Samedi 30 juin 2007 1er jour.

 Jujols (940 m) - L'Estany del Clot (1.635 m) par le Col du Portus (1.736 m)-16 kms.

S'il n'y avait que sept merveilles du monde sur la terre, cela ne vaudrait pas la peine d'y aller voir. (Jacques Prévert - poète français-1900-1977)

Samedi 30 juin 2007, il est 9 h du matin quand j'entre dans le village de Jujols et gare ma voiture sur le vaste parking qui jouxte la belle église romane. Elle porte le nom de Saint-Julien et même si je ne suis pas un saint portant le même nom que lui, j'espère que ce saint homme veillera sur moi tout au long de ma randonnée ! Jujols a d'ailleurs aussi pour origine un nom de domaine appartenant à des Iullus, Julius ou Juliulus, diminutif de Jules. Avec des noms pareils pour origine, à Jujols, je suis en quelque sorte déjà chez moi !

 

 La belle église romane de Jujols

Assis au bord du coffre, je chausse mes godillots et me prépare avec un peu d'anxiété car j'ai un sac " monstrueux " ! Vingt et un kilos sur le pèse-personne qu'il faisait ce matin ! Hier soir, j'ai eu beau le vider et le revider, je pense avoir pris l'indispensable mais aussi le strict nécessaire, hors mis peut-être un minuscule baladeur MP3 et surtout le superflu " Da Vinci Code " en version normale Jean-Claude Lattés, 500 grammes de pages que je me suis décidé enfin à lire ! Mais que faire ? Le sac de 70 litres de contenance est déjà lourd tout seul mais quand on ajoute une tente, un sac de couchage, un tapis de sol, trois litres et demi d'eau, la " bouffe " pour deux jours, une polaire, une veste en Goretex, un poncho, une couverture de survie, un tee-shirt, un slip et des chaussettes de rechange, une trousse à pharmacie, les papiers d'identité et tous les objets indispensables pour un trek de deux jours en autonomie complète (cartes, GPS, boussole, jumelles, quart en métal, briquet, sifflet, mini-réchaud, lunettes de soleil, lampe, papier-toilettes, mouchoirs, crème solaire, etc..) croyez-moi il est très difficile de faire plus léger !

 

 Les Massifs du Canigou et des Très Esteles depuis Jujols

Chaussures aux pieds, il faut bien que je me décide à charger cet " abominable " sac sur mon dos. Je suis agréablement surpris et à première vue et malgré le poids, il me parait plutôt confortable. J'ai bien réglé les sangles et il épouse parfaitement mes épaules, appuie peu sur mon dos au profit de mes hanches et de ma taille. Mon bâton de marche à la main, j'ai mon GPS dans une poche de mon bermuda et mon petit " Canon " numérique dans l'autre. Je ferme la voiture et part chercher un panneau qui indiquerait le départ du Tour du Coronat. Sous un petit préau, un grand panneau indique plusieurs randonnées de quelques heures au départ du village mais rien quant au tour que je recherche. Au regard de ce que je sais du Tour du Coronat, je ne suis qu'à moitié étonné et pars visiter l'église et le village. Quelle vue ! Quel spectacle ! Les massifs du Canigou à gauche, celui des Très Estelles en face et la chaîne des Pyrénées sur ma droite se dévoilent derrière un halo d'une brume bleutée. Derrière le village, grâce à leurs calcaires marmoréens rouges, les flancs du Coronat rosissent sous les premiers rayons de soleil. De l'église, on aperçoit le village d'Olette, minuscule, tout en bas dans la vallée.

Avant de démarrer il faut que je fige dans mon appareil-photo quelques-uns de ces instants magiques : la belle église, ces paysages bleus et roses et quelques-unes des belles venelles et maisons rustiques de Jujols.

Une camionnette arrive, je fais un petit signe au chauffeur qui arrête son véhicule à ma hauteur.

- Je veux faire le Tour du Coronat, où se trouve le départ s'il vous plait ?

- Continuez dans le village, vous trouverez des marques jaunes qui montent à travers des ruelles, suivez-les. Ensuite, vous arriverez à proximité d'une grande ferme, longez-la à droite. Vous couperez la piste à plusieurs reprises mais continuez toujours à suivre les marques jaunes. Elles finissent par arriver tout en haut de la piste. Vous verrez une réserve d'eau, continuez. Ensuite.

