DES PAYSAGES EN COULEURS....POUR QUATRE SOUS  

OU 6 JOURS SUR LE GR 70 

CHEMIN DE STEVENSON (1ere partie)

Mardi 20 juillet 2004 : 2eme étape de 22 kms.

Le Monastier-sur-Gazeille (930m)- Le Bouchet Saint-Nicolas (875m). 

Extrait du livre " Voyage avec un âne dans les Cévennes " de Robert Louis Stevenson où il fait part des plaisirs simples que lui apporte la nature : " Il y a quelque chose de meilleur que la musique dans le vaste silence insolite, et qui dispose à d'agréables pensées comme le bruit d'une mince rivière ou la chaleur du clair soleil ".

La cloche du Monastier sonnait juste neuf heures quand nous quittâmes l'hôtel " Le Provence " et descendîmes les ruelles pour rejoindre le G.R.70 Chemin de Stevenson. Le temps d'une photographie sur la stèle commémorative en hommage au célèbre écrivain et voyageur et nous entamons une descente en direction de la rivière Gazeille que nous enjambons près d'un camping, sur un petit pont au lieu-dit " Le Moulin de Savin " quelques minutes après.

 

Près de la stèle en hommage à Louis Robert Stevenson

Aujourd'hui, il fait très beau, et nous avons un peu allégés nos sacs par rapport à hier. Dany randonne avec ses sandales de marche et ses pieds ont l'air de tenir le choc. En tout cas, elle ne se plaint pas des cloques qui sont apparues hier soir.

Le Monastier s'éloigne. Nous pénétrons dans le Bois de Malaval par un large chemin tantôt très caillouteux et parfois très boueux et glissant. Tantôt en montée, tantôt en descente, nous marchons d'un bon pas malgré les difficultés du terrain et finissons pas atteindre un large plateau laissant entrevoir un superbe panorama de tous côtés.

Au Bois de Malaval après le départ de Monastier puis sur le plateau panoramique

A lieu-dit Le Cluzel, nous croisons de vrais adeptes de Stevenson accompagnés d'un âne. J'ai bien envie de prendre une photo souvenir mais leur foulée est si alerte que je ne trouve pas le temps suffisant pour pouvoir cadrer l'ensemble du groupe. Malheureusement, de tout notre parcours, ce sera le seul équipage avec baudet que nous croiserons.

Après Courmarcès, les étendues devant nous deviennent plus planes et les champs cultivés de diverses céréales se succèdent. Parfois déjà fauchés et ras, parfois blonds ou parfois verts, les près multicolores défilent au rythme de notre allure. Après Le Cros et le très agréable village de Saint-Martin de Fugères, les sites et les couleurs changent au fil des espaces parcourus. Les horizons sont plus vallonnés, plus boisés, les couleurs tirent plus sur les verts que sur les jaunes paille comme précédemment.

Paysages après Courmarcès et avant Saint-Martin de Fugères

Il est midi passé quand nous atteignons un petit bois de pins au lieu-dit " Le Prémajoux ". Nous trouvons rapidement un endroit idéal pour déjeuner, devant une clairière où trône une splendide bâtisse, à l'ombre de quelques arbres et sur un sol moelleux de mousses et d'aiguilles de pins bien sèches. Seules, quelques fourmis contrariées par notre présence sur leur territoire viendront troubler notre quiétude. Pendant que nous mangeons, des randonneurs déjà aperçus hier sur les sentiers, puis au Monastier ou à l'hôtel, passent sur le chemin.

Malgré notre marche solitaire, nous avons l'intime conviction qu'eux aussi font le " Stevenson " et que nous les reverrons pendant plusieurs jours.

Nous écourtons la pause-repas car nous devons être impérativement à 17h 30 au Bouchet Saint-Nicolas où un taxi doit venir nous prendre pour nous amener à Langogne. Nous, qui avions envie de flâner, aujourd'hui c'est une course contre la montre que nous devons accomplir !

