Dimanche 1er juillet 2007 2eme jour.

 L'Estany del Clot (1.640 m) - Lac de Nohèdes ou Gorg Estelat (2.022 m) - Lac d'Evol ou Gorg Nègre (2.083 m) - Jujols (940 m) 20 kms.

Plus nous pénétrons dans l'inconnu, plus il nous semble immense et merveilleux (Charles Lindbergh - aviateur américain-1902-1974)

Six heures du matin, j'émerge de mon tube de toile. La nuit a été un peu agitée surtout le début. La fin, elle a été nettement meilleure. Je me sens bien et semble avoir parfaitement récupéré de ma " mortelle " journée d'hier. Comme la tente se trouvait sur un terrain légèrement incliné, le tapis de sol n'arrêtait pas de glisser et hier soir, j'ai eu un mal de chien à trouver ma place et le sommeil. Une fois le tapis calé, je me suis blotti dans mon sac de couchage et la nuit a été silencieuse et paisible.

Un gros rayon de soleil orange m'aveugle ……

Je risque un œil dehors et constate que le jour est entrain de poindre. Il fait très beau ! Un gros rayon de soleil orange m'aveugle en tentant de se frayer un chemin à travers le petit bois de pins. Je mets mes lunettes de soleil et commence sans tarder à m'organiser pour le petit déjeuner.

  

Le matin du 2eme jour, l'Estany del Clot émerge d'un océan de nuages

Je ne veux pas " speeder " mais j'ai envie de démarrer tôt pour profiter de la fraîcheur et de la quiétude de ce matin dont j'ai le sentiment qu'il va être exceptionnel. Sur le mini réchaud, l'eau pour le café frémit déjà. Du sac à dos, je sors mon sachet de cappuccino, le sucre et les deux gros croissants achetés hier matin. Comme le sac m'a servi d'oreiller, les croissants ressemblent plutôt à deux crêpes. Je les mange néanmoins avec délectation accompagnés de quelques biscuits.

7h15, je démarre dans un silence de cathédrale, les deux chiens des voisins viennent me saluer. Mes compagnons de campement, eux sont encore dans les bras de Morphée. La surface bleu cobalt de l'étang resplendit sous le soleil et frissonne sous une légère brise.

La piste s'élève progressivement, en faisant le tour de l'étang. Au loin, toutes les vallées sont recouvertes d'une immense chape blanche. De cette mer de nuages, seules surnagent les montagnes les plus hautes. Tout au fond, à l'horizon, je reconnais les Albères, un peu plus près le Massif du Canigou en partie caché par le boisé et sombre Coronat. Je suis là tout seul, seul au monde, souvent arrêté au bord du chemin par la magnificence du site ! D'ailleurs, ce matin ressemble pour moi à un premier matin du monde. Le chant des oiseaux, le bourdonnement des insectes, le murmure d'une cascade toute proche, des papillons qui volètent autour de moi, le bruissement des hautes herbes bercées par la brise. Et puis bien sûr, tous ces paysages tellement beaux que je ne peux en détourner les yeux. J'ai un mal fou à repartir, je veux goûter à ce spectacle. Ce spectacle dont je sais à l'avance qu'il va finir comme se termine une belle séance de cinéma. A l'évidence, mes mirettes en garderont longtemps les images!

Au fur et mesure que je monte, le panorama s'élargit, encore plus éclatant dans la pleine lumière du jour. Au fond de la vallée, la chape de nuages s'agite et se hisse aux flancs des montagnes. Cet immense molleton blanchâtre se soulève, ondule comme un gigantesque océan où d'énormes vagues se jetteraient à l'assaut de rochers. Les ravines ressemblent à des criques où la houle se transforme en ressac, en écume puis s'évapore dans un ciel laiteux.

