DES PAYSAGES EN COULEURS....POUR QUATRE SOUS  

OU 6 JOURS SUR LE GR 70 

CHEMIN DE STEVENSON (1ere partie)

Mercredi 21 juillet 2004 : 3eme étape de 25 kms.

Le Bouchet Saint-Nicolas (875m) - Langogne (915m).

Extrait du livre " Voyage avec un âne dans les Cévennes " de Robert Louis Stevenson où il évoque sa solitude: " Et pourtant, alors même que je m'exaltais dans ma solitude, je pris conscience d'un manque singulier. Je souhaitais une compagne qui s'allongerait près de moi au clair des étoiles, silencieuse et immobile, mais dont la main ne cesserait de toucher la mienne ".

L'auberge du Bouchet Saint-Nicolas n'avait pas pu nous accueillir, mais qu'à cela ne tienne, il était 9h30, et nous étions bien là au milieu du hameau prêts à repartir vers Langogne. Pas en taxi cette fois, mais à pied pour la plus longue étape de notre séjour.

Comme convenu, un taxi était venu nous prendre à 8h30 au " Modest Inn " et nous avait ramené au Bouchet Saint-Nicolas. Très sympa, le chauffeur avait même accepter de nous conduire jusqu'au lac, seule curiosité de l'endroit qui méritait vraiment le détour selon le topo-guide. De ce lac d'origine volcanique, de forme circulaire et entouré de sapins, nous fîmes en taxi un gros quart du tour et la découverte fut brève mais suffisante pour apprécier la beauté du lieu.

Le magnifique Lac du Bouchet St Nicolas (*)

Ce lac nous rappela bizarrement celui de Servières au bord duquel nous avions campé voilà deux ans lors de notre randonnée en Auvergne. Le chauffeur proposa de nous y déposer, mais il était déjà tard pour faire une visite plus détaillée de l'endroit qui nous aurait fait perdre beaucoup de temps. En plus, nous étions à deux ou trois kilomètres du village et ce supplément serait venu se rajouter aux 25 kilomètres que devions encore parcourir.

Au Bouchet St Nicolas, pas très loin de la maison où Stevenson aurait séjourné.

Ce matin, nous n'avons pas pris de panier-repas à l'hôtel. Mais dès le départ, dans une minuscule épicerie bien achalandée, nous trouvons tout ce que nous souhaitons. Du pain, de la charcuterie, un taboulé, un melon bien mûr et quelques fruits qui entrent facilement dans nos sacs car nous nous sommes bien allégés. Plus de vestes, ni de ponchos, ni de parapluie, car la météo est plus clémente aujourd'hui.

 

Une photographie devant ce que je crois être la maison où Stevenson a séjourné et nous voilà partis vers Landos sur un très long mais agréable chemin rouge bordé d'une exubérante flore et de fleurs chamarrées. Coquelicots, épilobes, pissenlits, baies de toutes sortes, chèvrefeuilles et une plante très curieuse que je ne connais pas mais qui ressemble à l'anis et dont l'extrémité de chaque ombelle héberge d'innombrables coccinelles de toutes tailles. Tous les plants en sont entièrement recouverts et forment comme une fleur rouge.

Sur le long sentier vers Landos puis après cet accueillant village

Nous arrivons à Landos et je constate que nous avons bu, Dany et moi presque deux litres d'eau chacun. Nous devons impérativement nous ravitailler car pour 6 kilomètres parcourus, je trouve que cela fait beaucoup. Nous trouvons plusieurs fontaines, mais toutes précisent que l'eau est non potable. Nous nous rabattons sur un bar où le sympathique patron remplit nos gourdes sans hésiter. En échange, il nous remet un livre d'or consacré à Stevenson dont je remplis une demi-page et que nous dédicaçons bien volontiers tout en prenant un café.

