DES PAYSAGES EN COULEURS....POUR QUATRE SOUS  

OU 6 JOURS SUR LE GR 70 

CHEMIN DE STEVENSON (1ere partie)

22 juillet 2004 : 4eme étape de 16 kms.

Langogne (915m) - Cheylard l'Evêque (1.125m).

Extrait du livre " Voyage avec un âne dans les Cévennes " de Robert Louis Stevenson où il évoque la région après Langogne : " Des landes, des fonds vaseux à bruyères, des étendues de roches et de sapins, des bois de bouleaux nuancés par l'or de l'automne, çà et là, quelques minables chaumières et des champs mornes, telles étaient les caractéristiques du pays. "

Le jour suivant (mercredi 22 juillet), il était deux heures du matin et je n'arrivais pas à dormir. Allongé sur le lit, je regardais les rideaux qui se balançaient, poussés qu'ils étaient par une léger courant d'air.

Je me lève pour fermer la fenêtre restée entrouverte et constate qu'une chape nuageuse recouvre Langogne. Par la rue éclairée, une légère bruine fait briller l'asphalte et scintiller les tuiles des toitures des maisons avoisinantes. Il faut que je retrouve le sommeil, sinon ce matin je serai " mort " avant même le départ pour notre quatrième étape qui doit nous mener au Cheylard l'Evêque. Sept heures, je me réveille en bonne forme car j'ai réussi à me rendormir profondément. Du bout du pied, j'écarte faiblement la tenture pour ne pas réveiller Dany. Aussitôt ma crainte de marcher sous la pluie s'estompe car un ciel cristallin apparaît dans l'entrebâillement. Au fond de moi, je me dis que nous avons vraiment de la chance car depuis notre départ, le ciel est souvent très menaçant, il pleut parfois la nuit, mais aucune goutte de pluie n'est venue perturber notre plaisir de marcher. Huit heures, nous sommes attablés autour d'un copieux petit déjeuner avec d'autres clients du gîte. Nous ne sommes pas pressés car l'étape d'aujourd'hui est plus courte. Seize kilomètres seulement, si je puis dire. Aussi, les conversations que nous avions stoppées hier soir après le souper, à une heure avancée de la nuit, resurgissent.

Nous visitons Langogne avec la Chapelle des Pénitents et la Halle aux grains

Neuf heures, le temps a passé si vite et nous nous décidons enfin à abandonner tous nos amis. Nous saluons Philippe et le remercions pour la simplicité et la cordialité de son accueil. Nous quittons le " Modest Inn " par les petites ruelles du vieux Langogne. Quelle aubaine ! Le G.R.70 passe à proximité des principaux monuments historiques de la cité : L'église, la Chapelle des Pénitents, l'ancien couvent Notre-Dame, la Halle aux grains, le Pont-Vieux, etc.… Nous déambulons comme de simples touristes et marquons notre passage en prenant quelques photos.

Après quelques emplettes pour le pique-nique du midi, nous sortons de Langogne par une longue route goudronnée en direction de Brugeyrolles. Avant, ce village, nous quittons l'asphalte pour un agréable sentier qui part sur la droite à l'orée d'une forêt. A cette bifurcation, quelques lièvres détalent devant nous, sautent les murets, traversent les champs puis disparaissent dans des buissons.

 

Nous avons quitté Langogne, direction Le Cheylard l'Evêque

Sur ce tronçon, nous alternons les routes en asphalte et les chemins en terre. Après Le Monteil, nous pénétrons l'orée de l'épaisse forêt de Mercoire. Dany ne trouve rien de mieux que de faire un léger malaise. Comme la tête lui tourne, nous stoppons quelques minutes et heureusement, elle retrouve rapidement ses esprits. Dans mes pensées, je me dis que c'est ni le lieu ni le moment pour " tomber dans les pommes " car nous sommes loin de toute habitation et en plus, dans cette région, le téléphone portable ne fonctionne pratiquement jamais.

Au ruisseau du Langouyrou, nous saluons quelques pêcheurs de truites. Ils n'ont pas l'air joyeux et, selon leurs dires, ils rentreront bredouilles aujourd'hui. Quelques minutes plus tard, nous entrons dans le joli bourg de Saint-Flour de Mercoire.

Dès l'entrée du village, une très belle fontaine ornée d'une croix de fer nous invite à nous rafraîchir. Nous remplissons nos gourdes, mouillons notre visage et notre nuque, nos bras et nos jambes déjà bien rougies par un cuisant soleil.

Léger malaise dans la forêt du Gévaudan. Peur de la " Bête " ou coup de fatigue ?

Nous partons voir la ravissante église romane avec son originale nef à deux travées, puis nous ressortons du village et entrons dans le Bois de La Garde. Il est déjà midi, nous avons pas mal lambiné et décidons de nous arrêter dans l'épaisse forêt pour déjeuner.