 

 

 

Tous ces paysages sont tellement beaux que je ne peux en détourner les yeux…

Je suis dans ma bulle et c'est le crissement strident de pneus sur des gravillons qui me sortent de cette indolence. Je ne les ai pas vu arriver mais quelques mètres plus bas dans un virage, j'aperçois trois cyclistes. Sur la piste, encore un peu plus bas, il y a en trois autres. Les premiers, deux hommes suivis d'une jeune fille montent à bonne allure. Je m'arrête pour prendre une photo mais ils sont déjà à ma hauteur : " Bonjour ! ". Les trois vététistes espagnols me répondent en cœur : Hola ! mais ils ne s'arrêtent pas et foncent sur ce passage caillouteux et défoncé. J'avoue être à la fois agacé et surpris de les voir là. Agacé de m'avoir sorti de cette belle quarantaine dans laquelle je baignais depuis mon départ et surpris de les voir sur ce chemin dont je n'aurai pas pu imaginer qu'il soit cyclable. D'un autre côté, je me dis que chacun doit trouver son bonheur et je reconnais en eux des qualités de vrais sportifs. Personnellement si je suis capable de venir à pied et avec mon gros sac jusqu'ici, y venir en vélo me parait une prouesse encore bien supérieure ! Surtout les deux filles qui montent à un train d'enfer et que je trouve très valeureuses de faire la " pige " à quatre garçons.

 

 

 En montant vers le Gorg Estelat, des vététistes espagnols et le Coronat

Quand j'arrive au Pla del Mig, nos chemins se séparent, je quitte la piste que les cyclistes ont poursuivie et je prends l'étroite sente balisée en jaune qui monte vers le lac.

Je les aperçois en dessous de moi qui se dirigent vers l'extrémité du Pla. Je vois bien qu'ils s'orientent vers un cul de sac car le chemin se termine près d'un minuscule refuge et des près occupés par des enclos à bestiaux.

  

 Au Pla del Mig, les cyclistes s'orientent vers un cul de sac

Maintenant, ils me regardent dans mon ascension et soudain ils comprennent qu'il n'y a aucune autre alternative pour aller au Gorg Estelat.

Le vélo sur l'épaule, une des deux filles est la première à rejoindre la sente que j'ai empruntée. Les autres ont longuement réfléchis mais décident de la suivre maintenant. Leurs vélos sur les épaules, ils escaladent courbés ce minuscule sentier pierreux tels de " petits Jésus " avec leurs croix sur le calvaire. Je suis arrivé au Pla del Gorg bien avant eux. Assis, sur un piton rocheux, je les observe dans leur pénible ascension mais mon regard est surtout captivé par le Coronat dont le massif vert émeraude s'expose ici dans toute sa splendeur.

Derrière moi, les crêtes du Massif des Madres se dévoilent, le lac n'est plus très loin ! J'entre dans une zone boisée de petits pins à crochets mais constituée aussi d'une lande de genévriers et de genêts complètement calcinés. Incendie accidentel ou écobuage volontaire ? De toute manière, c'est dommage d'attenter à la nature et cette zone carbonisée et noirâtre contraste avec toute cette végétation généreuse et verdoyante. A l'approche du lac, la lande a laissé la place à une tourbière pâteuse où j'ai beaucoup de mal à progresser sans patauger dans une eau froide et boueuse. Heureusement j'arrive enfin au bord du lac où les rives sont bien sèches. Avec leurs vélos sur l'épaule, les vététistes ont réussi à me rejoindre.

La fille, leader du groupe, qui est frêle mais terriblement efficace dans les grimpées, s'approche de moi alors que je me suis installé au bord du lac pour prendre un peu de repos et avaler un en-cas. Elle me montre un minuscule appareil photo et me fait signe de venir. Je m'exécute et essaie de trouver un angle original pour prendre à la fois le lac, le paysage et l'ensemble de groupe tout près d'un bosquet de rhododendrons en fleurs.

 

 Au Pla del Gorg, mon regard est captivé par le Mont Coronat…

Les cyclistes repartent, s'arrêtent devant un panneau indicateur puis disparaissent enfin de ma vue. Il n'est pas encore 9 h, je finis mon sandwich et entame une compote. Me voilà à nouveau seul au monde et j'en profite pour examiner longuement ma carte et surtout analyser le sentier qui monte au lac d'Evol. Je n'ai pas trop de crainte car le tracé est enregistré dans mon GPS mais en raison de la forêt qui entoure le lac, une vérification supplémentaire ne me paraît pas superflue.

