ETAPE 6

Le fou est celui qui parle aux arbres et aux cailloux. Le poète est celui qui leur répond. (Patrick Sébastien-Chanteur-1953)

Samedi 5 août 2006

Egliseneuve-d'Entraigues (955m) - St-Genès-Champespe (1.014m) 21 Kms.

Ce matin, je n'ai pas besoin de me lever du lit pour connaître la météo car du bout de pied j'écarte le voilage et le ciel d'Egliseneuve apparaît. Le jour n'est pas complètement levé et le soleil, qui pointe le bout de ses rayons, colorie les nuages d'une couleur orange pastel.

 

Les rayons du soleil font miroiter les ardoises éblouissantes des toits du village

 

Les branches des noisetiers esquissent des fenêtres sur les Monts du Cézallier

Après une nuit de sommeil, agitée par nos douleurs respectives, musculaires pour moi et articulaires en sus pour Dany, la douche et le petit déjeuner finissent de nous remettre sur pieds pour cette nouvelle longue étape qui s'annonce. Vingt et un kilométres sont au programme pour atteindre Saint-Genès-Champespe.

Nous récupérons notre poulet et nos chips chez le boucher puis avons un mal fou à sortir du village et à récupérer le balisage du G.R.30.

Les traces rouges et blanches une fois retrouvées sont maintenant communes avec le G.R.4. D'emblée, le G.R.30 monte dans un bois de feuillus au milieu des pacages, et c'est en compagnie de deux jeunes filles d'origine asiatique que nous escaladons les premières rampes. Après une sérieuse grimpette en sous-bois, nous arrivons sur une plate-forme d'où l'on distingue Egliseneuve d'Entraigues dans le creux du vallon. Les faibles rayons du soleil font miroiter les ardoises éblouissantes des toits du village. La pente se stabilise, devient faux plat et nous arrivons enfin sur un plateau agraire. Le sentier file vers la Ferme d'Auger à travers de petits chênes-lièges et des noisetiers dont les branches de temps en autre esquissent comme des fenêtres sur les Monts du Cézallier. Le G.R.4 quitte le G.R.30, puis à l'approche du hameau Les Aveix, le chemin devient plus tortueux, presque impraticable car fortement raviné. Un vrai " tort-chevilles " crotté de bouses de vaches et boueux à l'extrême. Sur plusieurs centaines de mètres, c'est presque un parcours du combattant. Puis le sentier, bordé de hêtres noueux, redevient plus plaisant. Sur la droite, il surplombe Les Aveix et sa carrière de basalte, sur la gauche d'interminables marécages. Puis aux abords de l'Esclauze dont on aperçoit au loin le lac et le village, au lieu-dit les Chirouzes, le G.R.30 descend dans une cuvette occupée par des marais. Une fois de plus, j'hésite à aller voir le lac de l'Esclauze qui se trouve à dix minutes de marche selon le topo-guide. Dany n'a pas trop envie et à choisir, elle préfère s'arrêter pour grignoter un peu. Entre deux zones humides, sur un monticule rocheux, nous stoppons pour manger un peu. Il est 11 heures et les deux jeunes filles, qui marchent au même rythme que nous, font de même.

 

Nous traversons le ruisseau de Gabacut puis Dany observe avec tristesse un petit veau qui boite bas et qui est embourbé dans la tourbière

Après cette collation, le chemin descend en pente douce jusqu'au ruisseau de Gabacut que nous franchissons sur des poteaux de béton en guise de passerelle.

Il est si difficile de retrouver les marques du G.R. dans ce labyrinthe d'eau et d'herbe que je décide de partir à droite de la prairie pour suivre des clôtures. Au bout de moment, force est de constater qu'il n'y a plus aucune trace et je consulte le topo-guide. Nous n'avons pas de chance car le topo indique de suivre la rive du Gabacut qui, elle, se trouve à gauche de la prairie. Nous coupons ce pâturage marécageux dans sa largeur en faisant très attention aux nombreuses fondrières remplies d'eau et de boue. Tant bien que mal, et surtout sans trop nous enliser, nous finissons par traverser mais un petit veau a un moins de chance que nous. Il est là, bloqué, boitant bas, au milieu de la tourbière. Il a toutes les peines de monde à sortir de ce bourbier sur les trois pattes valides qu'il lui reste. Dany est dans tous ses états et se morfond quant au devenir du petit animal. Mais que faire, nous ne pouvons pas l'aider et encore moins le sortir de ce piège gluant. Pour lui, un seul espoir : trouver enfin un terrain sec pour pouvoir rejoindre sa mère et ses congénères que l'on aperçoit sur une butte pas très éloignée. Mais malheureusement, s'il a une patte cassée, comme je le crains, il y a de forte chance qu'il finisse très rapidement en escalopes ou en paupiettes. Quand on regarde ses grands yeux pleins d'angoisse et de tristesse, nous sommes accablés à l'idée de cette triste perspective.

