Mercredi 15 août 2007 3eme jour.

 Jujols (940 m)-Nohèdes (995 m) par le Col du Portus (1.736m) 19 kms.

Chaque jour attendez-vous à ce que quelque chose de merveilleux arrive dans votre vie... et si à midi cela ne se produit pas, faites-le se produire (Proverbe Anonyme).

Mardi 14 août, 19 heures. Un mois et demi après " mon tour des Gorgs ", me revoilà de nouveau à Jujols. Cette fois, c'est le grand départ pour l'authentique Tour du Coronat. Quatre jours de marche sont au programme avec un total de 80 à 90 kilomètres à parcourir. Je redoute un peu ce départ à la fois par l'aspect solitaire de ce périple car je n'ai trouvé personne pour m'accompagner mais surtout à cause d'une certaine lassitude car je n'ai pas vraiment récupéré du mariage de Carole et de ma nuit " nuptiale " à danser jusqu'à 5 heures du matin.

 

 Vue sur le Canigou, depuis la terrasse de l'auberge au p'tit déj'

Heureusement, ici à Jujols, confortablement installé dans l'agréable gîte d'étape " Les Ocells ", je peux déjà un peu me reposer. J'ai une chambre pour moi tout seul, avec quatre lits ! Et comme insolite tableau, le Massif du Canigou qui s'invite par une petite fenêtre donnant sur les toits en lauzes du village. Je suis entré dans ce gîte comme on entre dans un moulin mais j'étais néanmoins attendu puisque sur la porte un étiquette précisait : " Monsieur Jullien, entrez, faites comme chez vous, la chambre est à l'étage, installez-vous, je serai là à 20 h ".

Il est déjà 19 h 30 et comme je suis aussi attendu à l'Auberge de Gilles Calmer où j'ai réservé un repas, je me dépêche de filer car ce soir je veux absolument me coucher tôt !

21 heures, repu d'une grosse et tendre entrecôte et d'un plat de frites, je quitte le sympathique Gilles non sans lui avoir rappelé que j'ai besoin pour demain d'un pique-nique pour le midi et d'un p'tit déj' avant de démarrer. Il me donne rendez-vous à 7 h 30 en me précisant que son cuistot sera là. L'heure me convenant parfaitement, je m'apprête à partir en payant mon repas. Il refuse et me laisse partir en rajoutant : Vous payerez tout demain ! Pour quelqu'un qui ne me connaissait pas une heure avant, je suis à la fois surpris et flatté de la confiance qu'il me témoigne ! Je pars donc sans payer !

J'ai beau avoir sommeil, le village est tellement calme, les flancs du Coronat si rouges dans le soleil couchant, que je ne peux m'empêcher de déambuler dans les ruelles pour prendre encore quelques belles photos. Quand j'arrive aux " Ocells ", il est 21 h 30 et je paraît attendu comme le Messie. L'hôtelière est sur le pas de la porte et discute avec un couple de clients. Je me présente, parle longuement de mon projet. Les clients, eux me racontent leurs vacances à Jujols. A l'intérieur, leurs deux enfants sont attablés. Il est 22 h 30, quand je règle ma facture et monte enfin me coucher.

 

 Le gîte " Les Ocells " à Jujols

 Ma chambre, la cuisine au gîte Les Ocells et la vue sur le Canigou depuis la fenêtre

 

 Photos de l'auberge de Gilles Calmer à Jujols.

J'ai pris le matelas près de la porte bien en face la fenêtre avec le Canigou en ligne de mire. Le sommet est sombre mais quelques lumières scintillent sur ses versants. A force de regarder cette " télévision naturelle ", mes yeux eux aussi papillotent comme éblouis par ces phosphorescentes lucioles..Je m'endors.