La forêt est si sombre que plusieurs randonneurs passent sur le chemin à quelques mètres de nous sans nous remarquer. "Monsieur 62" que nous n'avions pas vu depuis l'étape du Bouchet Saint-Nicolas passe à son tour mais ne nous aperçoit pas non plus.

Après le repas, comme nous bénéficions d'un abondant et moelleux tapis de mousse verte, nous en profitons pour faire un petit somme. Pendant quelques minutes, je regarde la cime des gigantesques épicéas qui se balancent au gré du vent. A force de les fixer, j'ai l'impression qu'ils vont s'écraser sur nous, puis je m'assoupis et m'enfonce dans mes rêveries. Je n'en sors que par les quelques craquements lugubres que les arbres provoquent en se frottant les uns aux autres. Dany me dit : " C'est fou comme en quelques minutes tu t'es mis à ronfler ! ".

Petit pont et très belle fontaine à Saint Flour du Mercoire

Avant de repartir, je décide de faire fonctionner le retardateur de mon appareil photo. C'est vrai que je n'y pense pas souvent et pour la première fois de notre périple, je fixe sur la pellicule, le souvenir commun de ce bref moment de plénitude dans la forêt du Mercoire. J'ai du mal à imaginer que cette forêt puisse avoir été le théâtre d'horribles tragédies perpétrées par l'illustre " Bête du Gévaudan ".

Un kilomètre plus loin, nous ressortons du bois pour atteindre une route goudronnée qui traverse Sagne Rousse. Le temps de prendre connaissance sur un panneau de quelques commentaires sur le passage de Stevenson en cet endroit et très rapidement, nous accédons à une nouvelle forêt plus clairsemée cette fois. Plusieurs barrières et chicanes successives cloisonnent quelques pâturages où de ci de là, paissent de petits veaux et des vaches tachetées blanches et rousses. Par endroit, le chemin erre dans des tourbières et quelquefois dans des zones franchement marécageuses. Un couple de randonneurs arrive. L'homme qui marche d'une allure soutenue a l'air de " speeder " car la femme est très loin derrière lui. A notre hauteur, il prend tout de même le temps de nous montrer des plants de myrtilles qui jalonnent le sentier. C'est par poignée que nous les dévorons. Les framboisiers, sont présents aussi, mais les fruits sont souvent déjà secs.

Reposant pique-nique et plaisante ballade dans la forêt du Mercoire

Nous enjambons le ruisseau de la Cham puis continuons sur la route bitumée qui jalonne les rares maisons des hameaux de Fouzillac, puis de Fouzillic trois cent mètres plus loin.

Rien de particulier dans ces deux villages ne peut arrêter notre progression, sinon que je me remémore les déboires que Stevenson a vécu en ces lieus :

L'écrivain, qui cherchait à se rendre à Cheylard et ne trouvait pas de sentier, avait reçu un peu d'aide auprès d'un gentil vieillard de Fouzillic. Ce dernier avait même fait un bout de chemin avec lui. Alors que dans la nuit, il s'était à nouveau égaré dans le secteur, il avait tourné en rond, était arrivé à Fouzillac mais toutes les portes s'étaient refermées alors qu'il cherchait sa route.

Très fâché après les habitants de Fouzillac, il écrit : Ce n'était plus Fouzilhic, mais Fouzilhac, un hameau peu distant de l'autre dans l'espace, mais à des mondes plus loin quant à l'esprit de ses habitants.

Après Fouzillic, l'asphalte laisse la place à un bon chemin sableux qui se faufile à travers des champs, des landes et quelques bosquets. En regardant ma carte IGN, je constate que nous traversons le " Champ du Pendu ", ce qui peut laisser présager qu'un triste événement est survenu en ce lieu.

Myrtilles, framboises et fraises des bois sont au menu dans cette forêt

Juste avant Cheylard l'Evêque, nous descendons dans de sombres sous-bois où par intervalles, quelques clairières s'ouvrent sur de très beaux paysages qui nous rappellent certaines combes jurassiennes.

Juste avant Cheylard, des paysages qui nous rappellent des combes jurassiennes

 

Seize heures, nous tombons sur la D.71 au panneau indicateur du village et trouvons très rapidement le refuge de Moure, splendide demeure en pierres, magnifiquement entretenue et fleurie.

Agnès, une petite femme gracieuse mais énergique nous accueille de manière très charmante mais directive. Elle sait ce qu'elle veut et a bien l'intention de le faire savoir tout de suite. L'intérieur de la bâtisse ne doit rien aux extérieurs. Tout est parfaitement rangé et propre, le cadre est très agréable et on voit que tout a été pensé pour rendre le séjour des clients le plus plaisant possible : bar, salon avec livres et télévision, vestiaires, terrasses, coin boutique, jardins avec des chaises longues. Il y a même une jolie cabane pour accueillir les ânes et les animaux de compagnie en général. Par contre, qu'ils se le disent, les fumeurs ne sont pas les bienvenus à l'intérieur du refuge. Cette résolution n'est pas spécialement désagréable pour Dany qui ne fume pas et pour moi, qui ai arrêté voilà plus de deux ans.