Je l'arrête dans ses explications car il semble parti pour me décrire le Tour du Coronat dans son intégralité et je n'ai pas vraiment le temps.

-Merci pour les renseignements ! Après je m'en sortirai tout seul car j'ai tout le chemin inscrit dans mon GPS ! , tout en lui montrant mon appareil.

Il redémarre, l'air agacé et incrédule comme quelqu'un qui n'a pas pu aller au bout de son raisonnement et qui se dit : " tant pis, si c'est comme ça, débrouille toi tout seul ! "

 

Images de Jujols le matin de mon départ

9h 20, j'ai traînaillé plus qu'il ne faut, fait quelques photos et il est vraiment temps de me mettre en route.

Il fait déjà très chaud et je souffre rapidement avec cette " tonne " sur le dos. Je souffre et je souffle. Dans ce bon dénivelé, le manque d'entraînement que je pressentais se fait sentir. Tous les dix mètres, je m'arrête pour prendre des photos mais surtout pour me reposer car j'ai le " palpitant " qui s'emballe.

 

Deux grands oiseaux noirs tournoient au dessus de ma tête

Deux grands oiseaux noirs tournoient au dessus de ma tête comme pour me dire : " Tu vas crever si tu continues comme ça et on va te " bouffer " ! Je passe à droite de la ferme et arrive dans un pré où je m'affale à l'ombre d'une grande aubépine. Faut dire que sur ce versant du Coronat, qu'Antoine Glory appelle en catalan " solana ", en français soulane ou adret, l'ombre est un " produit très rare " car tout est sec et aride et les arbres ne sont pas légions hors mis quelques arbrisseaux épineux.

Je bois deux grandes gorgées d'eau, mange une barre de céréales et repars maintenant la gourde à la main. Les oiseaux noirs ont disparus. Je me dis qu'ils ont du penser que ce n'est pas cette fois qu'ils m'auraient !

Je perds par instant les traces jaunes pas toujours évidentes à trouver, j'en trouve des bleus, des jaunes et rouges (en principe le Tour du Coronat), je coupe des près, passe tout près de la réserve d'eau et finit par arriver au dernier virage de la piste de terre que m'indiquait le camionneur.

Ici finissent les raccourcis et la piste part dans d'immenses lacets qui montent vers le Col Diagre. Je regarde mon GPS, tout est OK sur mon tracé et je poursuis sur la piste. Quelques mètres plus loin, sur ma droite, un panonceau jaune est là planté dans la garrigue. Je m'approche : " Sentier des Bergeries ", " Sentier des Carrières ". Plus haut, peint sur un rocher : " Sentier géologique ". Mais toujours rien quant au Tour du Coronat ! Je continue la piste pierreuse où désormais je marche d'un pas plus volontaire. Au premier grand virage, je regarde à nouveau mon GPS pour constater que je suis désormais hors tracé. Je pose mon sac, sors une carte et m'assoie au bord du chemin les pieds dans le vide. Mais à cet endroit il n'y a pas trop de risque car de petits vallons broussailleux dégringolent en pente douce, puis ils s'élargissent et deviennent ravines abruptes. Finalement tous ces ravins se rejoignent tout en bas dans la vallée de la Têt.

 

 Le bassin alimenté par le séculaire canal de Jujols depuis le Gorg Estelat

J'observe attentivement ma carte, essaie de comprendre où j'ai commis une erreur : " Ce ne peut-être qu'au panonceau jaune car sur la carte la piste semble toute proche et parallèle au sentier du Tour du Coronat ! " Je regarde plus haut et aperçoit effectivement une sente qui passe plus haut au dessus d'une bergerie en ruines. D'un coup, je me souviens du topo-guide qui indiquait que le sentier s'elevait aux dessus de deux cortals (*) et arrivait à un long hangar. Ce grand hangar blanc, je l'aperçois tout en haut, loin au dessus de moi. Il faut que je fasse demi tour pour reprendre le bon itinéraire ! Puis je me ravise et étale toute ma carte au beau milieu du chemin. Du bout du doigt, je me mets à suivre la piste, blanche et en pointillés sur la carte, tout en gardant un il sur le tracé rouge propre au Tour du Coronat. Les deux partent dans la même direction, se suivent souvent de manière parallèle et finissent par déboucher au même endroit au Col du Portus. Je réfléchis et je me dis que je marche plutôt agréablement sur cette piste, le sac est moins pénible à porter que sur des dénivelés caillouteux où il faut lever les pieds plus hauts. Je prends la décision de continuer la piste jusqu'au Col du Portus tout en me disant que demain, il faudra impérativement que je revienne par le vrai itinéraire du Tour du Coronat.