 

Les beaux champignons du Bois de Tenezeyre

 

Dans le Bois de Tenezeyre puis sur un pont enjambant le ruisseau de Taurons

Contraints, nous le laissons à son sinistre destin avec l'idée de prévenir un paysan si nous en rencontrons un dans les parages. Puis nous sortons du marécage en longeant un gros muret de pierres sèches, coupons une première route puis une deuxième, la D.88, juste après les fermes de Lamadeuf. Malheureusement, pour " notre petit veau ", nous ne croisons personne susceptible de lui venir en aide, même les fermes semblent désertées. Nous laissons sur la gauche le hameau de Chabrol avec son petit lac qui est une retenue artificielle et nous poursuivons tout droit en direction du Bois de Tenezeyre. Nous longeons longuement le ruisseau de Taurons puis rapidement on s'enfonce dans un bois touffu où le sentier se glisse au milieu de belles fougères et d'épaisses mousses transpercées de temps à autres par d'énormes champignons. Les myrtilles, par endroit, nombreuses dans ce secteur arrivent à ralentir notre rythme.

 

Sur le rivage du lac de Taurons

Après la pause déjeuner, nous repartons plus légers, le poulet et le gros de nos vivres ayant disparu de nos sacs, nous coupons le ruisseau sur un petit pont de bois en direction du Bois de Monge. Nous longeons un pré, puis suivons à nouveau le ruisseau sur sa rive droite jusqu'au lac du Taurons (1) que nous ne tardons pas à atteindre. Nous dérangeons quelques canards qui sommeillent la tête blottie dans leurs ailes au milieu des nénuphars et quelques grenouilles effrayées qui se jettent à l'eau à notre approche. Le temps de figer sur la pellicule ce lac sombre bordés de feuillus puis nous partons vers le nord en trottinant sur les berges.

(1) Le lac du Taurons est une retenue semi-artificielle de 20 ha qui fait partie des quatre lacs de l'Artense (Lastioulles, Crégut, Tact). Cette retenue est réalisée par un barrage hydroélectrique. A l'origine ces lacs étaient moins profonds et moins étendus avant qu'EDF ne les équipe pour produire de l'électricité.

 

Nous longeons solitaires les rives du lac de Taurons vers le lac de Crégut

Après avoir contourner l'extrémité du lac, nous coupons le bois par un chemin empierré pour atteindre le lac de la Crégut (2). Nous continuons par les berges à la lisière du Bois des Gardes, avec des hêtres parfois insolites, aux branches étranges, dignes de la Forêt de Brocéliande ou sortis tout droit d'un dessin animé de Walt Disney. Nous traversons la D.30 puis toujours en direction du nord, nous poursuivons au bord du plan d'eau sur plus d'un kilomètre. Malgré la fatigue, cette marche à l'orée des bois sur le pourtour des lacs est particulièrement plaisante, aussi nous lambinons comme jamais et oublions le temps qui passe. Une fois de plus, nous ne rencontrons personne et c'est dans un silence quasi religieux que nous progressons. Les seuls bruits sont ceux du froissement de nos godillots sur les tapis de feuilles, les bruissements et les bourdonnements de quelques insectes d'eau, les chants mélodieux de petits passereaux qu'on a du mal à apercevoir dans cette flore exubérante et plus rarement les " coins-coins " de quelques canetons que notre présence semble contrarier. Avec ses bosquets sombres, ses près verdoyants qui descendent en pente douce jusqu'aux berges, le grand lac de la Crégut est très beau en cette après-midi ouatée. Sur l'eau, les nénuphars parés de leurs fleurs blanches au milieu des reflets du ciel ressemblent à des tableaux de Claude Monet.

(2) Le Lac de la Crégut est un lac de surcreusement glaciaire d'une superficie de 36 ha et profond de 26 m. Il est alimenté par d'importantes sources sous lacustres. Seul lac d'origine glaciaire d'Auvergne a ne pas être envahi par une tourbière. Il a été transformé par l'homme en un barrage artificiel. En effet, sa profondeur et ses berges escarpées à beine étroite permettent à la végétation de s'implanter seulement sur une bande étroite du pourtour. On y trouve cependant des plantes flottantes tels les nénuphars. Ce lac permet le transfert des ruisseaux de l'Eau Verte et de La Tarentaine qui alimentent la retenue de Lastioulles.

 

Nous quittons le lac de Taurons par le bois de Garde aux arbres étranges

Nous quittons les rives du lac de la Crégut et entrons plus profondément dans la forêt par un chemin qui grimpe en côtoyant la rive droite d'un petit ruisseau. Nous atteignons un chemin d'exploitation forestier qui descend dans un sous-bois et débouche au bord du lac du Tact (3). Nous longeons le rivage, croisons quelques pêcheurs et nous arrêtons pour une belle photo au passage du déversoir. Plus loin, sur le versant Est du lac, nous stoppons quelques minutes pour un répit devenu indispensable.

