ETAPE 5

L'Auvergne... C'est un secret plus qu'une province. Elle vous tourmente toujours d'un tendre songe. C'est quand on l'a trouvée qu'on la cherche le plus. (Alexandre Vialatte- romancier et chroniqueur français-1901-1971)

Vendredi 4 août 2006

Compains (995m) - Egliseneuve-d'Entraigues (955m) 20 Kms.

Est-ce les premiers signes de la fatigue qui se font sentir ou ai-je eu besoin de récupérer de ma nuit pluvieuse et agitée d'hier ? Toujours est-il que j'ai super bien dormi et qu'il est plus de huit heures lorsque j'ouvre les yeux. Dany, enfouie sous la couette, dort toujours car j'entends distinctement ses " mélodieux " ronflements saccadés. Comme toujours depuis notre départ, je me lève et me dirige directement vers la fenêtre. La fenêtre de l'hôtel, c'est ma télé avec ma météo en temps réel ! Il est vrai qu'avec les problèmes articulaires de Dany, j'appréhende qu'il fasse trop froid et par dessus tout qu'il pleuve abondamment.

Il y a toujours cette brume mais bien moins grise qu'hier et surtout plus haute, ce qui est prometteur pour cette longue randonnée sur des plateaux dont l'altitude va osciller entre 1.000 et 1.250 mètres.

 

Quelques moutons pâturent dans la verdure alors que Compains s'éloigne

Je me penche à la fenêtre et regarde dans la rue. Suis-je entrain de rêver ou mon imagination me joue-t-elle encore des tours ? Deux hommes et une femme se baladent en kimonos de judo au pied de l'hôtel ! J'écarquille les yeux mais je ne rêve pas, il y a bien trois gaillards avec une ceinture noire et la panoplie complète de David Douillet qui traversent le hameau.

 

G.R.30 déroule son ruban jusqu'à l'horizon au milieu de clôtures interminables

Dany s'extirpe de dessous sa couette. Pourtant, je n'ai fait aucun bruit car la moquette amortit mes pas. Je me dis qu'elle a certainement assez dormi mais je me recouche rassuré par cette météo bien plus clémente qu'hier. Je reprends mon bouquin " les grands chemins " là où je l'avais laissé hier soir, quand soudain, Dany sort de sa léthargie :

- Tu te mets à lire maintenant ? T'as vu l'heure ?

- Oui et alors !

- J'ai faim, on va déjeuner ?

- Si tu veux, mais il n'y a pas le feu aux lacs de Godivelle !

- Si l'étape est longue, je préfère partir au plus vite pour ne pas speeder ce soir !

- OK, je vais me doucher.

Neuf heures, nous sommes seuls au petit déjeuner, la patronne est d'excellente humeur. Elle part nous préparer des sandwichs pour midi puis quand elle revient, une conversation très courtoise s'installe. Nous apprenons qu'elle est la maman de la chef de cuisine qui nous a accueilli hier soir et que les " Diablaires " sont membres de l'Association des Restauratrices d'Auvergne. Cette association regroupe de jeunes restauratrices dont la charte est de confectionner une cuisine régionale de qualité avec d'authentiques produits du terroir dans le respect dans la plus pure tradition auvergnate.

- Vous avez bien dormi ?

- Oui, très bien !

- Vous n'avez pas été ennuyé par l'ambiance d'hier soir ?

- Non, pas du tout, on n'a rien entendu ? Par contre, ce matin, il me semble avoir vu des judokas dans la rue?

- Oui, c'était bien des judokas et c'était bien les jeunes qui étaient au bar hier soir ! Chaque année, ils viennent faire des stages au village. Mais je crois que c'est un judo un peu spécial ! Le Ju-No-Michi, ça s'appelle je crois ! Mais ils sont tous très gentils et ça se passe toujours très bien !

 

Après Brion et avant Godivelle dans le Bois de la Garde

Décidemment, je me suis trompé sur toute la ligne quant à la qualité de l'accueil des " Diablaires ". Dans l'ensemble, hors mis ce petit souci de réservation, " après ce raté à l'allumage ", le reste a plutôt été très bien.