 

 Le magnifique refuge de Moure à Cheylard l'Evêque

Nous avons hérité d'une très jolie chambre. Et même si les toilettes et la douche sont au fond du couloir, nous n'avons vraiment rien à redire à la qualité de la réception qui nous est gratifiée. Il est vraiment très tôt et après la douche, nous n'avons rien de mieux à faire que de flâner. Nous en profitons pour prendre quelques photos, puis sur la terrasse ensoleillée, quelques verres avec nos amis de voyage, "Monsieur 62", Henriette et Martine. L'homme qui speedait et que sa femme tentait en permanence de rattraper, sont bien sûr arrivés et tous deux sont là aussi. Enfin, tout le monde est là, car au Cheylard l'Evêque qui est une étape obligée sur le Stevenson, il ne doit pas y avoir d'autres solutions d'hébergement que le Refuge de Moure. A tour de rôle, les gens arrivent, certains à pieds, d'autres à VTT, d'autres sont là uniquement pour le farniente ou d'autres activités.

 

 Vue sur Cheylard l'Evêque depuis la Chapelle Notre-Dame de Toutes Les Grâces

 Vers dix huit heures, nous partons visiter la Chapelle " Notre Dame de toutes les Grâces " qui jouxte le village, perchée sur un piton rocheux. De ce rocher, nous dominons la bourgade et la luxuriante forêt environnante.

Nous profitons du reposant jardin du refuge et de ces chaises longues qui semblent nous tendre leurs bras.

Avec Agnès, la charmante aubergiste, une longue discussion s'instaure. Tout en parlant, elle étend son linge et ne semble s'octroyer ces quelques minutes de répit que pour les mettre à la disposition de ses clients. Elle nous explique les difficultés qu'elle et son mari Christian ont rencontrés quant ils ont voulu s'installer. Les énormes investissements humains et financiers pour réussir un tel challenge. Elle nous explique qu'ils mettent tout leur cœur et leur savoir-faire aux services des clients mais qu'ils sont très exigeants sur certains points. Pas de fumeurs et pas d'animaux à l'intérieur du refuge. Intransigeants, Agnès nous raconte les tristes et parfois amusantes expériences qu'ils ont été amenés à vivre lorsque certains tricheurs voulaient par exemple cacher leur chien ou leur chat dans les chambres. Comme le sujet de conversation concerne les animaux domestiques, elle évoque l'étrange histoire d'un chat puis d'un chien qu'elle avait eu la bonne idée d'adopter.

 

Devant la chapelle puis dans le très beau jardin du refuge de Moure

Le devoir appelle Agnès. Nous la laissons partir vaquer à ses lourdes besognes et sortons du jardin pour aller flâner sans but précis dans les rues de Cheylard.

Les rues, c'est un bien grand mot, car à part la D.71 qui coupe le court village en deux, pour le reste, il n'y a pas beaucoup d'issues. D'ailleurs Stevenson écrit en parlant de Cheylard : " À parler franc, Cheylard ne méritait qu'à peine toute cette recherche. Quelques issues accidentées de village, sans rues définies, mais une suite de placettes où s'entassaient des bûches et des fagots, une couple de croix avec des inscriptions, une chapelle à "Notre Dame de toutes les Grâces" au faîte d'une butte, tout cela sis au bord d'une rivière murmurante des montagnes, dans un renfoncement de vallée aride "

Aujourd'hui cette description paraît tout de même injuste car le Cheylard est, certes, un petit village, mais tout de même plein de charmes.

 Dany aperçoit un splendide chat dans le jardin d'une belle demeure. Bien évidemment, elle veut l'approcher de plus près et surtout le caresser. Le matou qui n'a aucunement peur de nous, s'approche. Il se laisse câliner et vient se frotter contre les jambes de Dany. Le propriétaire qui a l'air aussi gentil que son minet se met à nous raconter l'histoire de ce chat qui avait été abandonné puis recueilli par Agnès et Christian. Quelques semaines, plus tard, Agnès et Christian avaient également adopté un chien blessé qui errait dans le village. Le chat, qui avait mal accepté ce nouvel arrivant, était parti du refuge de Moure et avait fini par trouver un bonheur nouveau ici.

 La morale de cette histoire c'est que Cheylard l'Evêque est un tout petit village, mais qu'il y a suffisamment de place pour que chacun y trouve son bonheur.

Et comme le dit si bien Brigitte Bardot : " Un chien, un chat c'est un cœur avec du poil autour ".

 

Au départ de notre 5eme journée à Cheylard l'Evêque

   

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