Nous quittons la place du village par une petite voie goudronnée puis aboutissons à une belle de croix en pierre mentionnée dans le topo-guide. Au dessous sur une voie ferrée désaffectée, des touristes qui pédalent sur un vélo-rail ont toutes les peines du monde à faire avancer leur machine. Sur 18 kilomètres, ce vélo-rail relie Landos à Pradelles, où nous devons nous rendre. Je trouve que c'est aussi une façon très originale et très amusante de découvrir la région.

 

Après Landos, au pied d'une ancestrale croix sculptée

Plus en altitude que les jours précédents, le regard porte plus loin mais aux pourtours du sentier, les paysages se ressemblent. Toujours des chemins rouges de pouzzolane, des champs de blé, d'orge et de lentilles. Heureusement, il y a toujours des découvertes et des rencontres à faire. Trois randonneurs, deux femmes et un homme qui font le " Stevenson " arrivent à notre hauteur, nous saluent et nous dépassent après une courte conversation.

Nous arrivons à Jagonas, Dany part à gauche et cherche les traces du G.R pendant que je me dirige à droite pour aller vers le magnifique château du XIXeme siècle. Ne la voyant pas venir vers moi, je m'arrête à une très belle fontaine bien à l'ombre de grands platanes. Je remplis de nouveau ma gourde, trempe mon chapeau dans l'eau glacée du réservoir et m'asperge le visage. A l'autre bout de l'auge, un chardonneret qui ne semble pas du tout effrayé en fait de même. Avec son masque rouge et blanc de clown, il semble indifférent à ma présence et continue de tremper son bec et ses ailes jaunes et noires dans l'eau claire de la fontaine.

Je contemple le château de loin et rebrousse chemin car Dany ne m'a pas suivi. Je la retrouve occuper à lire le topo-guide. Elle cherche à savoir sur les trois chemins qui partent à gauche lequel est le G.R. Nous finissons par le trouver et descendons maintenant dans un splendide sous bois.

Chemin de pouzzolanes et champs de blés avant le village de Jagonas

Il est midi et demi, le site est agréable et nous stoppons dans un petit pré mi-ensoleillé et mi-ombragé pour déjeuner. Juste au dessous, nous entendons la musique rafraîchissante d'un ruisselet. La carte m'indique qu'il s'agit du ruisseau de la Mouteyre. Les randonneurs qui nous avaient dépassé, ont eu la même idée que nous et ont stoppé un peu plus bas dans un bosquet.

 

Pique-nique après Jagonas, cherchez l'erreur (*)

La distance qui reste à parcourir est encore importante, aussi nous ne traînons pas trop et repartons dès la fin du repas. Quelques minutes plus tard, nous distinguons les premières maisons d'Arquejol. Nous traversons rondement le village car le seul intérêt est un viaduc qui se trouve juste après, sur le G.R.70, au fond d'un petit vallon. Au détour d'un virage, nous découvrons le très bel ouvrage. Beaucoup moins haut et moins long que celui du Monastier mais contrairement à ce dernier, une ligne ferroviaire a fonctionné jusqu'aux années 80. À présent, il est pratiqué par le vélo-rail. Sous le viaduc, nous franchissons le ruisseau de la Mouteyre et grimpons par un étroit sentier qui s'élargit pour devenir un chemin forestier. Nous arrivons à la voie ferrée et passons dessous par un court tunnel. Nous hésitons et sommes surpris car le chemin repart vers la gauche, mais c'est bien çà, car à cet endroit le G.R.70 fait quasiment une demi-boucle et semble repartir vers Arquejol. Un instant, nous surplombons le viaduc et le village, puis, le chemin repart à droite et s'élève au milieu de la lande et de quelques futaies.

 

Au viaduc d'Arquejol puis au dessus du village du même nom

Sur le topo-guide, le G.R est maintenant une longue rectiligne qui se hisse en douceur en direction de Pradelles. Ce chemin fleuri d'épilobes et de fleurs multicolores nous offre de merveilleux panoramas sur la vallée du Haut Allier, les verts Velay et Gévaudan et quelques minuscules voiles blanches qui régatent sur l'eau azurée du Lac de Naussac.