Finalement, ce matin, j'ai retrouvé toute ma bonne humeur et suis en pleine forme. Un bon gros dodo, un copieux petit déjeuner, un temps plus clément, je sens que tout est en place pour une journée de marche qui va être excellente.

Une fois encore, je vis le départ de cette nouvelle étape avec beaucoup de plaisir et d'entrain. Malgré les kilomètres déjà effectués, je ne suis pas rassasié et je n'ai pas pleinement assouvi mon envie de marcher. Je languis ce démarrage de Compains comme la promesse d'une gourmandise, comme une tarte insaisissable derrière la vitrine d'une pâtisserie. Je trépigne, j'aspire d'en franchir la porte pour partir avec ma boîte à gâteaux dans les bras. Malgré ses douleurs, Dany semble partir avec la même envie.

 

Arrivée au village de Godivelle puis au bord du lac d'En-Bas

Mais je me rends vite à l'évidence quand j'harnache mon sac à dos, au lieu d'un gros gâteau, c'est bien une besace de 12 kilos que j'ai sur les épaules et le départ tout en montée dans le Bois Saint-Georges est très difficile. Il l'est pour moi et encore plus pour Dany qui traîne à l'arrière comme jamais jusqu'à présent. Heureusement, il y a toujours ces paysages d'une grande douceur qui atténuent les difficultés. Quelques moutons qui pâturent dans la verdure alors que Compains s'éloigne. Puis après quelques pénibles lacets bourbeux, nous quittons le bois, pour d'immenses plaines herbeuses aux formes arrondies. Dans ces paysages oblongues et désertiques, il y a heureusement quelques burons et quelques collines boisés pour couper cette monotonie. Malsagne, Barbe Sèche, Blatte, La Taillade, voilà dans ce coin des noms qui claquent et qui reflètent bien la rudesse de la vie rurale auvergnate.

Dans ces vastes étendues, le G.R.30 déroule son long ruban jusqu'à l'horizon au milieu de clôtures interminables. Tout en marchant, nous constatons que ces clôtures sont le terrain de jeu favori de nombreux passereaux. Très souvent, chaque petit pieu est occupé par un oiseau et au fur et à mesure que l'on avance, il progresse avec nous en sautant de piquets en piquets. Certains plus craintifs que d'autres s'envolent plus loin. Les plus audacieux sautillent à peine sur les barbelés. D'autres encore plus téméraires ne bougent quasiment pas et attendent que plusieurs de leurs congénères s'enfuient pour prendre à leur tour leur envol.

Ces barbelés et ces poteaux sont les planches et les tréteaux d'un véritable théâtre animal. Et comme des acteurs qui s'éclipsent derrière le rideau d'un théâtre, aussi soudainement qu'ils sont venus, les oiseaux s'évaporent dans la nature.

Une fois encore, on se sent très seuls au beau milieu de ces gigantesques prairies et le moindre mouvement ou battement d'ailes est prétexte à une attention de notre part. Lorsque nous arrivons sur la D.36 à Brion, célèbre par son foirail selon le topo-guide, après quatre kilomètres et demi de marche, nous avons croisé en tout et pour tout deux vététistes.

Notre arrivée à Brion est un bien grand mot, nous ne croisons personne, il n'y a pas de foirail aujourd'hui et pas âme qui vive. D'ailleurs, le G.R. bifurque vers la droite à angle droit et évite le centre du petit hameau. Le G.R.30 commun avec le G.R.41 depuis le Pavin devient commun avec le Tour du Cézallier. Après Brion, nous grimpons sur un chemin bourbeux qui zigzague au milieu de très hauts stockages de bois coupés. Nous avons pris de la hauteur et la vue est tellement belle que nous stoppons quelques minutes pour une pause " barres de céréales ". Allongés dans l'herbe, de cet endroit, nous percevons nettement toute la distance accomplie depuis ce matin et le chemin qui se faufile à travers les montagnes de Barbe Sèche et de Blatte, les plaines boisés et quelques tourbières inondées. Sur notre gauche, apparaît un mamelon plus haut que les autres : Le Teston de Joran (1.322m).

