Mes 6 jours sur le Tour du Coronat  

CLIQUEZ SUR LES ETAPES CI-DESSOUS

1er jour : Jujols (940 m) - L'Estany del Clot (1.635 m) par le Col du Portus (1.736 m) 16 kms.

2eme jour : L'Estany del Clot (1.635 m) - Lac de Nohèdes - Lac d'Evol - Jujols (940 m) 20 kms.

3eme jour : Jujols (940 m) - Nohèdes (995 m) 19 kms.

4eme jour : Nohèdes (995 m) - Refuge de Callau (1.540 m) 15 kms.

5eme jour : Refuge de Callau (1.540 m) - Llugols (730 m) 21 kms.

6eme jour : Llugols (730 m) - Jujols (940 m) 18 kms.

Découvrez quelques-unes des merveilles du Coronat-Index et bibliographie.

Des merveilles au pays d'Alysse

  

 N'ayez jamais peur de la vie,

N'ayez jamais peur de l'aventure,

Faites confiance au hasard,

A la chance, à la destinée.

Partez, allez conquérir d'autres espaces,

D'autres espérances.

Le reste vous sera donné de surcroît

 Henry de Monfreid - Ecrivain - Aventurier (1879-1974)

 

Préambule

Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d'émerveillement (Gilbert Keith Chesterton - Ecrivain britannique 1874-1936).

Comment est né ce projet de randonnée ?

Le titre de ce livre était : " 5 Grandes Randonnées en Pyrénées-Orientales ". Quelle drôle d'idée elle avait eu Dany de me prendre ce livre à la bibliothèque du village ! C'était un livre ou plutôt un topo-guide présentant 5 boucles de 2 à 7 jours de marche dans la série Détours Pyrénéens éditée par les Editions Randonnées Pyrénéennes et la Fédération Française de Randonnée Pédestre (FFRP). Ce livre décrivait avec forces détails le Tour du Capcir, le Tour du Carlit, le Tour du Coronat, le Tour du Fenouillèdes et le Tour du Pic des Très Esteles. Bien sûr, Dany m'avait pris ce livre de randonnées pour me faire plaisir et du plaisir à marcher, elle savait que j'avais envie d'en prendre encore ! De ces 5 circuits, je ne connaissais que quelques étapes des quatre premiers quand au cinquième, le Tour du Pic des Très Esteles sur deux jours, je ne le connaissais que trop bien et j'en gardais inscrit en moi et pour toujours un souvenir indélébile ! Ces Très Esteles étaient devenues pour moi, " un cauchemar pour trois étoiles ".

A la lecture du livre, et sans vraiment rejeter catégoriquement les autres tours, je fus immédiatement séduit par le Tour du Coronat. Je connaissais le nom de ce tour pour l'avoir à maintes reprises remarqué sur des cartes IGN. J'en avais parcouru d'infimes portions lors de sorties dominicales mais la lecture de ce chapitre consacré au Tour du Massif du Coronat m'avait immédiatement enthousiasmé pour diverses raisons.

La première de ces raisons était, en cet automne 2006, la mauvaise évolution de la polyarthrite de Dany qui m'incitait à trouver pour 2007 un parcours plus court et plus facile que les autres étés. Ce circuit de 4 jours en moyenne montagne me plaisait beaucoup et longtemps j'ai gardé en moi l'espoir que Dany puisse m'accompagner.

J'avais ensuite été séduit par ce dessein exceptionnel de marcher au sein de trois réserves naturelles (Jujols, Nohèdes, Conat). Quant à la description brève mais enjouée de l'auteur-concepteur de ce tour, Antoine Glory, elle avait définitivement fini de me convaincre, lui qui écrivait dans son introduction : " la diversité des paysages (vallées, lacs au fond de cirques glaciaires, parois rocheuses jonchées d'éboulis, plateaux dénudés, forêts, vestiges d'une polyculture montagnarde), leur beauté et les contrastes violents qui parfois résultent de leur étroite juxtaposition confèrent à ce massif une valeur remarquable " et il rajoutait " la grande diversité des biotopes qui vont de la forêt de chênes verts aux pelouses alpines, le réseau lacustre du Madres, font de ce massif un véritable sanctuaire faunistique et floristique. Le massif du Coronat est célèbre notamment par sa flore relictuelle qui comporte des raretés mondiales comme l'Alyssum Pyrenaicum ".