Je décide de faire le tour du lac et part sur la droite. Jonchés de gros éboulis, je n'ai pas pris le côté le plus facile. J'escalade les énormes blocs en redoublant d'attention car au fonds de moi je me dis : " Si tu tombes au milieu de ce magma rocailleux, tu es foutu car personne ne viendra te découvrir et te chercher ici ! ". Cela d'autant que je sais que le portable ne passe pas ! Un petit torrent descend au milieu des éboulis et j'en profite pour remplir mes gourdes d'une eau glacée et limpide. Ouf ! Après maintes difficultés, me voilà enfin en sécurité sur une berge herbeuse, puis sur une grève sableuse où s'écoulent de multiples ruisselets. Voilà l'endroit rêvé pour faire un brin de toilette même si c'est comme les chats, c'est à dire sans savon avec un simple mouchoir mouillé et juste un peu de déodorant. Bon, j'ai beau avoir envie de me rafraîchir un peu, l'eau est vraiment glacée et " juste bonne pour le pastis " comme on dit du côté de Marseille ! Difficile d'y tenir les fesses dedans d'autant qu'il ne fait pas bien chaud car le soleil est souvent voilé par quelques cumulus bien gris.

 

 Paysages autour du Gorg Estelat où Lac de Nohèdes

  

 Au Gorg Estelat avant de faire un brin de toilettes- Rhododendrons et genêts fleuris, de véritables merveilles !

Heureusement, les nuages continuent d'être chassés par un petit vent et le soleil est parfois présent. J'ai maintenant très froid et me dépêche pour me sécher et me rhabiller. Je continue le tour du lac, le photographie sans cesse dans un verdoyant et fabuleux décor de rhododendrons roses et de genêts en fleurs. Subjugué une fois de plus par cette incroyable beauté, j'ai fini par oublier le Gorg Blau, petit lac glaciaire dont le trop plein se déverse dans celui d'Estelat. Une centaine de mètres plus haut que l'Estelat, j'avais l'intention d'y monter sans mon sac, mais tant pis. De toute manière, je l'ai déjà vu et pris en photo depuis la crête qui domine. Cette crête, c'est celle du Clot Rodon que j'ai gravie l'an dernier en montant au Madres à partir du Col de Sansa.

10 heures. J'ai passé plus d'une heure à errer plus ou moins sereinement autour du gorg et maintenant la difficulté la plus sérieuse de la journée se profile. Une courte et rude montée de huit cent mètres par le Bac del Gorg pour un dénivelé de 200 mètres environ qui va me mener au point culminant de ces deux journées : 2.200 mètres au bas mot !

Je raccourcis mon bâton, traverse des près, essaie tant bien que mal de suivre un sentier parfois balisé en jaune ou bien indiqué par des cairns. Un serpent de petite taille file sous pieds et je n'ai que le temps d'apercevoir le bout de sa queue disparaissant dans les buissons. Une vipère sans doute ! Je grimpe régulièrement, sans à-coups et sans précipitation. Je sens que je souffre bien moins qu'hier et mon souffle est plus régulier. Je m'arrête néanmoins très souvent tant pour le panorama du petit lac anthracite qui s'éloigne que pour calmer mon cœur qui a tendance à s'emballer sous le poids du sac. En face, dans les éboulis du Pilou de la Mirande, j'aperçois deux isards, mais trop furtivement pour avoir le temps de les observer aux jumelles. Les cairns sont maintenant plus visibles jusqu'à un certain collet très caillouteux où ils disparaissent franchement. Puis je les retrouve un peu plus haut et ils se volatilisent de nouveau. Je garde mon GPS allumé pour suivre le tracé enregistré. Je ne suis plus parfaitement sur le chemin mais pas très loin toutefois et je m'oriente ainsi, parfois à droite parfois à gauche. A vrai dire, je ne trouve plus aucune sente, je traverse des près, un bois, circule sur ce qui ressemble à des couloirs réguliers de bovins, enjambe des branches et des arbres morts.