Devant l'église de Saint-Martin de Fugères et au lieu-dit " Le Prémajoux "

Par une sente étroite et sinueuse, nous amorçons une sévère descente et apercevons très rapidement les rives escarpées d'une rivière. Il s'agit de la Loire, qui à cet endroit, se faufile plutôt paisiblement, en cette saison, dans des gorges très abruptes d'origine volcanique. D'ailleurs, en face de nous, sur la droite des ruines du château de Beaufort, nous apercevons nettement les stries d'une large coulée basaltique.

Nous dominons le très beau village de Goudet qui semble posé, au milieu même, de la rivière. Les grèves de la Loire sont aménagées en plage où les gens se prélassent au soleil et se baignent. Dommage que le temps nous soit compté car avec cette chaleur écrasante, je n'aurai pas hésité une seule seconde pour me jeter à l'eau.

Nous traversons un pont métallique et montons la D.49 sur environ 800 mètres, qui la canicule aidant, nous paraissent interminables. Mais, nous ne sommes pas au bout de nos peines, car en quittant le bitume, nous nous dirigeons vers un bois où un chemin parsemé de gros cailloux présente une forte dénivellation. Nous saluons "Monsieur 62" qui est en train de déjeuner dans un pré adjacent. Dans la crainte d'une entorse, je préfère quitter mes sandales de marche au profit de mes lourds godillots.

 

Dany domine le village de Goudet qui semble posé sur la Loire

Dany, qui ne m'a pas attendu, a pris une réelle avance. Sans me presser, je refais doucement le retard sur ce terrain fortement pentu. Arrivée en haut, elle m'a attendu sur un secteur du chemin où le regard porte sur Goudet et l'autre versant de la vallée. J'en profite pour souffler un peu, boire une grande gorgée d'eau et prendre une belle photo. Aux jumelles, j'aperçois parfaitement la bâtisse de Prémajoux où nous avons pique-niqué ce midi et le G.R qui descend en zigzaguant vers Goudet.

A Goudet, avec le château de Beaufort, puis sur l'autre versant de la Loire

Les chemins parfois rouges de scories ou parfois blancs de sable et de gravillons s'élargissent et deviennent à nouveau plus monotones au milieu des champs céréaliers.

Montagnac, Ussel, Bargettes, les ravissants petits villages caractéristiques du Velay à vocation agricole se relayent. Après Bargettes, les panoramas se transforment à nouveau, le G.R.70 est moins plane et quelques puys boisés se dressent dans le paysage et rendent notre balade aussitôt plus plaisante. Etang du Péchay, Bois de la Gardine, hameau de Preyssac, carrières de pouzzolanes qui exhibent leurs plaies rouges béantes, sentiers fleuris d'épilobes, nous ne voyons pas le temps passer à l'approche du Bouchet Saint-Nicolas.

 

Juste avant Bargettes en direction de Puy de la Gardine

Après le village de Bargettes en direction du Bouchet Saint-Nicolas

 

Vue sur l'étang du Péchay

 

Après Preyssac, nous sommes bien sur le GR.70 en direction du Bouchet St Nicolas

Il est seulement 16 heures 45 quand nous apercevons au loin la bourgade avec son clocher pointu, telle une carte postale. Nous serons dans les temps et le taxi n'aura pas à nous attendre.

L'arrivée au village du Bouchet Saint-Nicolas ressemble à une carte postale

17 heures, le G.R.70 passe précisément devant l'Auberge l'Arrestadou qui est notre lieu de rendez-vous. Nous nous présentons à la souriante propriétaire. Nos sacs sont bien arrivés aussi, mais le taxi n'est pas là. En l'attendant, nous en profitons pour prendre une boisson bien fraîche sur la terrasse ensoleillée de l'auberge. Compte tenu du cadre plutôt enchanteur et de l'alléchante carte du restaurant, nous regrettons déjà d'être dans l'obligation de nous rendre à Langogne. L'aubergiste nous précise qu'en effet, toutes les chambres individuelles sont réservées depuis fort longtemps et que notre prestataire " La Pèlerine " n'a pas pu faire autrement que de nous trouver un hébergement à Langogne.

