1ere étape : La Bourboule-Le Lac de Servières

La curiosité: L’homme qui ne sort pas et ne visite pas dans toute son étendue la terre pleine d’une foule de merveilles est une grenouille de puits (Pantcha-Tantra)

Lundi 29 juillet 2002 :

7 heures30, attablé devant un copieux petit déjeuner, je compulse une dernière fois le topo-guide pour garder en mémoire l’étape de la journée qui doit nous mener à Orcival. Nos sacs à dos sont déjà prêts. Pendant que Dany règle l’addition à la gracieuse patronne et réserve la chambre pour notre retour, je vais, sur les conseils de l’aubergiste, garer convenablement notre voiture dans une rue adjacente à l’hôtel. Nous ajustons nos sacs et nous voilà partis. Il est 8 heures.

 

Départ de l’hôtel " Le Buron " à La Bourboule

Nous marchons depuis dix minutes quant tout à coup, je sens de l’eau couler dans mon dos. Un regard dans mon sac pour constater que la pipette de ma gourde s’est défaite laissant échapper les deux litres d’eau qu’elle contenait. Heureusement, mes effets et mes provisions bien renfermés dans des sacs plastiques n’ont pas trop souffert.

Voie ferrée entre Mont-Dore et La Bourboule

Dans la montée à travers les prés.

Nous repartons, franchissons le petit pont repéré la veille, qui enjambe La Dordogne, traversons une zone industrielle puis la voie ferrée. Le sentier monte doucement à travers quelques villas au hameau " Les Planches ", puis à travers des prés vers le minuscule village de Lusclade. Pour les citadins que nous sommes, ce village correspond tout à fait à l’idée que nous nous faisons de la " France profonde ". Un coq nous accueille en chantant, pendant que quelques poules courent au milieu du chemin. Un chat somnole au soleil près d’une mélodieuse fontaine et des bovins ventrus broutent dans les pacages. J’en profite pour remplir ma gourde qui s’est vidée.

Traversée du petit hameau de Lusclade

Arrêt collation dans la hêtraie vers le Puy Gros

Après le village, la pente s’accentue dans une hêtraie. Heureusement, une grande partie de la montée s’effectue à l’ombre de cette obscure forêt. Après une pause et le temps d’une collation, nous reprenons notre ascension et débouchons enfin sur un secteur herbeux, puis sur un vaste carrefour où de nombreux randonneurs semblent errer dans tous les sens. A cet endroit, la signalisation indique le Lac de Guéry par deux itinéraires différents, avec deux kilomètres de plus par le GR30. Malgré ce supplément, je conseille à Dany de rester sur le GR, itinéraire du topo-guide. Nous prenons un large chemin qui semble s’orienter vers d’immenses prairies, mais très rapidement nous perdons les traces rouges et blanches. Dany pose son sac, rebrousse chemin d’une centaine de mètres et retrouve rapidement le marquage. Ce dernier s’oriente vers une terrible montée où l’on aperçoit de nombreux randonneurs qui peinent dans l’ascension. A notre tour, nous prenons ce sentier qui grimpe vers le Puy Gros (1.485m). Nous croisons de nombreux promeneurs et même des vététistes avec leur vélo sur l’épaule tant le chemin est raide et dangereux. Nous arrivons au sommet et avons du mal à imaginer que nous sommes sur un vieux volcan. L’érosion a fait son œuvre et Le Puy Gros ressemble à un grand plateau herbeux et rocheux. La vue porte très loin, avec en face de nous, la chaîne des Puys des Monts Dore avec son point culminant le puy de Sancy, en dessous la station de Mont-Dore et à droite La Bourboule et la Haute vallée de la Dordogne. Vers l’Est et derrière nous, la Banne d’Ordanche avec d’immenses prairies où se faufile le GR.30. Au loin, on aperçoit d’autres puys plus ou moins hauts et l’on devine le Puy de Dôme à travers la brume de chaleur.

De nombreux randonneurs à ce carrefour

La montée est rude vers le Puy Gros

Au sommet du Puy Gros avec Mont-Dore en dessous et le Puy de Sancy à l’horizon

Vers 12h30, après la descente du Puy Gros, la traversée de plusieurs pâturages et le franchissement de quelques clôtures, le sentier contourne le puy du Chantauzet et arrive à une forêt de grands épicéas. Nous déjeunons tranquillement à l’ombre de ces grands arbres et repartons par une piste forestière jusqu’au Lac de Guéry que nous découvrons quelques minutes plus tard.

Descente du Puy Gros,vue sur l’immensité des sites

Un buron typique du paysage auvergnat

Nous profitons d’un bon soleil pour faire une halte et prendre quelques photos au bord de ce magnifique lac. Ce lac est le plus haut d’Auvergne (1.246 m) et fut crée naturellement par une coulée de basalte formant ainsi un barrage. Après avoir étanché notre soif à une buvette en bordure de la D.983, nous repartons par le Col de Guéry où le GR.30 coupe la route départementale.

 

Arrivée au magnifique lac de Guéry, site classé d’Auvergne

Nous faisons le tour du lac pour trouver une aire de repos

A la Maison des Fleurs d’Auvergne, reflet du site classé de Guéry abritant une grande variété de fleurs, des dizaines de touristes se pressent à l’entrée. Le temps d’un bref aperçu et nous voilà repartis par un court mais très pénible dénivelé qui débouche sur quelques prés marécageux puis monte vers le Puy de l’Ouire (1.436m).

