DES PAYSAGES EN COULEURS.....POUR QUATRE SOUS  

OU 6 JOURS SUR LE GR 70 

CHEMIN DE STEVENSON (1ere partie)

23 juillet 2004 : 5eme étape de 24 kms.

Cheylard l'Evêque (1.125m) - La Bastide Puylaurent (1.024m).

 

Extrait du livre " Voyage avec un âne dans les Cévennes " de Robert Louis Stevenson où il évoque la région de la Bastide : " Dans une localité nommée la Bastide, on me conseilla d'abandonner le cours de la rivière et de suivre une route qui grimpait sur la gauche parmi les monts du Vivarais, l'Ardèche moderne. Le soleil parut comme je quittais le couvert d'un bois de pins et je découvris tout à coup un joli site sauvage au sud. De hautes montagnes rocheuses, aussi bleues que du saphir fermaient l'horizon ".

A parler franc, Cheylard méritait le détour car la soirée s'était terminée en apothéose. Un succulent repas préparé par Christian et servit par Agnès que nous avions dégusté entre une vingtaine d'amis randonneurs et convives de tous horizons. Des sujets de conversation captivants : Pourquoi, marchions-nous ? Parmi les adeptes du " Stevenson ", certains marchaient pour oublier de gros problèmes (perte d'un emploi, échec professionnel, divorce, etc.…). Certains comme nous, randonnaient pour le simple bien-être de s'éloigner de la civilisation, de découvrir d'autres paysages et de profiter des vacances d'une manière originale et sportive. D'autres marchaient sans trop savoir pourquoi, du moins c'est ce qu'ils prétendaient, ou bien par timidité ou pudeur, ils ne voulaient pas se dévoiler. Certains, plus croyants que nous, le faisaient comme un pèlerinage, d'autres pour faire des rencontres. D'autres, comme " Monsieur Speed " le faisait à titre thérapeutique pour tenter d'effacer le stress d'une vie professionnelle trépidante et ses envies suicidaires. Même sur les chemins, ce monsieur très attachant ne savait pas être " cool " et cela se voyait. Sans être psychologue, et avant même que chacun raconte son parcours, il était presque possible de deviner les motivations de certains.

Après Cheylard, en direction du hameau Les Pradels

La nuit a été réparatrice. Il fait encore un temps superbe. Neuf heures, nous fermons nos bagages et les laissons dans le hall. Nous passons au bar payer les boissons consommées hier soir et remercions Agnès et Christian pour la qualité de leur accueil et de leurs prestations.

Nous démarrons notre journée sur la D.71 et quittons le hameau par un petit pont de pierres sous lequel cabriole le ruisseau du Cheylard. Quelques mètres après, nous laissons l'asphalte et suivons un large chemin qui monte dans la forêt. Après deux kilomètres et quelques lacets, nous retrouvons la route que nous suivons jusqu'au hameau à forte vocation agricole Les Pradels.

A l'entrée de l'immense forêt domaniale de la Gardille

A cet endroit, dans un décor de serres et de champs déjà moissonnés, le G.R.70 part à droite et pénètre dans l'épaisse et magnifique forêt domaniale de la Gardille. Une demi-heure plus tard, nous atteignons le tranquille Etang du L'Auradou. Seul un employé à l'entretien du lac vaque à ses occupations. Les aires de jeux et de pique-nique sont désertes. Sous le vol de quelques libellules bleues, nous profitons du silence ambiant pour nous ressourcer en avalant quelques fruits secs, une barre de céréales et une boisson énergétique.

Nous repartons en longeant l'étang, passons une passerelle et entrons de nouveau dans la forêt par une large piste qui se poursuit jusqu'à la route qui fait la jonction entre Cheylard et Le Luc. A plusieurs reprises, le G.R coupe cette route et descend vers Le Luc, dont nous apercevons de temps à autres quelques toitures. Dans la descente et dans des sous-bois, le chemin s'est bien rétrécit. A l'ombre de quelques chênes lièges, nous arrêtons pour déjeuner et reprenons la sente qui arrive sur une route à proximité des vestiges du château du Luc qui domine la vallée de l'Allier.

Au bord de l'Etang de l'Auradou puis devant le château du Luc

Ce château est en cours de restauration et ces bénévoles font un travail remarquable. En effet, construit avant le XIIEME siècle sur un emplacement celte, il servit au fil du temps de bastion militaire et a subi d'innombrables assauts de diverses armées. Il faut dire que la forteresse fut, depuis le Moyen Age puis tout au long de l'histoire de France, souvent convoitée car elle représentait un point stratégique sur le Chemin de Régordane (*), pendant les guerres de religions et de Cent Ans et évidemment pour les armées des différentes provinces de la région qui voulaient se l'approprier.