 (*) Cortal : Cabane de bergers en estive.

 

Quelques photos dans la montée vers le Col Diagre

Tout en montant, j'observe la nature. Beaucoup de fleurs multicolores, des près tapissés de bouquets de thyms en fleurs parfois d'un rose presque violacé parfois d'un rose très pale formant des contrastes étonnants. Les genêts purgatifs ou scorpions mettent une touche de jaune dans ces landes verdoyantes mais lorsqu'elles sont recouvertes de schistes noirs, ces garrigues paraissent parfois très arides. Les sauterelles et surtout les papillons m'accompagnent sur ce chemin de croix, je reconnais les habituels " citrons " jaunes et les piérides blanches plus nombreuses mais il y en a tellement : des orangés, des noirs, des petits bleus, des tachetés de rouge, des marrons foncés ou clairs, tout un petit monde volant et sautant virevolte autour de moi. Mais quoi de bien étonnant, puisque dans la réserve naturelle de Jujols, les scientifiques ont dénombrés plus de 800 espèces de papillons et 60 espèces d'orthoptères (*).

Des lézards sommeillent sur les pierres brûlantes du chemin jusqu'au moment où ils se sentent suffisamment dérangés pour déguerpir. Plus haut mais à proximité du chemin, un grand rapace fait du surplace, peut-être un Gypaète barbu bien présent dans la réserve, je continue à avancer mais il ne semble pas effrayer de ma présence. Au fond de moi, je me dis que je vais peut-être avoir la chance de le photographier de bien plus près.

(*) Orthoptères : L'ordre comprend les Ensifères (sauterelles et grillons) et les Caelifères (criquets).

Je continue, il s'éloigne, revient, monte, descend, va se poser sur la cime d'un pin dont les premiers spécimens apparaissent plus haut maintenant. Je continue, je me rapproche, il hésite à revenir et disparaît définitivement derrière un mamelon rocheux. J'arrive enfin à l'endroit où l'oiseau planait et comprends enfin les raisons de tant d'insistance : un animal ressemblant à une fouine gît les tripes à l'air ! D'un coup de pied, j'éloigne l'animal de la piste afin qu'il ne finisse pas plus qu'il n'est en charpie sous les roues d'une voiture ! Je me dis que si la nature est belle elle sait aussi être très cruelle sans que l'homme en rajoute !

  

 Une flore magnifique et une faune virevoltante sur la piste

Les lacets se succèdent. Tout en bas le bleu du bassin de la retenue d'eau me sert de repère dans ma lente ascension. De la voir s'éloigner et rapetisser m'encourage. J'amorce enfin un grand virage d'où j'aperçois l'église de Jujols. Il est 11 h 10, deux heures déjà que je marche sous ce soleil de plomb. Mais j'approche du Col Diagre que j'ai noté en " waypoint " sur mon GPS. Sur ma gauche une compagnie de perdreaux s'envole en rasant les genêts et descendent dans le ravin. Juste après, un troupeau de vaches barre le chemin. Je m'en écarte car plusieurs d'entre-elles allaitent leur veau et me regardent d'un il noir inquisiteur. Voilà le grand hangar blanc qu'Antoine Glory cite dans son livre comme la bergerie Aparicio puis le col Diagre et sur ma droite le début de la forêt du Mont Coronat. A partir de cet endroit, la piste semble plus plate, d'ailleurs un panonceau jaune m'indique clairement ce qu'il reste à accomplir pour atteindre le col du Portus : dénivelé 327 mètres, distance 8,5 kms, temps 3h30.

 

Quelques photos prises sur la piste, avant le Col Diagre puis au col.

Rien de bien compliqué ou de difficile car le Col Diagre étant à 1.471 mètres, j'ai déjà parcouru un dénivelé de plus de cinq cent mètres. Le temps de m'asperger abondamment à un abreuvoir où coule une eau rafraîchissante et je repars aussitôt, toujours sur la piste. Il est 11 h 45 et je n'ai pas très faim. Il faut dire que je me suis littéralement gavé d'eau car j'ai fini deux gourdes d'un litre et j'ai bien entamé une bouteille d'eau minérale pétillante d'un litre et demi. J'ai pratiquement marché au rythme de plus d'un litre à l'heure. Désormais revigoré, j'oublie dans ma précipitation, de remplir mes gourdes au déversoir du canal.