Il n'est pas encore 16 heures et nous entrons dans l'épaisse forêt du Bois de Chatouneyres et arrêtons à l'ombre d'immenses épicéas pour une pause-café. Des vrombissements se rapprochent. Tout à coup, nous voyons arriver sur l'étroit sentier, une dizaine de motards sur leurs trials pétaradants. Nous nous écartons, mais ils nous ont aperçus et ralentissent un peu à notre hauteur. C'est plutôt désagréable en ce lieu, mais il faut être tolérant car chacun doit trouver un espace conforme à son passe-temps et à son plaisir.

 

Chemin parsemé d'épilobes et de fleurs multicolores en direction de Pradelles

Nous sortons du bois, et apercevons le village de Pradelles. Nous coupons la route nationale 88 et entrons dans le superbe village classé. Aux confins de la Haute-Loire et du Velay, entre les gorges de l'Allier et de la Loire, Pradelles figurent au classement des plus beaux villages de France. Nous y restons deux heures environ, le temps de remplir nos gourdes, d'acheter quelques cartes postales et de visiter le coeur de l'historique cité médiévale.

Après cette brève découverte, nous nous désaltérons à la terrasse ensoleillée d'une brasserie et faisons la connaissance d'Henriette et Martine, deux sympathiques randonneuses qui sillonnent le " Stevenson " dans son intégralité jusqu'à Saint-Jean du Gard.

Le GR monte en direction de Pradelles et la vue porte sur le Lac de Naussac

 

Un balle de foin en guise de fauteuil

Après l'écriture des cartes postales, nous quittons la ville moyenâgeuse par les petites ruelles pavées, passons sous une arche près de la Chapelle Notre-Dame et débouchons rapidement sur un sentier qui déboule vers Langogne au milieu des prairies. Une heure et demi plus tard, nous entrons en Lozère, traversons l'Allier et pénétrons dans la ville fondée en 998 par Etienne, vicomte de Gévaudan.

 

A l'entrée du Bois de Chatouneyres puis au village classé de Pradelles

Nous quittons le G.R, nous dirigeons vers le centre ville car je reconnais immédiatement les rues empruntées par le taxi ce matin. Effectivement dix minutes après, nous voilà de retour au " Modest Inn ". Le sympathique Philippe nous accueille avec sa faconde familière, nous annonce avec satisfaction qu'il a fait à manger et que ce soir sa table d'hôtes sera ouverte à sept ou huit convives.

 

Visite de la cité médiévale de Pradelles

 

Dany admire les vieilles pierres de Pradelles

 

Dans les prairies en quittant Pradelles et en direction de Langogne

Martine et Henriette qui étaient parties de Pradelles bien avant nous et avaient pris une confortable avance, arrivent dix minutes après nous. Surprises, elles ne comprennent pas comment nous pouvons être déjà arrivés.

Il est dix neuf heures, nous gagnons notre pittoresque chambre pour une douche réparatrice et redescendons au bar prendre un verre. Des amis à Philippe viennent d'arriver. Méditerranéens comme nous et d'une franche simplicité, le dialogue s'installe et nous voilà à l'aise pour une soirée qui restera dans nos mémoires.

Nous mangeons d'excellents poulets de grain accompagnés d'un succulent aligot (*) dans une ambiance " bon enfant " et des conversations intéressantes.

Après l'étonnement du premier jour passé, nous garderons du " Modest Inn " et de ces deux haltes passées chez Philippe Blanc, un formidable souvenir. A découvrir absolument sur http://www.gr70.com/ ou mieux, en lui rendant visite.

(*) Recette de cuisine typiquement auvergnate faite d'une purée de pommes de terre additionnée de tomme fraîche.

 

Langogne est en vue

 (*) Résultat de cherchez l'erreur : regardez bien, photo truquée

  

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