles dans un brume laiteuse.

  

 Terrible montée en direction du lieu-dit " La Roche des Jardins "

Derrière nous, le puy de Dôme, toujours présent, réapparaît au dessus de la crête des collines.

Nos estomacs enfin calés, nous poursuivons sur ce chemin cendreux, pentu et rectiligne, bordé de petits genêts, qui laisse sur la gauche le hameau de Courbanges et sur la droite la cascade du Cheix.

Dans un pré, à la lisière de la forêt de Courbanges, près du ruisseau du même nom, nous stoppons cette fois pour une pause déjeuner plus consistante.

Il est midi et demi. Les montées incessantes depuis le départ ont mis à rude épreuve nos mollets déjà endoloris par les étapes précédentes et une nouvelle halte s'impose logiquement.

  

 Le chemin finit en terrasses au lieu-dit appelé la " Roche des Jardins "

Nous restons une heure à nous restaurer et à écouter nos baladeurs MP3, allongés au milieu des gentianes dans des hautes pelouses qui ne demandent qu'à être couchées. A la fin, pendant que je rince, dans l'étroit torrent, fourchettes et couteaux, Dany prépare notre départ et range les sacs à dos. Pour quitter le pré, nous enjambons les barbelés et entrons immédiatement dans l'épaisse forêt de conifères, nous bifurquons sur le premier chemin à notre gauche et quelques minutes plus tard, nous coupons la route forestière de Vanzoux.

Au bout d'une demi-heure, nous ressortons de cette splendide forêt et franchissons le ruisseau de Malvoissière qui coule au milieu de bocages en direction d'un immense plateau.

  

Au lieu-dit appelé la " Roche des Jardins " sur la carte.

Le temps s'est à nouveau couvert et nous sommes noyés dans un brouillard vaporeux. Dans cette atmosphère sinistre, le chemin se glisse à travers des clôtures électrifiées et quelques minuscules tourbières. Dans ce décor automnal, angoissant et désertique, nous avons le sentiment d'une immense solitude. Seuls, le puy des Prêtres (1.213m) et celui de Serveix (1.328 m) fissurent l'horizon. Mais en fait, si l'on y réfléchit, n'est-ce pas cette solitude que nous sommes venus chercher ? Dans nos diverses randonnées et cette quête continuelle de vouloir découvrir ces paysages variés qui nous fascinent tant, n'avons-nous pas aussi aspiré à cet isolement et à cette quiétude ?

  

 Sur le chemin des Quayres en direction de Courbanges

  

Juste avant Courbanges, on aperçoit encore le Puy de Dôme à l'horizon

  

A Courbanges, une certaine lassitude pour Dany qui étire ses jambes

  

Après Courbanges, nous enjambons la clotûre pour pique-niquer dans un pré

  

 Dany dans l'épaisse forêt de Courbanges

  

 

 

Après Courbanges, sur ce plateau herbeux, un sentiment de grande solitude

Des vols de passereaux, un grand troupeau de Salers, et quelques buses qui volètent au dessus de nos têtes nous apportent l'assurance que nous ne sommes pas seuls sur cette étendue herbeuse. D'ailleurs, moins d'une heure plus tard, le sentier débouche sur une route goudronnée au hameau de Leylavaux. Mais une fois de plus, il n'y a personne ! Seuls de petits chatons à la fenêtre d'une grange attirent l'attention de Dany qui se précipite pour les approcher. Apeurés, ils disparaissent dans les poutres et les bottes de foin. Nous suivons la route, dépassons les quelques maisons de La Bouay puis par la droite, nous quittons le bitume en direction de Besse-en-Chandesse (2) dont les premiers toits de lauzes se dévoilent à travers les futaies.

(2) Besse-en-Chandesse est une petite ville d'Auvergne intéressante à visiter. Cet ancien bourg médiéval, construit à 1.050 m d'altitude, conserve de vieilles demeures et des fortifications destinées à protéger autrefois les richesses de la cité. On a construit la plupart des maisons avec des roches volcaniques (lave noire, basalte). Pour découvrir la ville et son histoire avec plus de détail, je vous conseille de consulter le très joli site suivant :

http://ecoles.ac-rouen.fr/aubin-epinay/Auvergne/Besse_en_Chandesse.htm

  

Au hameau de Leylavaux, Dany observe des chatons dans une grange

Malgré une fine bruine qui ne mouille pas, nous stoppons sur un terre-plein qui domine la ville. Au milieu des fougères, des genêts et des épilobes, nous prenons le temps d'admirer la belle cité historique et profitons de cette aubaine pour terminer les derniers fruits de notre panier-repas.

  

 En arrivant à Besse-en-Chandesse, le G.R.30 surplombe la cité

Le chemin descend vers La Villetour, traverse le D.36 puis grimpe vers le vieille ville de Besse jusqu'à la porte du beffroi. Après une journée de marche solitaire et silencieuse, nous regagnons avec appréhension la civilisation. Une foule animée et bruyante, une circulation insensée de voitures avec leurs klaxons, nous avons le sentiment de tomber dans une caisse de résonance insupportable. On s'empresse de trouver l'hôtel La Gazelle, pas très loin des remparts de la cité ancienne mais suffisamment distant et isolé pour être complètement au calme.

  

 Dany est heureuse d'arriver à Besse-en-Chandesse, terme de notre 3eme étape

L'hôtel La Gazelle est un grand et beau chalet avec une vaste véranda panoramique. Nous y sommes accueillis avec beaucoup de chaleur par la charmante propriétaire et le service est d'une grande qualité. Rien de manque : piscine intérieure, sauna, jacuzzi, salle de jeux, tables de billard et de ping-pong, parc, terrasses, aires de jeux, etc... Nous ne profiterons pas de toutes ces possibilités, mais en réalité, après une harassante journée de randonnée, il manquait pour nous détendre une chose primordiale ; de l'eau tiède dans la piscine et le jacuzzi pour que notre fin d'après-midi soit parfaite !

Impossible de rester longtemps dans cette eau fraîche, aussi, et malgré des jambes encore " lourdes ", nous préférons partir visiter la cité médiévale.

Après deux heures de visites, nous regagnons l'hôtel sous une pluie fine qui à la nuit tombante se transforme en déluge. Après un peu de lecture et l'analyse de l'étape de demain, il est à peine 19h30 quand nous gagnons la grande salle à manger. La patronne nous a prévenu : si vous voulez être tranquille pour le souper, descendez tôt ! Plus tard l'ambiance risque d'être bruyante car j'attends des équipes cyclistes qui participent à la course Paris-Corrèze !

Décidément on mange bien en Auvergne, car une fois de plus, le menu proposé titillera à souhait notre palais. Composé d'une salade auvergnate, d'une entrecôte de Salers au bleu, d'un plateau de fromages et d'une pompe aux pommes, ce souper met magnifiquement fin à cette troisième journée pédestre en Auvergne.

Chahutée par une pluie battante qui frappe avec violence le carreau de notre fenêtre, notre nuit sera moins douce et moins réparatrice que les précédentes. Il est vrai que je ne cesse de penser à l'étape de demain si ces trombes d'eau venaient à perdurer. Pendant longtemps cette obsession m'empêche de dormir puis la fatigue m'envahit….

 

 

Visite de bourg médiéval de Besse-en-Chandesse

  

 

Après 17 kms, nous pouvons enfin nous relaxer dans la piscine de " La Gazelle ", mais dommage l'eau est fraîche.

 

 

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