Malgré les arbres plus nombreux et la forêt qui défile sur ma droite, ma marche se poursuit toujours en plein " cagnard ". Sous la canicule qui s'est maintenant installé, je suis contraint d'économiser l'eau pétillante de ma bouteille. Un demi-heure plus tard, j'atteins enfin un tronçon ombragé où des pins et quelques feuillus se sont installés de part et d'autre de la piste. Un petit torrent descend de la montagne et je m'installe là pour déjeuner. Les sandwichs entourés de leur film de cellophane et de papier alu sont restés frais malgré la chaleur ambiante. Quelques mètres plus haut, une minuscule cascade laisse entendre son " glouglou " harmonieux et surtout salutaire pour mes deux bidons asséchés.

 

  Après une matinée sous un terrible cagnard, enfin un peu d'ombre pour déjeuner !

 

Après ce sobre repas, bien à l'ombre de grands pins, je m'allonge sur l'herbe quelques instants pour un repos bien gagné et dévore quelques pages du Da Vinci Code. Je redémarre, à nouveau en plein soleil et la pente s'accentue. Tout au loin, je devine le troupeau de vaches aperçu peu avant le Col Diagre. En contrebas, la vallée d'Evol se déploie. Je la connais un peu pour avoir parcouru son chemin pastoral le " Cami Ramader ". En dessous de la piste, d'immenses ravins y descendent en zigzaguant. Sur ma droite, je reconnais le Puig d'Escoutou où pour la première fois l'an dernier, j'ai pu entendre le brame des cerfs.

 

  Le Col Diagre est loin maintenant. En contrebas, la vallée d'Evol se déploie

  

 Je redémarre à nouveau en plein soleil, sur ma droite le Puig d'Escoutou

J'ai trouvé ma cadence, je n'ai plus besoin d'économiser l'eau et les kilomètres défilent à un rythme soutenu. Vers 13 heures, après une première et brève descente, j'atteins enfin une partie plus ombragée. Je m'arrête pour faire un point sur la carte. Les aiguilles de pins forment un tapis bien attirant et semblent me dire : Allonge-toi et repose-toi ! Aïe ! Ouaaa ! Ces aiguilles piquent trop ! Mais je me souviens avoir emporté un bon morceau du film à bulles qui gît au fonds de mon sac et qui va parfaitement faire l'affaire. Je m'allonge confortablement sur le film plastique, déplie ma carte et constate que je suis au lieu-dit du " Barry de l'Ous " entre les deux ravins de Livia et de Font Fréde. Il est tôt et le Col du Portus n'est plus très loin ! Je reste allongé à bouquiner, à écouter mon baladeur MP3. Puis la lassitude aidant, je finis par m'assoupir. Au bout d'un moment, seul le gazouillis de quelques oiseaux vient me sortir de cette torpeur. Je me redresse, assis au bord du talus et en surplomb du ravin, je suis presque à la hauteur des cimes de grands sapins.

Là, silencieux, j'observe avec les jumelles de petits oiseaux bruns au bec très fin qui ressemblent à des fauvettes. Ils sautent de branches en branches, se pourchassent en gazouillant et semblent complètement m'ignorer. Ils s'approchent tout près de moi mais je n'ai jamais le temps de les photographier car ils ne tiennent jamais en place. Je suis prêt à parier qu'ils ont leurs nids au faîte des grands conifères car par moment ils disparaissent dans les hauteurs et dès lors un silence déroutant s'installe. Puis ils réapparaissent soudain dans un concert de pépiements. Ils se poursuivent et zigzaguent autour des arbres et des branches à une vitesse fulgurante. Ce manége continue sans cesse et je ne m'en lasse pas, mais il est 14 h 30 et voilà presque une heure et demie que je suis arrêté. Il est temps de repartir ! Je finis un sandwich, range correctement mon sac et l'ajuste sur mes épaules déjà bien endolories. La piste terreuse où la chaleur se réfléchissait et montait dans mes jambes a laissé la place à une voie parsemée d'un peu d'herbe, bien plus fraîche et plus agréable à cheminer. J'en ai définitivement fini avec la " Solana ". Après une portion plane et rectiligne, le chemin descend dans un verdoyant vallon et rejoint une route goudronnée. Je reconnais parfaitement " la Mouline ou la Molina " pour y être venu d'Evol par le Cami Ramader en novembre dernier.