 

Le lac de Godivelle d'En-Bas, un autre beau " petit caillou bleu "

Quand nous repartons, un peu de distraction survient dans notre nonchalante promenade sous les traits de quelques cavaliers qui randonnent pendant que dans le creux d'un vallon plusieurs paysans courent en direction d'un groupe de chevaux. Un cheval gît à terre. Est-il blessé ? Est-ce une jument qui est entrain de mettre bas ? Nous stoppons mais sommes trop loin pour voir ce qu'il se passe mais suffisamment près pour ne pas oser sortir les jumelles et passer pour des gens trop curieux.

 

A Godivelle, devant le plus grand fontaine du département

 

Nous quittons Godivelle et sa belle petite église du XIIeme siècle

Sans avoir compris, nous continuons notre route, longeons une plantation d'épicéas, puis traversons le Bois de la Garde pour en ressortir quelques minutes plus tard au milieu de tourbières de la Coualle Basse. Dans ce dédale de ruisseaux, de joncs et de sphaignes, nous empruntons des pontons et quand il n'y en a pas, c'est avec prudence que nous progressons en tentant de poser chacun de nos pas sur des bourrelets de tourbes ou de laîches pour éviter de nous embourber.

 

Le lac de Godivelle d'En-Haut

 

Vue sur le lac de Godivelle d'En-Haut et d'En-Bas depuis la Croix Janson 1.292m

Il est presque midi, Dany a très faim, mais dans ce milieu hostile, il est impossible de s'arrêter, d'autant qu'une forte brise s'est mise soudain à souffler.

Je regarde mon topo et constate que Godivelle n'est plus très loin. Dany ronchonne un peu mais nous n'avons pas trop le choix car il n'y a pas vraiment de " super coin " pour se poser. Encore un kilomètre et nous entrons dans le hameau. Pour avoir bien étudié le parcours, je sais qu'il y a deux lacs à visiter, un en bas et l'autre en haut et la Maison des Tourbières.

A l'entrée du village, la première route à gauche indique le lac de tourbières de Godivelle-d'En-Bas (1) qui s'inscrit dans une réserve naturelle nationale (2). Je n'ai pas envie de manquer ce beau petit " caillou bleu " et je m'y dirige alors que Dany a plutôt envie d'entrer dans le village pour trouver un banc ou un endroit pour pique-niquer. Elle marmonne encore un peu mais je la persuade de me suivre quand je lui dis qu'on trouvera bien un coin propice pour manger en bordure du lac.

Le temps de quelques photos et nous voilà enfin installer au bord du lac ou plutôt de l'étang à voir la flore qui y règne. Des prêles, des épilobes et quelques arbres, saules et bouleaux, qui ont commencés à coloniser les berges. Dans l'eau, il y a essentiellement des joncs. Pendant le repas, nous sommes surpris de ne pas être ennuyer par des insectes qu'on aurait pu croire très nombreux dans cet écosystème hydrophile. Avant de quitter les lieux, j'insiste pour prendre une belle photo de Dany assise sur les vestiges d'une barque à fond plat. Elle s'exécute pour me faire plaisir mais avec la trouille de passer à travers.

(1) Le lac de Godivelle d'En-Bas est un lac d'origine glaciaire de 15 hectares, de faible profondeur car n'excédant pas trois mètres. Il est situé à une altitude de 1.200 mètres sur la commune la plus haute du département (1.205m) et dans la Réserve Naturelle des Sagnes de la Godivelle. Il forme avec le lac de Saint-Alyre, une immense tourbière.

(2) La Réserve Naturelle Nationale de La Godivelle est gérée par le Parc naturel régional des Volcans d'Auvergne. D'une superficie de 24 ha, elle est composée de deux parties : la plus grande autour du lac-d'en-Bas, et la plus petite sur la tourbière de le Coualle Basse, à un kilomètre au nord du Lac. Les recensements naturalistes dénombrent actuellement plus de 1500 espèces faunistiques et floristiques, dont plus de 80 sont protégées du niveau régional à international. Certaines sont inscrites sur les Livres Rouges des espèces menacées au niveau régional à européen. La flore de la tourbière accueille par exemple telle le droséra à feuilles rondes, une plante carnivore, et la Ligulaire de Sibérie. Plusieurs espèces de papillons remarquables sont également présentes sur le site, tout comme des coléoptères, orthoptères, etc. De nombreux oiseaux migrateurs viennent y faire escale.