Le taxi arrive avec comme conductrice une charmante jeune femme blonde. Nous chargeons nos bagages et nos sacs à dos dans le monospace et nous voilà partis vers Langogne, étape finale de notre deuxième journée. Entre notre chauffeur et Dany, le dialogue s'installe et la conversation va bon train. Assis à l'arrière du véhicule, je déconnecte et par la fenêtre, je regarde les paysages colorés et essaie de projeter ce que sera notre étape de demain.

Nous arrivons à Langogne, dans une toute petite rue, le taxi nous laisse devant la porte d'un vieil immeuble et d'une enseigne au nom très original " Le Modest Inn " en hommage à la célèbre ânesse de Stevenson.

 

Le gîte Modest Inn à Langogne (*)

Nous entrons, mais au delà de l'enseigne, tout est encore plus anticonformiste, le cadre, le patron qui nous accueille torse nu, sans chaussures et en short et les yeux collés comme quelqu'un qui sort d'un profond sommeil.

Bonjour, je m'appelle Philippe, pourquoi êtes-vous ici ?

J'essaie de lui expliquer que nous venons du Bouchet Saint-Nicolas et que ..... .Je comprends aussitôt que c'est peine perdue car il ne semble déjà plus m'écouter.

Il rajoute : J'ai plusieurs chambres pour deux personnes avec plusieurs douches et plusieurs WC sur le palier !!!!

Dany encore plus étonnée que moi, dis aussitôt : je veux les voir.

Nous montons quelques escaliers et il nous présente une première chambre très " fin des années 60, début des années 70 ": vieux appareils photo, rideaux et couvre-lit très colorés, objets hétéroclites, jouets faits avec des boites de conserves, livres de science-fiction, etc..... Nous la trouvons jolie, très lumineuse et en plus la literie est excellente. Les douches et les wc sur le palier sont corrects et très propres. En réalité, nous avons tout le premier étage pour nous. Dany acquiesce.

Après la douche, nous redescendons car Dany veut absolument trouver un pantalon de randonnée dans Langogne.

Philippe qui est derrière son bar et semble toujours aussi peu réveillé, nous dit :

-Je n'ai pas eu envie de vous faire à manger....

Nous le regardons, perplexes.

D'un index pointé vers le parquet, il rajoute :

-Vous mangerez en dessous.

Pensant qu'en dessous, il y a une cave avec une salle de restaurant, je lui demande surpris :

Où en dessous ?

Il nous répond :

-Eh, bien dans le restaurant " la Crêperie du Gévaudan " qui est juste en dessous dans la rue.

Et il rajoute :

-Mais ne vous tracassez pas, tout est prévu, vous n'aurez rien à payer !

Nous sommes plus abasourdis que mécontents, car nous étions persuadés que le " Modest Inn " faisait gîte d'étape. Mais comme cela ne change rien à nos accords avec la Pèlerine, nous sortons de l'hôtel et partons visiter Langogne.

Le bar est très original et la chambre que nous avons occupée très agréable (*)

En réalité, la visite se résume essentiellement à la nationale 88 qui est l'avenue principale où Dany cherche en vain un pantalon de randonnée. Après avoir acheter quelques cartes postales, nous redescendons l'avenue Foch à la recherche du restaurant " Le Gévaudan ". Il n'est pas d'une grande " classe ", mais nous y mangeons correctement et en toute simplicité, une assiette de charcuterie, une excellente potée auvergnate, des fromages trop secs et un flan maison.

22 kilomètres parcourus, nous ne sommes pas " sur les rotules ", mais la journée a tout de même été éprouvante. Il est encore très tôt, mais nous prenons le parti de regagner le " Modest Inn " et notre chambre " psychédélique " car demain la plus longue étape nous attend avec encore 25 kilomètres ....de bonheur et de nouvelles découvertes.

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