  

 J'en ai définitivement fini avec la " solana " et j'arrive enfin à la Molina

Il fait encore très chaud et le bruit du petit torrent d'Evol qui descend du Gorg Nègre m'attire tel un papillon de nuit captivé par la lumière. Je remplis de nouveau mes deux bidons déjà vides. Personne aux alentours, la route est tout en haut derrière les arbres et je suis loin des regards indiscrets. Je me déshabille et me jette nu dans le ruisseau, je m'assoie dans un petit bassin sableux, je m'arrose un peu mais l'eau est si froide que je n'y tiens que quelques secondes. Je m'allonge bien au soleil sur la berge et quelques minutes plus tard me voilà déjà sec mais bien ragaillardi.

  

 A la Molina, au bord du rafraîchissant torrent d'Evol

Je quitte ce lieu paradisiaque et grimpe vers le col du Portus par le bitume. Dans la montée, le Mont Coronat apparaît dans toute sa splendeur. A cet instant précis, je me remémore la description qu'en faisait Glory : " On caressera souvent du regard le dôme du Mont Coronat, montagne fascinante s'il en est, drapée dans la chape sombre et mystérieuse de ses pins noirs à crochets "

   

Le dôme du Mont Coronat, montagne fascinante s'il en est,.

  

 

Images et panoramas avant et après le Col du Portus

Encombré de nombreuses voitures, le col du Portus est lui bien moins fascinant, aussi je ne traîne pas et descend rapidement vers l'Estany del Clot où j'ai bien l'intention d'y dresser ma tente afin de clore cette magnifique journée. Dans la descente et devant moi, les premières arêtes du massif du Madres, à ma droite, la vallée de Nohèdes et plus loin les crêtes que je gravirai certainement au mois d'août.

  

 L'Estany del Clot

J'arrive à une intersection de chemins : droit devant le Gorg Estelat est indiqué sur un panneau de bois, sur ma droite la piste descend vers Nohèdes. Le Gorg Estelat est au programme de demain et Nohèdes à celui du mois d'août. Je continue et cinq minutes plus tard j'arrive devant le panneau " Estany del Clot ". Cette petite retenue d'eau, je l'appelle ainsi à cause du panneau mais sur les cartes IGN aucun nom ne figure et sur Internet, on le prénomme Etang de Soucarrades ou du Clemens. Il est 16h 30, je longe quelques clôtures pour bovins ou ovins, un refuge sommaire à la porte défoncée et arrive au bord d'un étang limpide où se reflètent les monts environnants. Au bord de la grève, dans très peu d'eau, les vairons pullulent. Les abords ont été aménagés pour le bivouac car de grands foyers en pierres cimentées ont été construits. Voilà l'endroit idéal pour planter ma tente ! En plus, je ne suis pas seul car un groupe composé de jeunes gens a également dressé un campement sous les grands sapins. Ils semblent bien s'amuser car je les entends rire aux éclats. Deux pêcheurs s'évertuent à lancer dans le ciel azur des petites cueilleres étincelantes qui s'éteignent au milieu du lac. Puis ils ramènent leurs leurres qui gigotent à la surface et hachurent ce miroir d'un bleu profond. Assis sur la pelouse, je les observe longuement et le processus se répète sans cesse sans que la moindre touche n'intervienne. Je m'approche du plus jeune et la discussion s'installe avec la sempiternelle question que l'on formule à un pêcheur :

- Ça mord ?

- Non mais ça a mordu et j'ai fait deux belles truites, une de 38 et l'autre de 32 centimètres.

Fier, il ouvre sa musette, déroule un film plastique et deux énormes " farios " à la robe dorée et mouchetée apparaissent.

- Chapeau !

- Oh non, c'est rien, il y a quinze jours, j'en ai fait six comme celles-là !

- Et vous, vous venez pêcher aussi ?

- Non, je randonne et je fais faire les lacs de Nohèdes et D'Evol demain.

- Avec ce sac sur le dos ! , en désignant mon sac à dos.

- Oui !

- Eh ben ! Vous êtes courageux car il faut y aller là-haut avec ce barda !