 

Paysages après Godivelle : Dieu qu'il est encore loin le Sancy ! semble dire Dany

Nous repartons rapidement vers le village à la recherche d'une épicerie ou d'un bar car Dany a envie d'un bon café et moi d'un autre casse-croûte car un seul sandwich, c'est bien trop peu pour moi. Cette quête nous fait atterrir au gîte des Sagnes et nous fait oublier la Maison des Tourbières. Installés à la terrasse, le patron du gîte est intarissable quant il s'agit de décrire les beautés du Cézallier, de vanter les plaisirs de faire du ski ou des raquettes sur ces hauts plateaux volcaniques.

En bon commercial qu'il est, il argumente sur la qualité de ses prestations et finit par nous laisser sa carte. Quand nous le quittons, il a réussi à nous donner cette envie de revenir à une autre saison et quant on y pense :

Dieu que ces immenses étendues doivent être belles sous la neige ! Il parait qu'en hiver, on appelle cette région la Sibérie d'Auvergne !

Nous quittons notre compagnon hôtelier mais le village mérite qu'on s'y attarde car il y a une très belle église construite au XIIeme siècle et surtout la plus grande fontaine du département (3). Quelques photos et il est temps d'aller voir le lac de Godivelle-d'en-Haut (4). Le lac d'en-Haut n'est pas bien loin, une ou deux ruelles en lacets pour sortir du village puis un large sentier qui grimpe droit vers le nord sur deux cent mètres environ.

(3) La fontaine située sur la place de l'église est la plus large du département du Puy-de-Dôme. Sa création est attribuée à l'un des anciens maires de la commune. Celui-ci, au vu des difficultés d'abreuvage des bêtes durant l'hiver (qui devaient monter jusqu'au Lac-d'en-Haut), et des problèmes d'approvisionnement en eau pour la consommation publique et pour la lutte contre d'éventuels incendies, décida de faire bâtir cette fontaine, où près d'une trentaine de bêtes peuvent s'abreuver en même temps.

(4) Le lac d'En-Haut est un lac de cratère d'origine volcanique situé à 1 239 mètres d'altitude. Il n'est alimenté par aucun affluent et n'a pas d'émissaire permanent. Il a une forme circulaire et un diamètre de 300 mètres pour une superficie de 15 hectares. Il fait partie des lacs les plus oligotrophes d'Europe, c'est-à-dire que ses eaux sont très pauvres en éléments nutritifs et en matière organique. Il a une profondeur de 44 mètres et alimente le village en eau potable.

 

Alorrr….s la Marrr…ie, il est pas beau mon trrr..acteurrr…. ?

Quelques voitures et quelques camping-cars de touristes sont déjà là sur le parking. D'autres promeneurs comme nous sont surpris d'être bloqués devant une barrière qui interdit l'accès aux rives du lac. Je décide de poursuivre le sentier mais très rapidement, je m'aperçois que ce dernier s'écarte du lac et que je ne pourrai donc pas le photographier. Je compulse mon topo-guide et constate qu'il est possible depuis le sentier de monter à la croix de la Montagne Janson qui culmine au dessus du lac à 1.292 mètres et de découvrir ainsi un panorama sur les lacs, le village, les Monts du Cézallier et du Cantal. Encore faut-il pour cela enjamber les barbelés et passer outre les nombreuses pancartes qui interdisent l'accès au site à cause des terrains réservés aux estives.

Une fois encore, je gravis seul cette montagne pendant que Dany m'attend sur le G.R.30.