Mercredi 15 août, 7 heures. J'ai très bien dormi. Le jour se lève à peine et le Canigou se révèle bien sombre mais sous un ciel parfaitement cristallin. Je me lève et comme attiré par la clarté, me dirige vers la fenêtre. Quelle scène extraordinaire ! Devant moi, le panorama est horizontalement coupé en deux par une immense couverture nuageuse qui recouvre la plaine du Roussillon. Au dessus les vertes montagnes surnagent mais se résignent à couler au fur et à mesure que s'élève cette marée cotonneuse. Je me décide à quitter cette fascinante lucarne. Le gîte est extraordinairement silencieux, mais quand je descends au rez-de-chaussée pour me doucher, le parquet et les escaliers craquent tellement que j'ai l'impression qu'ils vont s'effondrer sous chacun de mes pas et réveiller tous les occupants. Je prie pour qu'ils aient le sommeil bien lourd car les mêmes craquements retentissent et raisonnent dans toute la maisonnée lorsque je remonte de la douche puis redescend à nouveau avec mon gros sac à dos pour partir. Partir ! C'est bien mon intention ! Oui mais comment ? La porte du gîte est fermée ! Pas de clé dans la serrure ! Je me mets à chercher, près de l'entrée, sur la table du séjour, dans la cuisine, dans les placards, dans les tiroirs, partout ! Rien ! Aucune clé ! Comment vais-je faire ? Faut-il que je me résigne à réveiller le couple de clients et peut-être leurs enfants ?

En réalité, je ne réfléchis pas très longtemps car pour sortir, hormis la porte d'entrée, il y a seulement deux autres issues : Une petite lucarne, bien trop étroite pour ma grosse carcasse et une fenêtre carré au bout de la salle à manger. Je monte sur la table, ouvre le vasistas et jette mon sac à l'extérieur. Puis avec la souplesse d'un " verre de lampe " qui me caractérise, j'arrive tant bien que mal à me hisser et à me faufiler par cette étroite ouverture. Surprenant gîte d'étape ! J'y suis entré comme dans un moulin et j'en ressors comme un voleur ! Bon, pour moi, l'essentiel c'est que je sois dehors et que je puisse partir ! Je pars déjeuner.

 

L église de Jujols le matin de mon départ

8 heures, je quitte l'auberge avec une tasse de café et quelques petits-beurre dans l'estomac et me dirige vers le parking. Je laisse mes mocassins dans le coffre de la voiture et enfile mes chaussures de marche. Au moment de démarrer, j'aperçois un vieil écriteau de bois sur lequel le Tour du Coronat est indiqué. Les flèches partent dans le sens de l'église et de la route qui la côtoie et non pas vers le village et les traces jaunes que j'avais suivi dans les ruelles la première fois. Je décide de me fier à ces indications mais quand j'arrive à la hauteur de l'église, je reste envoûté par cette lourde chape nuageuse qui se trouve maintenant à quelques dizaines de mètres en dessous. Les nuages qui sont en perpétuels mouvements me font penser à un énorme magma gélatineux qu'un géant s'amuserait à remuer. Par moment, j'ai l'impression que cette chape monte vers moi et que je pourrai aisément y poser les pieds comme sur un gigantesque tapis volant. Mais plus je l'observe et plus je constate qu'au fur et à mesure qu'elle se soulève, dans le même temps, les nuages se volatilisent et au bout d'un quart d'heure, j'ai la certitude que la chape ne m'enveloppera jamais. Je me remet en route tout en restant subjugué et en conservant un regard posé sur elle et sur les paysages qui arrivent à surnager. Le Massif des Très Esteles notamment me fait face avec parfaitement visible aujourd'hui, son " inoubliable " ravin de l'Orry tel une balafre qui semble vouloir m'interpeller et me dire : " Gilbert, souviens-toi de cette cicatrice gravée dans ta mémoire, fais très attention lors de cette randonnée, sois sérieux, ne commet pas d'imprudences ! ".