  

 Dans la montée vers le Gorg Nègre, j'aperçois encore le Gorg Estelat

Au bout de quarante minutes d'efforts soutenus, je finis par arriver au bord d'une arête très abrupte où le Gorg Nègre ou lac d'Evol se révèle enfin. Bien moins " nègre " que je l'avais imaginé, il est néanmoins très beau et semble effectivement plus profond que celui d'Estelat. De ce lac, j'ai lu d'étranges et nombreuse légendes (*) : " le seul fait d'y jeter une pierre pouvait, parait-il, être suffisant pour provoquer une épouvantable tempête ; ou encore, les truites qu'on y pêchait sautaient de la poêle quand on les faisait cuire et repartaient par la cheminée ".

  

 Au bord d'une arête abrupte, le Gorg Nègre se révèle enfin !

Moi avant de repartir non pas par une cheminée mais par la crête, je trouve un rocher comme support pour me prendre en photo avec le retardateur, histoire de marquer d'une empreinte ce moment inoubliable ! Et une merveille de plus au pays d'Alysse ! Assis confortablement au bord de ce point de vue, je mange encore. Biscuits, pâtes de fruits, grandes gorgées d'eau, barre de céréales, tout est prétexte à ne pas lever le camp rapidement tellement c'est beau !

Bon, il faut quand même que je me décide, l'heure du repas n'est pas encore arrivée ! Dans la descente, j'ai enfin retrouvé le balisage jaune sur une sente qui descend agréablement au milieu de petites et vertes prairies. A cet endroit, beaucoup d'arbres morts. Certains gisent couchés et compte tenu de leur taille et de leur nombre, l'endroit ressemble à un gigantesque ossuaire de carcasses de baleines. Un panonceau indique en catalan le refuge du Font de la Perdrix. Je prends le sens opposé. Le Gorg Nègre se rapproche très rapidement et après avoir enjambé quelques ruisseaux, j'atteins enfin la rive. De nombreux pêcheurs ont installés leurs tentes et calés leurs cannes sur la rive opposée. Je pars à leur rencontre par la droite mais je ne vois personne sur la berge. Ils doivent peut-être dormir, aussi je m'écarte pour ne pas les déranger, prend quelques photos du lac et cherche le chemin qui redescend vers le Col du Portus. Je compulse ma carte et remarque que la sente semble partir du " bout de la bottine " que forme l'extrémité du lac. Effectivement, le chemin est bien là et suit un ru et les Tartères del Gorg. Sur la carte, c'est bien le même torrent d'Evol où je me suis baigné nu hier.

  

 

Images du Gorg Nègre ou Lac d'Evol

La descente au milieu des bois m'amène dans une vaste prairie fleurie où des vaches broutent paisiblement près d'un petit abri en tôle. Une fois de plus, je m'écarte du troupeau car des veaux tètent encore leurs mères. En outre, un monstrueux taureau ne semble pas disposer à me laisser un passage. Je me dis qu'avec mon gros sac sur le dos, je serais certainement un piètre torero ! Bon, je réussis quand même à me faufiler sans trop déranger le cheptel et je rejoins enfin la bonne piste qui descend vers le col du Portus. Je croise de nombreux pêcheurs qui montent vers le Gorg. Sur ma droite, je domine un large et verdoyant vallon. Il s'agit du Pla de la Baillette où quelques bovins tout blancs se prélassent. Ce vallon est lui-même dominé par le Puig d'Escoutou réputé parait-il pour ces hordes de cervidés. Je m'arrête au bord du chemin, sors les jumelles du fond de mon sac avec l'espoir d'en apercevoir. En vain ! Il est vrai que ce n'est pas encore l'époque du brame et qu'il faut peut-être attendre le mois d'octobre ! Devant moi, l'énigmatique Mont Coronat se dresse, tout proche, comme pour me dire, regarde je suis là, viens le chemin est par ici !

 

Dans la descente du Gorg Nègre vers le Col du Portus

Midi et dix, me revoilà au col du Portus où les voitures sont aussi nombreuses qu'hier. Pas question de rester là pour déjeuner. De toute manière, je n'ai pas très faim et il faut impérativement que je trouve et emprunte le Tour du Coronat pour repartir vers Jujols. Je cherche une indication et m'oriente vers le bout du parking. Là, derrière une voiture, bien ternes mais néanmoins perceptibles, des marques jaunes et rouges apparaissent sur un sapin. Le sentier descend dans la forêt puis débouche en contrebas sur un large chemin. Cette fois, mon GPS est invariable et il ne fait aucun doute, je suis bien sur le tracé et l'itinéraire du Tour du Coronat ! Il ne me reste plus qu'à rentrer !