Nous laissons le château derrière nous et partons vers le village dans l'idée de trouver une fontaine car nos gourdes et nos gosiers sont complètement asséchés. Nous passons devant la très belle église qui date, elle aussi, du XIIEME siècle et est surtout originale, par son superbe clocher aux nefs superposées. Nous arrivons sur une placette où trône une belle fontaine, mais qui malheureusement ne fonctionne pas. Nous faisons demi tour et tombons sur Martine et Henriette qui elles aussi, sont à la recherche d'un peu d'eau fraîche. Heureusement, quelques jeunes qui semblent bougrement s'ennuyer dans ce village désert, acceptent avec beaucoup de gentillesse de remplir toutes nos bouteilles et nos gourdes.

Martine et Henriette qui n'ont pas encore déjeuné, partent trouver un endroit tranquille. De notre côté, nous quittons le village en passant devant une étrange mais sans équivoque statuette du XIVeme siècle d'un homme accroupi que l'on appelle ici " Lou Cagassou " ou " Lou Cagaï ".

(*) Le Chemin de Régordane est un chemin mythique qui va du Puy en Velay à Saint-Gilles du Gard qui, aux XIeme et XIIeme siècle, était un port prospère. Au moyen age, il organisait un important axe de pèlerinages mais aussi d'échanges de marchandises entre la Méditerranée et le Nord de la France. Il suit apparemment la faille de Villefort qui s'est produite en des temps géologiques et qui a tracé ce sentier naturel à travers le massif montagnard des Cévennes.

Visite des vestiges du château et vue sur le village du Luc

Nous arrivons sur la D.906 que nous empruntons jusqu'à la bifurcation de la D.154 qui part vers Laveyrune, village à cheval entre la Lozère et l'Ardèche. Nous passons en Ardèche, mais traversons sans répit Laveyrune car ce long tronçon du G.R.70 exclusivement goudronné jusqu'avant Rogleton est pénible sous la forte chaleur. Par contre, sur ce secteur, le balisage est particulièrement bien indiqué. Faut dire qu'à cet endroit, le Chemin de Stevenson fait la jonction avec le G.R de Pays Tour de la Montagne Ardéchoise et une variante qui part vers la célèbre abbaye de la Trappe de Notre-Dame des Neiges. Au dessus de Rogleton, en bordure du chemin, une grosse " boite à témoignages" avec cahier et stylo permet de laisser ses impressions sur le G.R.70. Une petite bafouille et nous descendons vers le ruisseau de La Serre dans un sentier tellement boueux que nous sommes dans l'obligation de le quitter, d'enjamber les fils barbelés et de descendre au milieu des champs. Nous regrettons déjà tout le bien que nous avons pu écrire sur notre message.

Du XIIeme siècle, le château du Luc mérite d'être restauré .Statue " Lou Cagai " (*)

Quelques minutes après, nous nous retrouvons de nouveau en Lozère sur la D.906. Le G.R. part sur un petit pont qui franchit l'Allier. Penchés au dessus du parapet, nous constatons que l'eau est très claire avec par endroit des piscines naturelles et quelques minuscules plages de gravier. La canicule aidant, c'est sans hésitations que nous franchissons les clôtures, traversons le champ et arrivons sur la berge. J'ôte toutes mes fringues et plonge sans tergiverser dans une petite poche d'eau claire. Quelques truites qui ne font pas la maille s'enfuient sous les roches. Dany, elle se contente d'un bain de pieds à peine rafraîchissant car l'eau est à bonne température.

Nous passons plus d'une heure à barboter, puis laissons la place à d'autres amis randonneurs qui se laissent eux aussi apprivoiser par cet attirant ruisseau.

 

Un bain dans l'Allier très rafraîchissant

Nous passons au dessus de la voir ferrée, puis quittons l'asphalte pour un chemin qui descend vers l'orée de la forêt. Un fort dénivelé dans un chemin de caillasses m'oblige une fois de plus à quitter mes sandales pour mes chaussures de rando. Le bain nous a revigoré et malgré cette bonne grimpette, c'est sans peine que nous atteignons le plat, puis les premières maisons de la Bastide-Puylaurent.

Nous demandons notre chemin, traversons la voie ferrée, passons devant la gare et quelques minutes après, nous retrouvons un autre petit pont sur l'Allier qui ouvre la route vers le centre du village. La pension " Les Genêts " est une vieil hôtel restaurant rénové et géré par des propriétaires très sympathiques qui nous accueillent avec beaucoup de gentillesse et de prévenance.

Situé en plein centre du village,en bordure de la route, il ne possède pas le charme et l'attrait des gîtes croisés les jour précédents, mais nous y mangeons parfaitement servis par de charmantes jeunes filles. Par contre, nous y dormons moyennement, car le lit fait un trou en son milieu et nous avons beaucoup de mal à ne pas rouler l'un sur l'autre.

En contrepartie, cette halte dans le centre d'un village présente l'attrait de pouvoir finir la journée par une longue visite puis, et surtout pour Dany, de flâner dans quelques boutiques pour tenter d'y trouver un petit souvenir pour notre bien-aimée petite-fille Valentine.

A La Bastide Puylaurent, devant la gare SNCF pour rejoindre le G.R.

 

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