Ce tronçon est un véritable belvédère, et la vue porte notamment sur les Roches Tuilières, piton formé de colonnes de trachyte disposées en gerbes rayonnantes et les Roches Sanadoire, vestige d’un cône volcanique et qui portait en son sommet un château jusqu’au 15eme siècle. Ce château qui était un repaire de brigands durant la Guerre de Cent ans, fut certainement endommagé par les tremblements de terre de 1477 et de 1490 qui secouèrent très violemment toute la région.

Une halte méritée au lac de Guéry

Après le col de Guéry, direction le Puy de l’Ouire

Par un sentier bordé de haies fleuries, nous continuons de monter jusqu’à un grand plateau où la fenaison bat son plein. Une gigantesque moissonneuse qui est en train de faucher un foin bien sec, crée d’énormes meules bien rondes et soulève très haut dans le ciel la poussière de ce fourrage. Le GR.30 suit maintenant une épaisse forêt jusqu’au Puy de la Combe Ferret. Après ce puy, le sentier tourne à droite et semble suivre sans fin la lisière de cette forêt.

Après le lac de Guéry, des passages marécageux en direction du Col de l’Ouire

En direction du Col de l’Ouire, avec le lac de Guéry qui s'éloigne

A proximité de Puy de l’Ouire, les insolites roches Tuilière et Sanadoire

Nous rencontrons de sympathiques promeneurs et demandons si le Lac de Servières est encore loin. Avec ces gens charmants, la discussion s’installe. Nous expliquons d’où nous venons, qu’elles sont nos intentions. Grâce à cet abord amical, ils nous tranquillisent et nous rassurent en nous parlant avec engouement de leur magnifique région. Il nous indique que le lac n’est plus très loin, mais qu’Orcival est encore au moins à sept au huit kilomètres. Toujours en bordure d’un bois d’épicéas et de pins sylvestres, nous amorçons une descente vers de grandes prairies où paissent plusieurs troupeaux de bovins.

Les fenaisons au Puy de la Combe-Ferret

Des vaches dans les immenses prairies

Près d’une clôture, le sentier tourne à gauche à 90°, nous franchissons un haut escabeau de bois, interdit aux vaches et quelques minutes plus tard, nous apercevons en contrebas le Lac de Serviéres, lac presque rond qui fut crée par une explosion volcanique. Nous arrivons au bord lac où règne une intense activité avec des baigneurs, des pêcheurs, des campeurs et des promeneurs. Tout ce petit monde court, crie, nage et batifole en tous sens. Quel changement avec la quiétude de notre journée !

Dès notre arrivée, le ciel, jusqu’ici très bleu, se dissimule derrière d’énormes nuages gris. Un vent violent lève des frises blanches à la surface du lac et fouette les cimes des grands conifères qui nous entourent. Le ciel s’assombrit de plus en plus et devient très noir. Un orage éclate. Nous nous réfugions sous les arbres, revêtus de nos ponchos.

Le lac de Servières, un véritable lac " canadien " (@)

Il fait presque nuit et seuls quelques éclairs qui zèbrent le ciel, éclairent de temps à autre le lac. En un clin d’œil, toute la foule a disparu et seuls subsistent quelques pêcheurs téméraires qui, impassibles, surveillent leurs cannes à pêche.

Au bout de dix minutes, la tourmente s’arrête, le vent faiblit et le ciel s’éclaircit. De gros nuages menaçants continuent de passer, aussi, nous décidons d’installer notre campement à l’abri de la forêt.

  

Arrivée au lac de Servières

Nous profitons d’un repos bien mérité

Nous profitons de cette accalmie pour appeler nos proches et dressons rapidement notre tente pour la nuit. Pendant que Dany essaie de trouver de l’eau pour la cuisine, je tente en vain d’allumer un feu de camp. Tout est détrempé et rapidement, nous nous résignons à faire chauffer une soupe et quelques pâtes lyophilisées sur notre minuscule réchaud. Après cet expéditif repas, nous déambulons au bord du lac. Tout à coup, je constate que des centaines de microscopiques grenouilles sortent du lac et se dirigent dans les herbes qui bordent la forêt. Nous stoppons notre promenade car nous avons du mal à marcher sans risquer d’en écraser quelques unes. Je tente d’en attraper une, mais elles sont si petites et si remuantes que j’y parviens difficilement.

 Dany au bord du superbe lac de Servières

Un couple de jeunes randonneurs – que j’appellerais Paul et Virginie pour les besoins de l’histoire- que nous avions aperçu au Puy Gros puis que nous avons doublé au cours de l’étape, arrive à leur tour. Trempés, ils ont été surpris et retardés par l’orage. Nous échangeons quelques amabilités et ils partent s’installer de l’autre côté du lac.

Une bruine se remet à tomber et nous n’avons pas d’autres alternatives que de nous réfugier dans notre bivouac. Très rapidement, la bruine laisse la place à de grosses gouttes qui s’abattent bruyamment sur la toile, le vent se lève à nouveau, le tonnerre gronde et les éclairs illuminent l’intérieur notre rudimentaire abri. Nous ne sommes pas très rassurés, mais la fatigue l’emporte et malgré le vacarme nous nous endormons paisiblement.

Dany donne des nouvelles à nos proches de cette première journée

Cliquez sur l'image pour revenir à l'étape précédente

Cliquez sur l'image pour aller à l'étape suivante