  

 Le sentier du Tour du Coronat juste après le Col du Portus en direction de Jujols

Au début, le chemin est bien large, par endroit herbeux, par endroit très pierreux. Il circule dans un sous-bois très dense mais par de petites trouées, il consent de tant à autre à une brève vision sur les ravins, les près de La Molina ou le vallon d'Evol. Puis il se hisse au dessus de la forêt et laisse entrevoir à l'identique les paysages et les panoramas aperçus hier depuis la piste. D'ailleurs, la piste est juste en dessous et je l'aperçois très souvent maintenant.

 

 

Sur le Tour du Coronat, les mêmes vues qu'hier mais sous un ciel plus gris

13 heures, j'ai bien avancé et décide de m'arrêter pour déjeuner. Je sors mon sachet de victuailles duquel j'extirpe les deux derniers sandwichs qui ont survécu à mes fringales. Ils sont quelque peu rassis mais comme il ne me reste plus grand-chose, je m'efforce de les avaler à coups de grandes lampées d'eau. Pour le dessert, je n'ai plus vraiment le choix car il ne me reste que deux pâtes de fruits chinoises et une barre de céréales. Je mange une pâte de fruits et décide d'économiser les autres friandises pour l'après-midi. Alors que je suis prêt à repartir, j'aperçois tout en bas du talus, à une trentaine de mètres, un renard qui monte vers moi. Il ne m'a pas vu et sans bruit, j'essaie d'extraire mon appareil photo de ma poche. Mais comme je suis assis et que mon bermuda me serre aux cuisses, j'ai un mal fou à le sortir de ma poche. Je n'ai pas vraiment le choix et il faut que je me soulève un peu pour y parvenir. Malgré l'extrême lenteur de mes gestes, le renard a remarqué ce mouvement et m'a immédiatement aperçu. Il s'immobilise et m'observe. Avec une infini précaution, je finis d'enfoncer la main droite dans ma poche, mais c'est déjà trop tard, le voilà qui détale et redescend le pente. Il disparaît définitivement dans les bois et de ma vue. Dommage !

A un embranchement simplement symbolisé par un petit cairn, le large chemin a été remplacé par une petite sente qui descend sur la droite. Comme j'ai eu beaucoup de chance d'apercevoir ce cairn sur le bord du chemin, j'ai ressorti mon GPS que je laisse à nouveau allumé. Les panoramas sont les mêmes qu'hier mais tout de même bien moins fascinants sous un ciel devenu tristement gris. Le balisage jaune est présent mais plutôt rare et je crains qu'il y ait plusieurs sentiers. Rapidement, je m'aperçois qu'il n'y en a qu'un seul, plutôt plat mais couramment embroussaillé. Très souvent, je suis obligé d'enjamber de petits buissons pour progresser. Ronces, nerpruns, aubépines, prunelliers, églantiers, tous les épineux de la création semblent s'être donnés le mot pour envahir ce sentier. Au bout d'un quart d'heures, je suis tellement ensanglanté que je suis contraint d'arrêter pour essuyer d'un Kleenex, le sang qui dégouline abondamment le long de mes bras, de mes mains et de mes jambes. Heureusement, il ne s'agit que d'égratignures ou coupures très superficielles et il suffit d'éponger pour que le sang s'arrête très vite de couler. Là, je me rappelle "Eldorando" et les commentaires qui m'étaient donnés par les responsables de la FFRP lorsqu'ils m'annonçaient un Tour du Coronat embroussaillé ! Pour l'instant c'est le seul mauvais tronçon que j'ai rencontré mais au fond de moi, j'espère que les trois autres étapes seront moins belliqueuses sinon je vais finir en lambeaux !