Quand cinq minutes plus tard, j'arrive à la croix, le décor à 360 degrés est fantastique. Juste en dessous, et comme une dégringolade de perspectives, il y a le cercle bleu-gris du lac d'en-Haut, puis un peu plus bas le village et sous le village le lac d'en-Bas où nous avons déjeuné. Tout autour, ce qui frappe c'est qu'il n' y a que du vert : quelques tourbières verdâtres, des chapelets de forêts émeraudes et surtout des pelouses, des plaines et des plateaux d'un vert intense. Seul le ciel tranche avec une voûte azurée vers le nord et des nuages laiteux qui filent vers le sud en laissant leurs colossales silhouettes sur les verdoyantes prairies.

 

A Espinchal, Dany lors d'un bain de pied rafraîchissant et sur le place du village

Lorsque je redescends Dany est assise sur l'herbe occupée à téléphoner pour donner des nouvelles à nos proches. Je profite de cette pause inopinée pour regarder dans le détail la carte et le topo-guide. Le constat est simple : il est 14 heures et nous avons accompli la moitié de l'étape. Quand nous redémarrons, je ne dis rien à Dany car je sais qu'elle est déjà un peu fatiguée mais j'insiste plus souvent pour qu'on marque des temps de repos. Les photos sont souvent un prétexte à des pauses imprévues. Outre, la distance qui reste à parcourir aujourd'hui, ce qui nous frappe, c'est l'éloignement que nous avons désormais avec le Sancy. A Chambon, nous avions la sensation de pouvoir le toucher et maintenant il nous apparaît quasiment inaccessible. Combien restent-ils de jours pour l'atteindre ou l'avoir à nos pieds ? Deux ou trois jours, pas plus !

Nous passons la Ferme de Gaine et avant d'arriver à Sandalouze, je provoque un arrêt dans un champ près d'un tracteur. Pendant quelques minutes, je mime un paysan et roule les " r " et par ces quelques photos amusantes, je contrains Dany à un repos indispensable à ses articulations :

- Alorrr….s la Marrr…ie, il est pas beau mon trrr..acteurrr…. ?

Nous éclatons de rire et nous roulons dans l'herbe comme deux gamins qui s'amusent de leurs propres bêtises. Et bien évidemment, si nous ne rencontrons jamais personne sur le chemin, c'est à ce moment-là, bien évidemment, que passe un groupe de randonneurs. Ils doivent nous prendre pour deux fous ! Mais sans doute, le sommes-nous un peu ! D'ailleurs deux fous en Auvergne, ça ne vous dit rien ? DES PUYS POUR DEUX FOUS bien sur !

Puis, toujours avec le fou rire, nous repartons vers un lot de hameaux qui se côtoient : Sandalouze, La Prunayre et Espinchal.

Avant La Prunayre, le sentier tourne à droite et nous entrons dans Espinchal. Là, nouvel arrêt au bord du ruisseau d'Espinchal ou nos pieds ressuscitent dans l'eau fraîche et revigorante de ce torrent de montagnes.

 

Dany entre Espinchal et Egliseneuve, fatiguée mais toujours courageuse !

Après les pieds, nous rafraîchissons notre gosier par un " Gros Magnum " acheté au bistrot du coin et nous repartons à travers un village endormi. Il y a bien des camions de forains sur la grande place, mais la vie semble soudain s'être arrêtée. Tout est resté en plan, comme si un événement les avait surpris pendant leur travail. Il est 15h30 et l'événement, c'est inévitablement la sieste ! Ici rien ne semble impérieux. Tout comme notre allure qui est une longue flânerie et qui semble déteindre sur cette apathie ambiante.

Après quelques courtes hésitations, nous retrouvons les traces rouges et blanches dans une venelle qui file vers le nord-ouest puis se transforme en un large chemin bordé d'arbres qui grimpe au milieu des près. Le chemin rétrécit et la trace du G.R.30 sur l'herbe des près n'est plus très visible. Heureusement, elle suit des clôtures sur notre gauche et des gros blocs de pierres en terrasses sur notre droite. Malgré le bon dénivelé, ce chemin élastique reste agréable à parcourir sauf pour Dany, qui au bout d'un kilomètre éprouve le besoin de souffler. Couchée sur l'herbe, elle fait un peu de gym et lève les jambes pour une meilleure circulation sanguine. Elle m'incite à faire de même, mais j'avoue que regarder le paysage avec la tête à l'envers, ce n'est pas l'idéal. La tête en bas, elle se met à tourner et j'ai l'impression que les arbres, les près et les voitures qui filent sur la départementale vont tomber dans un immense lac bleuté. Quand je me relève, j'ai l'étrange sensation que moi aussi j'allais tomber dans le ciel.