La conversation se poursuit et il se hasarde à me décrire les lacs que je vais visiter demain et les pêches " fabuleuses " qu'il y a réalisées. Il me dit y être allé souvent mais désormais il vient pêcher ici car son beau-père est âgé et il a des difficultés à marcher.

 

  L'Estany del Clot et le Mont-Coronat

Je m'aperçois que la conversation aidant, il a définitivement arrêté de lancer et comme je ne veux pas l'importuner plus longtemps, je le quitte et part faire quelques photos autour du lac. Il est 17 h 30. Je reviens et installe tranquillement ma tente dans un endroit retiré et calme. Les pêcheurs disparaissent et laissent la place à deux couples avec trois enfants en bas âge et deux chiens. Les deux jeunes hommes déballent leur matériel, très pressés qu'ils sont de se mettre à pêcher. Les femmes s'affairent à installer le bivouac pendant que les enfants et les chiens batifolent au bord du lac.

Je me suis mis à lire mais un des deux jeunes hommes très sympathique vient s'asseoir à côté de moi car lui aussi crois que je suis un pêcheur. De la pêche, la conversation finit par dériver vers la randonnée, les tendinites dont il souffre et qui l'empêche de marcher, la solitude que je vis ce soir, la polyarthrite de Dany, raison de ma solitude. Une bonne heure nous restons à papoter de tout et de rien. Puis, il se lève d'un coup et me dit : " Merde ! Je vais me faire engueuler, j'étais parti pour chercher du bois mort pour faire un feu de camp. Vous en voulez vous aussi ? " Je n'ai pas le temps de lui répondre qu'il est déjà parti dans le bois mitoyen. Une minute plus tard, je le vois revenir avec deux énormes branches sèches de genévriers qu'il traîne derrière lui. Très serviable, il dépose les branches dans " ma cheminée de pierres " et repars aussi prestement en me lançant : Ça vous suffira ou vous en voulez plus ? Je n'ai pas eu le temps de lui répondre et quelques secondes plus tard, je le vois sortir du bois avec un gros tronc dans les bras qu'il dépose de nouveau dans ma cheminée.

- C'est bon comme ça ! Je n'ai pas de méchoui à faire cuire ce soir ! lui dis-je.

- Oh vous verrez c'est sympa un feu de camp mais ça brûle vite ! me répond-t-il en riant.

Puis le voilà à nouveau parti dans les bois pour son propre compte cette fois. Il va, il vient et j'ai l'impression qu'il va allumer un vrai incendie car il ramasse tout le bois qu'il trouve et constitue un grand bûcher près de sa propre cheminée.

  

 Photos de mon campement et pêcheur à l'Estany del Clot

 

 

 

Photos prises à l'Estany del Clot le premier jour.

Je me remets à lire. J'ai déjà dévoré 70 pages du Da Vinci Code depuis ce matin ! Le jour décline et le lac scintille dans le crépuscule. Les moustiques et surtout d'invisibles puces me dévorent les chevilles et les mollets. J'allume le feu de camp, sort mon sac de provisions et m'installe près du foyer pour manger. Les moustiques et les aoûtats ont disparus. Apparemment, ils n'aiment pas manger trop chaud ! Ça m'arrange car j'ai déjà les jambes qui me démangent atrocement au point que je me vois contraint de passer un peu de pommade à l'arnica. Je crois que ce n'est pas fait pour ça mais tant pis je n'ai rien d'autre !

Les pêcheurs surveillent leurs lancers, les chiens ont cessé d'aboyer, les enfants ont cessé de courir et de crier. En provenance des flancs du Pic de la Rouquette, les bêlements des moutons et les aboiements des " patous " s'estompent au fur et à mesure que la nuit tombe. Le silence s'installe et je n'entends plus que le crépitement du bois dans le feu. Le brasier finit par tomber aussi et de toute manière, je n'y vois plus suffisamment pour lire. Il est 22 heures, je m'engouffre dans mon tube de toile. La journée a été dure, très dure, surtout la matinée. Mes mollets s'en souviennent mais dans ma tête je n'y pense déjà plus. Je pense à Dany mais quand mon corps et mon esprit s'apaisent, ma mémoire, elle s'évertue à recommencer le chemin. Je repars de Jujols le cur et le sac léger et devant mes yeux défilent les unes après les autres les belles images de cette première journée. J'avais raison : " Il y avait bien des merveilles à découvrir au pays d'Alysse ! ".

  

 Le soir du premier jour, mon campement à l'Estany del Clot

 

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