Rareté mondiale ? Mes yeux et mes pensées s'étaient arrêtés intensément sur cette annotation.

Comment est-ce possible qu'une petite fleur trouve dans cette modeste montagne des Pyrénées-Orientales des conditions telles qu'elle n'avait poussé, ou peut-être survécu, qu'à cet endroit ! Que se passait-il ? Qu'avait-il de si particulier ce Mont Coronat ? Il ne me fallait pas grand-chose pour me pousser à marcher mais voilà qu'en plus un mystère venait titiller ma curiosité ! Que pouvais-je apprendre sur cette plante unique au monde ? Rapidement, je me mis en quête de lire tout ce que je pouvais trouver sur cette plante. Internet serait là pour m'y aider à coup sûr. Au-delà de la simple randonnée, mon objectif était désormais de partir découvrir ce " miracle " de plante, d'être devant quelque chose d'unique au monde et de prendre des photos de cette " merveille ". Cette idée devint une obsession !

Mes recherches me permirent de découvrir beaucoup et peu à la fois. Beaucoup car il existe sur le Web une fiche descriptive (ci-jointe en annexe) où tout semble écrit. Elle porte le N°1508 accessible à partir du site " Réseau Natura 2000 " : http://natura2000.environnement.gouv.fr/especes/1508.html

Peu, car hormis cette fiche, il n'existe pas grand-chose à côté ! Quant aux photos, je n'ai trouvé qu'un seul site présentant des images vraiment nettes de la plante: http://pluton1.club.fr/alyssum_2005.htm

Mais une chose me paraissait évidente, plus je lisais de choses sur Alyssum Pyrenaicum scientifiquement appelée Hormatophylla pyrenaica ou plus communément Alysson ou encore Corbeille d'argent des Pyrénées ou plus simplement encore Alysse dans le Petit Larousse, plus l'idée d'aller la découvrir et la photographier lors de ma randonnée me paraissait compliquée voire utopique. Les lieux où elle se trouvait, hors circuit car sur les flancs nord du Mont Coronat essentiellement, son approche difficile car elle avait pour habitat de grandes falaises calcaires souvent inaccessibles, sa faible population très disséminée (7 populations recensées en 1994 pour 724 pieds), ce côté rarissime qui lui avait valu d'être traquée pendant très longtemps au risque de disparaître à tout jamais, son statut d'espèce mondialement protégée par la Convention de Berne et d'autres dispositions multiples et variées, etc. Plus je découvrais de choses sur elle et plus j'avais envie de la laisser tranquille. D'autre part, plus j'étudiais le parcours du Tour du Coronat et plus il me paraissait irraisonnable de vouloir l'approcher lors d'une randonnée de 4 à 5 jours ! D'ailleurs, dans le topo-guide, Antoine Glory n'évoquait en aucune manière cette possibilité. Au contraire, il dissuadait les plus audacieux en écrivant du Mont Coronat : " On négligera pourtant son ascension, délicate et hors sentier ".

J'abandonnai donc et pour le moment, le projet d'aller contempler " Alysse " mais au fond de moi, je savais qu'autour du Mont Coronat, il y aurait bien d'autres merveilles à observer.

Le projet d'aller découvrir " Des merveilles au pays d'Alysse " était né.

  

L'Alysson des Pyrénées (Hormathophylla pyrenaica) aux feuilles épaisses et à la floraison en grappes blanches, pousse à flanc de falaise. Cette espèce a pour particularité de n'être connue au monde que dans la Réserve de Nohèdes. Au XIXème siècle, des collectionneurs, accompagnés de guides locaux, ont failli la faire disparaître ! Tous les pieds accessibles ayant été collectés, ils poursuivirent leurs prélèvements à l'aide de perches et même de fusils ! En 1863, les botanistes ROUMEGUERE et CAMPANYO n'en observent plus que trois pieds. Heureusement, les plants plus inaccessibles ont échappé à cette frénésie et les populations semblent aujourd'hui se reconstituer, très lentement. Seuls certains faciès de falaise calcaire dévonien laissant apparaître des fissures semblent en effet lui convenir et la croissance de ce petit arbrisseau de 15 à 50 cm est de seulement quelques millimètres par an. C'est l'une des plantes les plus rares de France, rareté reconnue par sa protection intégrale par les lois française (liste nationale des espèces protégées) et européenne (figure aux annexes II et IV de la directive 92/43 Habitats Faune Flore).