 

Après Espinchal, Dany fait des mouvements de relaxation

J'ai bien fait de me redresser car deux vététistes descendent vers nous à " fond la caisse ". Quant ils passent tout près des nous, ils ralentissent et j'ai juste le temps de les reconnaître. On se salue. C'est bien les deux cyclistes que nous avons croiser à la Montagne de Barbe Sèche ce matin.

Nous arrivons au carrefour de la Croix-du-Marquis, continuons à gauche puis nous enjambons le ruisseau de Riochaux et remontons en face le bon dénivelé. Le G.R.30 tourne à angle droit au milieu de grosses pierres puis il file vers Redondel dont il coupe le hameau constituait d'authentiques fermes auvergnates. Après quelques mètres sur un portion carrossable, le sentier devient boueux, côtoie quelques tourbières puis monte en direction de le " La Cime des Près ", une grande ferme que l'on aperçoit de loin mais qu'on n'atteint jamais. Puis sur des plateaux ondulés, le chemin paraît vouloir s'égarer dans des pelouses rases.

 

Dany à notre arrivée au lac d'Entraigues

Il finit par rejoindre le tarmac au lieu-dit La Clide, qu'il délaisse aussitôt pour un chemin plus boisé au lieu-dit Les Angles. Là encore, le chemin part en angle droit et longe vers le nord une épaisse forêt de feuillus. Sur ce secteur, nous sommes tout un groupe de randonneurs et c'est un enfant qui fait office de guide en marchant devant nous.

On s'aide mutuellement à franchir les nombreuses clôtures qui barrent le chemin puis on arrive enfin sur une passerelle au dessus de la cascade d'Entraigues. La passerelle prend pied au bord d'un étang et c'est ici réellement qu'on se retrouve nez à nez avec une grouillante population. Il règne à ce carrefour une activité intense, alimentée il est vrai pour un immense camping tout proche. Des pêcheurs, des campeurs, des promeneurs, des enfants et leurs mères, des randonneurs. Tout ce petit monde grouille autour de l'étang et de la cascade.

Le temps de demander notre chemin et nous ne tardons pas à partir de ce coin fourmillant. Nous franchissons la Clamouze puis empruntons la D.978 sur plus d'un kilomètre. Il est 18h30 quand nous entrons dans le village aux toits ardoisés d'Egliseneuve d'Entraigues.

 

Dany devant l'église Saint-Austremoine d'Egliseneuve d'Entraigues

 

L'hôtel-restaurant d'Entraigues.

Nous trouvons aisément l'hôtel d'Entraigues où nous prenons nos quartiers. Ensuite comme nous le faisons toujours, malgré les kilomètres parcourus, nous partons visiter le bourg. Comme souvent, la vie s'est organisée autour de l'église. Elle s'appelle Saint-Austremoine. Il y a bien en ce moment une exposition de peintures mais il est tard et l'église est fermée. Nous en faisons le tour et partons voir les quelques commerces. Pour changer l'ordinaire, nous commandons un poulet rôti et des chips au traiteur du coin pour le pique-nique du lendemain.

L'heure de réintégrer l'hôtel pour le souper est arrivée. La cuisine de l'hôtel d'Entraigues est à la hauteur. Un excellent tripoux aux lentilles blondes de Saint-Flour pour Dany et un aligot parfaitement au point et des saucisses de pays pour moi, le tout accompagné d'un excellent Corent gris. Et comme cerise sur le gâteau, un air d'accordéon et le chant harmonieux du patron. Malgré cette agréable fin de journée, nos organismes réclament du repos. D'ailleurs, nos paupières sentent bien ce besoin, elles qui n'hésitent pas à vouloir se fermer pendant le dessert.

 

 

Cliquez sur la carte ci-dessus pour passer à l'étape suivante