 

 Inoubliables images de chevaux qui gambadent dans les nuages

 Images de Jujols lors de mon arrivée le soir du 14 août

 

Pour la deuxième fois, je quitte Jujols en direction du col Diagre

Rapidement je m'élève. Aujourd'hui encore, je garde en moi ses inoubliables images de chevaux qui gambadent dans les nuages sur fond du village qui s'éloigne ! Puis, je retrouve les raccourcis, les près, les petits cairns, les buissons épineux, le balisage jaune que j'ai suivi il y a un mois et demi. Je rallie le petit bassin puis la piste qui s'enfuie vers le Col Diagre. Au petit panonceau " sentier des bergeries " je la quitte définitivement et m'engage dans le " vrai " Tour du Coronat. Sur la sente, il y a encore quelques papillons mais les sauterelles semblent désormais les plus nombreuses. A chacun de mes pas, ce sont des dizaines d'insectes sauteurs qui m'accompagnent au point de rebondir très souvent sur mes jambes et ma poitrine. Les bouquets de thyms ont fanés et ont laissé place à des massifs de bruyères d'une couleur violine quasiment identique. Sous mes pieds, j'entends parfois chanter l'eau du séculaire canal de Jujols et par moment des lauzes effondrées laissent entrevoir un flot impétueux qui descend vers le réservoir. Au fur et à mesure que le Col Diagre se rapproche, ce repère bleu qu'est le bassin rétrécit. Quant à la chape nuageuse, elle s'évanouie peu à peu et laisse la place à un ciel immaculé quand j'arrive à la bergerie Aparicio. Il n'est pas tout à fait dix heures, je n'ai pas suffisamment déjeuné et j'ai la fringale. Je m'installe sous les pins pour un en-cas complémentaire car je sais maintenant qu'un " bon " dénivelé m'attend dès le redémarrage. Effectivement, le sentier des Bergeries, commun au Tour du Coronat se dresse immédiatement dans une forte déclivité faite de terre rouge et de caillasses. Je me hisse en m'aidant de mon bâton mais mon sac, qui cette fois, ne fait plus que 16 kilos (sic), a pris la fâcheuse résolution de vouloir me faire reculer. Au bout de dix minutes de cette lutte incessante, je m'écroule dans le chemin les bras en croix, épuisé.

Je reste là un bon moment à reprendre mon souffle quand j'aperçois un petit écureuil roux qui m'observe à la cime d'un pin. J'ai le vague sentiment qu'il se fout de moi et de ma condition physique précaire car, comme pour me montrer qu'il est plus énergique que moi, le voilà qu'il se met à sauter de branche en branche avec une aisance et une agilité déconcertante. Vexé, je me soulève et lui lance en criant : " tu ferais moins le malin avec un sac sur le dos ! ".

Voilà que je délire ? Dès le premier jour, la solitude me rendrait-elle dément au point de me faire parler aux animaux ?

 

 Au col Diagre, cette auge est alimentée par l'ancestral canal de Jujols

Je finis par arriver sur un replat qui débouche dans la forêt puis je traverse le ru boueux de Font Frède. Là, je récupère accrochés aux ramures, les petits morceaux de sac plastique que j'ai disposés le 1er juillet dernier.

Après un bon dénivelé, je redécouvre la sente du Tour du Coronat moins fleurie mais toujours aussi embroussaillée. Une fois de plus, je slalome, j'écrase ou je saute comme un cabri pour éviter les épines blessantes de tous ces redoutables buissons. Mais je prends aussi le temps, de quelques photos, de découvrir une flore nouvelle, des paysages déjà vus mais sous d'autres angles.

 

 

Dans la montée vers le Col Diagre, au col puis dans le bon dénivelé après le col où j'aperçois un écureuil.

 

 Quelques décors depuis la sente du Tour du Coronat en direction du col du Portus

Cette fois, c'est sans aucune égratignure que je rejoins le sentier plus large au niveau du Barry de l'Ous. Il n'est pas tout à fait 13 heures et je stoppe dans un virage en épingle à cheveux en surplomb du ravin de la Pinouse. Assis confortablement sur l'herbe, je sors le sac de victuailles que m'a préparé le cuistot de l'auberge et me confectionne un gros sandwich fait de tranches de rôti froid et de " Vache qui rit ". Je domine de magnifiques paysages auxquels j'arrive à donner des noms grâce à mes cartes. Tout en bas, les bois et les près de la Mouline et de la Sola del Plet. Sur ma droite et à l'horizon, de très hauts pics pyrénéens transparaissent dans un halo d'une brume bleutée. Devant moi, j'aperçois, le grand dôme boisé du Puig d'Escoutou avec juste devant l'immense bulbe calcaire des Rocs de l'Aigle et de l'Ours. L'ours justement, j'y songe aujourd'hui en lisant le nom de ce roc sur la carte mais j'y ai souvent pensé lors de ma préparation, comme le loup d'ailleurs. J'ai lu beaucoup d'articles à leurs sujets, très souvent négatifs, mais une chose est certaine c'est que les deux animaux ont fait régulièrement des incursions dans les Pyrénées-Orientales et dans ce secteur en particulier. Et même si je n'en fais pas, heureusement, une obsession, il m'ait très souvent arrivé d'y penser avec l'espoir d'une hypothétique rencontre pacifique !