Toutefois, ces difficultés m'ont rendu plus prudent et plutôt que de foncer dans la broussaille, chaque fois qu'il y a un obstacle piquant, j'essaie maintenant de l'éviter. Je m'écarte quand je peux, je casse les tiges les plus hautes avec mon bâton ou j'écrase du pied les branches les plus récalcitrantes. Au delà de cette flore très agressive, heureusement il y a aussi des plantes inoffensives, odorantes, colorées et très agréables à regarder : Toujours, ces tapis de thyms violacés, ces landes jaunes de genêts et toutes ces petites fleurs multicolores dont certaines en bouquets semblent sortir tout droit de chez une fleuriste.

  

 Même sous un ciel bien plus gris, les panoramas restent magnifiques

 

  Des petits bouquets comme sortis tout droit de chez une fleuriste !

15 heures, le Col Diagre se rapproche, de ce balcon né de la persévérance et du courage des hommes car l'itinéraire suit un canal d'irrigation de plusieurs kilomètres de long reliant L'Estelat à Jujols, j'en aperçois maintenant les abords. La sente descend dorénavant dans une forêt de pins sylvestres dont certains portent encore les vieilles traces jaunes et rouges du Tour du Coronat. Mais, comme cet itinéraire est peu évident à trouver, en prévision du mois d'août, j'accroche, à chaque intersection, de minuscules morceaux de sacs plastiques à des ramures de pins.

Après une forte déclivité caillouteuse, je retrouve le Col Diagre au beau milieu d'une immense réunion de randonneurs. Certainement une association qui organise une kermesse car il y a des tréteaux installées avec des bouteilles d'apéritifs, des jus de fruits, des biscuits et des gâteaux. Les gens qui papotent en réunion ne prêtent aucun cas à ma présence. D'autres, plus à l'écart, me regardent passer avec effarement et doivent se demander d'où je sors avec mon " gigantesque " sac. Comme personne ne me propose rien, je passe mon chemin. Est-ce le vacarme ? Est-ce le passage brutal de l'isolement à la foule ? Toujours est-il que je me dépêche pour fuir ce monde grouillant et dans ma précipitation, j'en oublie une fois de plus le Tour du Coronat !

  

 Et toujours ces merveilleux parterres fleuris et ces beaux panoramas! 

Me revoilà à nouveau sur la piste terreuse à l'endroit même où hier, j'ai croisé le troupeau de vaches. Elles ne sont plus là aujourd'hui et comme j'ai déjà accompli plus de cinq cent mètres, je décide une fois de plus d'emprunter cette piste dont je connais désormais la distance et les méandres.

Quelques jeunes filles ont quitté la fête et m'accompagne dans la descente vers Jujols. Pourquoi n'ont-elles pas pris le Tour du Coronat, chemin beaucoup plus court ? Peut-être ne le connaissaient-elles pas ? Nous papotons un bon moment et elles me confirment venir de cet anniversaire associatif.

  

 En descendant vers Jujols, les nuages montent vers nous

Nous descendons cahin-caha car maintenant des nuages montent vers nous et souvent un brouillard très épais nous entoure et recouvre entièrement le chemin. Nous ne voyons pas à dix mètres. Puis la brume s'évapore, disparaît au dessus de nos têtes et les paysages réapparaissent juste recouverts d'une ample ouate grisâtre. Puis le brouillard revient, nous enveloppent et disparaît à nouveau dans les hauteurs du Coronat. A l'approche de Jujols, les jeunes filles continuent la piste vers le bassin pendant que je récupère les raccourcis empruntés hier.

  

 Dans mon approche vers Jujols, j'aperçois enfin le bassin !

Au fur et à mesure que je descends vers Jujols, les nuages s'étiolent et laissent peu à peu la place à un ciel bien moins gris. Avant d'en terminer, Saint-Julien voudrait-il me laisser entrevoir encore quelques merveilles en m'accueillant sous des cieux plus cléments ? C'est à croire car lorsque j'entre dans le village par les petites ruelles, il est 17 heures et les nuages ont quasiment disparus. Le Canigou, les Très Estelles et toutes les montagnes jusqu'au Cambre d'Aze refont peu à peu surface comme pour me montrer une fois de plus qu'il y a de toute évidence une multitude de " Merveilles à voir du Pays d'Alysse ! ".

  

puis le village sous un ciel redevenu plus clément !

 

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