Photo et Extrait du site http://www.catalanes.reserves-naturelles.org

 

  

  Alyssum Pyrenaicum : Herbier des P.O- Paul Oliver de 1886

 Comment j'ai préparé ce projet ?

Un dernier point m'avait préoccupé pendant quelques temps, c'était la disparition du livre du catalogue des topo-guides. Bien sûr, il datait de 1988 mais surtout il était épuisé et introuvable, neuf ou d'occasion, même sur le Web. Pourquoi cette disparition alors que les randonnées étaient à la mode depuis quelques années ? Pourquoi cette disparition alors que les 5 tours décrits figurent bien sur les cartes IGN ? La question valait la peine d'être posée, en tout cas pour le tour qui m'intéressait, celui du Coronat. Ce fut chose faite au mois de mai lors du Festival International " Eldorando " à Quillan lors d'un entretien avec les responsables de la FFRP (*) des P.O. Depuis de nombreuses années, le Tour du Coronat n'avait jamais été réhabilité ! On peut supposait que le tour avait été conçu un peu avant 1988 date du topo-guide et les réserves, elles avaient été crées en 1986 ! Cette disparition du topo-guide des rayonnages coïncidait-elle avec la création récente des trois réserves naturelles dans un esprit de préserver un site naturel et sauvage? J'osais croire ou imaginer cette version pourtant j'ai ouï dire que d'autres lobbies étaient peut-être derrière tout ça ! Je m'en fichai vraiment et de toute manière, puisqu'on prévoyait une réhabilitation du tour pour bientôt, pourquoi devrai-je attendre pour le faire ? Pour le moment, on me déconseillait d'y penser en m'indiquant un Tour du Coronat comme impraticable car fortement embroussaillé avec un balisage quasiment disparu ! Mais, les responsables de la FFRP avaient fini par rajouter : " Il est peut-être réalisable avec un bon GPS ! ".

-J'avais un " très bon GPS ! "

Très longtemps, j'ai espéré que Dany puisse se joindre à moi. Mais, à sa polyarthrite est venue s'ajouter cet hiver une arthrose à un genou et là j'ai vraiment compris qu'il lui serait difficile de réaliser ce parcours. Je connaissais maintenant le tracé par cur. Il était " téléchargé " depuis longtemps dans mon GPS et annoté sur mes cartes IGN car trois cartes étaient nécessaires (*). Mais il était aussi gravé dans ma tête. Il ne me restait plus qu'à planifier le circuit : Les étapes, en combien de jours, à quelles dates ? De cette organisation, dépendraient les affaires à emporter et par conséquent le poids du sac.

Dans sa description, Antoine Glory proposait le tour en 4 étapes : Jujols-La Molina, La Molina-Refuge de Callau, Refuge de Callau- Conat, Conat-Jujols. Hors itinéraire, il précisait l'intérêt d'aller voir le Gorg Négre (en catalan l'étang noir) ou lac d'Evol sur la carte dont écrivait-il : " c'est un extra que beaucoup considèrent comme le nec plus ultra du circuit ". En étudiant le circuit de Glory, je constatais que les étapes étaient très déséquilibrées, la première était très courte, la deuxième plutôt très longue et les deux dernières semblaient " longues mais réalisables ". En outre et en raison de l'ancienneté du livre, beaucoup de choses avaient évoluées ou carrément changées. Désormais, il y avait des possibilités de couchage et de restauration à Nohèdes et à Llugols et c'était vraiment une excellente nouvelle qui permettait de rééquilibrer la longueur et la difficulté des étapes.

(*) Les cartes IGN Top 25 : 2249 ET Font-Romeu Capcir - 2348 ET Prades St-Paul de Fenouillet et 2349 ET Massif du Canigou- FFRP : Fédération Française de Randonnées Pédestres.