(3) Le lac du Tact est une cuvette glaciaire würmienne qui a été aménagée en une retenue artificielle par un barrage EDF. Le lac a une superficie de 15 hectares pour une profondeur maximale de 8 mètres. En plus de son cours d'eau affluent, le lac est alimenté artificiellement par une prise d'eau du ruisseau de l'Eau Verte.

 

Le lac de la Crégut

Avant d'arriver à l'extrémité Nord du plan d'eau, le G.R.30 par en épingle à cheveux et coupe vers l'Est dans toute sa largeur le touffu Bois des Gardes. Après un bon dénivelé, nous traversons le hameau de Laspialade où j'ai juste le temps de prendre en photo, quelques hirondelles dans un ciel bleu soudain purgé de tout nuage. Il y a bien un autre petit lac à une heure aller et retour, le lac de Laspialade, mais Dany est si exténuée par les kilomètres que je n'envisage pas une seconde d'aller voir ce " petit caillou bleu " supplémentaire. Le topo-guide dit qu'il est un petit lac de surcreusement glaciaire de 5 ha et de 12 mètres de profondeur ceinturé par des tourbières aux tremblants très développés. Ses eaux très froides nourrissent des truites que l'on dit immangeables à cause du goût résineux de leur chair.

 

Nous prenons le temps d'observer la nature et les nénuphars du lac de la Crégut

Mais aujourd'hui, nous avons eu notre compte de lacs et il nous tarde d'arriver à la fin de l'étape. Malheureusement, nous ne sommes pas au dénouement de notre parcours car de Laspialade à Saint-Genès-Champespe, il y a environ deux kilomètres et demi à parcourir. En plus sur cette portion, le G.R. se hisse doucement mais sans cesse, d'abord dans un chemin creux, puis à travers une hêtraie bordée de murettes élevées qui arrivent à la ferme des Vergniauds. De cet endroit, on peut enfin soupirer, car on aperçoit les premières maisons et la flèche du clocher de l'église de Saint-Genès-Champespe. Il est exactement 19 heures tapantes quand nous entrons dans le joli hameau. Au centre du village, aucune indication quant à l'hôtel du Midi et quand nous partons à gauche en direction de la belle église, c'est tout à fait par chance que nous tombons sur l'établissement qui doit nous accueillir.

 

Dany devant le déversoir du lac de Tact

 

Nous quittons le lac de Tact en direction du hameau de Laspialade

Nous retrouvons les deux jeunes filles qui sont entrain de siroter un apéritif sur la terrasse ensoleillée. Sur la fin du parcours, comme nous flânions tout le temps, nos compagnes de voyage nous ont distancées sans aucune peine. L'auberge est surprenante car elle fait hôtel, bar, restaurant, boulangerie, pâtisserie et épicerie. Quant on est à l'extérieur devant les façades, on a l'impression d'être devant des boutiques différentes mais une fois à l'intérieur on comprend très vite qu'il s'agit d'un seul et unique commerce. La charmante et agréable patronne passe de la salle du restaurant au bar, du bar à la boulangerie et de la boulangerie à l'épicerie et vous reçoit toujours avec le même sourire. Seul inconvénient, à la fin, on a une seule note qui paraît un peu plus salée.

Mais il n'y a rien à redire à l'Hôtel du Midi, notre chambre sous les toits est simple mais confortable, le repas avec du veau et des haricots verts puis un grand plateau de fromages d'Auvergne n'est pas sophistiqué mais bon et très copieux.

Ce soir, nous n'avons pas vraiment visité le village. Faut dire qu'il n'y a pas grand-chose à voir. L'église jouxte l'hôtel et c'est très bien ainsi car nous n'avions pas vraiment envie de marcher. Le bar et la terrasse de l'hôtel semblent concentrer et capter l'essentiel des attentions et intérêts des villageois. Tout le monde se retrouve là et c'est un va et vient incessant. Non, les clients de l'hôtel ne nous dérangent pas.

 

A Laspialade, quelques hirondelles dans un ciel bleu soudain purgé de tout nuage

 

Fatiguée, Dany apprécie notre arrivée à Saint-Genès-Champespe

D'ailleurs et contrairement aux " Diablaires ", le lieu est plutôt calme, mais la randonnée tire à sa fin et après six jours de marche, les organismes demandent à souffler. Aussi, dès le souper terminé, nous gagnons la chambre et nous terminons cette longue journée par un peu de lecture et l'étude de l'étape de demain. Demain sera encore un autre jour de randonnée.Qui sait peut-être le dernier ou bien l'avant dernier ? Tout dépendra de nos organismes. On verra ! En tout cas, sur le G.R.30 il ne reste à découvrir que deux " petits cailloux bleus ". Et ça c'est bien demain ! Le lac Landie et le lac Chauvet, ils se nomment !

 

L'église de Saint-Genès-Champespe

 

Dany devant l'hôtel-restaurant-épicerie-boulangerie de St-Genès-Champespe

 

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