Seules ombres dans l'organisation que je commençais à imaginer : " Comment aller visiter les lacs qui étaient en réalité au nombre de quatre, Estany del Clot, Gorg (*) Estelat, Gorg Blau et Gorg Nègre ? ". Les quatre lacs étaient tous situés dans un court périmètre en forme de triangle mais cette visite nécessitait une journée de marche supplémentaire dans un lieu où les seules possibilités de couchage étaient des refuges pastoraux non gardés : Refuge de la Molina, de l'Estany del Clot ou de la Font de la Perdrix. Mais si je refusais de coucher dans ce type de refuge, inconfortable, trop incertain ou peut-être même fermé, faudrait-il pour une journée de plus, que je me trimballe pendant 5 jours, la tente et toute la logistique qui allait avec ?

  

 Le Gorg Estelat et le Gorg Blau, photo prise en 2006 de la crête du Clot Rodon

Cette question me turlupinait et plus j'étudiais le circuit et plus il me paraissait salutaire de " zapper " les lacs que Glory avait d'ailleurs situés hors itinéraire. D'un autre côté, j'avais envie de découvrir le " plus beau " et je me disais : " Pourquoi, ne pas organiser deux randonnées distinctes ? " Après maintes réflexions, changements de date, d'idées et de projets, mon choix définitif fut arrêté ainsi : " Je partirais camper deux jours autour des lacs lors d'un week-end puis je réaliserai le Tour du Coronat de manière plus classique sur quatre jours en août pendant mes vacances ".

(*) Gorg : Gour en langue d'oc, trou d'eau, étang, lac, gourg, etc.

Une fois la décision prise, j'avais attendu le plus longtemps possible une hypothétique guérison voire amélioration des problèmes articulaires de Dany mais il fallait que je me rende à l'évidence : Cette année, je partirai sans elle et certainement en solitaire ! Mon envie de marcher et de découvrir le Coronat et ses alentours était intacte. Ma conviction que j'allais découvrir des merveilles et une nature magnifique et généreuse était sans faille, mais il était évident que mon plaisir ne serait pas le même : " Partir seul et surtout sans Dany, c'était à l'avance savoir que toutes ces 'belles choses' que je ne manquerai pas d'observer, je ne pourrai jamais les partager hors mis sur des photos ! ". De ce côté-là, je me sentais frustré et par moment personnel et égoïste. Mais, nous étions à la mi-juin et si je voulais faire ce tour, il devenait urgent de réserver les gîtes, hôtels, refuges et autres auberges prévues pour chacune des étapes. Au moment des réservations, la chance m'accompagna car dans chaque village il y avait encore des possibilités de couchage et de restauration.

Le Tour du Coronat était arrêté du mercredi 15 août au samedi 18. Le départ était prévu du hameau de Jujols où je me rendrai le mardi soir 14 août pour coucher dans un gîte et partir à la " fraîche " le matin du 15. Les étapes étaient selon moi très équilibrées en longueur et difficultés : Jujols-Nohèdes 19 kms, Nohèdes-Refuge de Callau 15 kms, Refuge de Callau-Llugols 21 kms, Llugols-Jujols 18 kms avec peut-être une variante de 5 à 6 kms pour aller voir le hameau d'Urbanya. Je verrai le moment venu.

Avant le " grand départ " en août, il ne me restait plus qu'à attendre un beau week-end avec très bel anticyclone pour partir " faire " les lacs. En effet, les lacs sont très proches du Massif des Madres, réputé pour être très changeant en matière climatique. Souvent les nuages y restent accrochés et la grêle voire la neige en été y sont choses notoires. En plus, j'en savais quelque chose pour m'y être perdu à cause du brouillard quelques années auparavant, pour cause à l'époque je n'avais pas encore de GPS ! A camper, il était donc préférable de le faire dans des conditions idéales ! Le jour " J " arriva plus vite que je m'y attendais : " La météo annonçait un grand beau temps sur tout le midi pour le samedi 30 juin et le dimanche 1er juillet ". J'avais très peu marché cet hiver et ce printemps et je manquerai certainement d'entraînement, mais l'occasion était trop belle !

Il ne me restait plus qu'à préparer mon sac pour aller découvrir ces premières " Merveilles au pays d'Alysse ".

 

Aperçu du Mont Coronat, depuis l'église et le cimetiére de Jujols

 Le Mont Coronat, vue depuis la route qui monte au Col du Portus

 

Topo-guide du Tour du Coronat

Cliquez sur le guide pour commencer à marcher