Est-ce le fait d'y penser et d'être seul dans cette épaisse forêt, mais tout à coup, il me vient une appréhension, je suis tracassé. Je regarde autour de moi, je cherche mais quoi, je ne saurai le dire ! Un ours ? Un loup ? Un autre animal ? J'ai le sentiment d'être épié, surveillé, quand soudain, j'aperçois un gros il de bois qui me regarde ! Il est là, tel l'il d'un Cyclope, posé sur un billot, comme si quelqu'un l'avait placé délibérément ! Non, c'est impossible, je suis trop cartésien pour angoisser avec de telles balivernes ou pour croire à de telles sornettes ! Une fois de plus, la solitude me joue des tours ou j'ai trop d'imagination !

 

 Il est là, tel l'il d'un Cyclope, posé sur un billot, comme si quelqu'un l'avait placé délibérément !

Pour chasser ce démon de ma tête, rien de mieux que d'en rire et de prendre en photo de cet " ahurissant " il de bois ! Mais au moment où je m' allonge pour reprendre mon casse-croûte où je l'avais laissé, j'aperçois bien au dessus de moi, sur un autre chemin sans doute, un homme qui m'observe. Je suis à la fois rassuré de savoir que cet il de bois était inoffensif mais maintenant perturbé par cet homme qui ne cesse de m'épier. Il me regarde et je le regarde mais sans pour autant voir son visage car je suis beaucoup trop loin et je distingue simplement une silhouette ! J'essaie de l'oublier, de me convaincre qu'il s'agit peut-être d'un randonneur, d'un bûcheron ou d'un garde forestier ! Mais comme il ne cesse de m'espionner, je me résous à sortir mes jumelles. Aussitôt il disparaît et cet évanouissement a pour effet de m'alarmer un peu plus !

Je finis prestement de manger, range mon sac et ajuste mon baladeur MP3 sur mes oreilles. Rien de tel qu'un peu de musique pour éliminer cette ridicule anxiété ! Et c'est au son très circonstancié de la symphonie N°6 de Beethoven dite " pastorale " qu'une demi-heure plus tard, j'atteins le Col du Portus. Comme, il y a toujours autant de voitures, je descends sans tergiverser vers Nohèdes.

 

 

Paysages aperçus lors de ma pause déjeuner depuis le chemin

 

Au col du Portus

Il n'est pas encore 14 heures et s'il a fait bien moins chaud aujourd'hui que lors de ma première venue, j'ai tout de même vidé ma gourde en métal d'un litre et copieusement entamé ma poche souple de deux litres. Cette fois encore, j'ai enjambé quelques rus mais sans eau et seulement bourbeux et je n'ai pas trouvé de ruisseau digne de ce nom en provenance du Coronat ! Depuis début juillet, la sécheresse a continué à faire son uvre avec malheureusement une pluviométrie toujours déficitaire !

C'est donc avec un grand plaisir que je retrouve la petite retenue de l'Estany del Clot. Cette fois, il n'y a personne, ni campeurs, ni pêcheurs ! Le soleil est au zénith et l'eau semble " prenable " pour un bain rafraîchissant. J'ôte mes vêtements humides de transpiration et me jette en slip au milieu des vairons pour quelques brasses jusqu'au milieu du lac ! L'eau habituellement très fraîche est cette fois plutôt " bonne ", mais les hautes algues filamenteuses qui me chatouillent le ventre sont par contre très déplaisantes ! Quand au fond de l'étang, il est si vaseux que j'ai l'impression que mes pieds s'enfoncent dans de la glaise ! Je sors hâtivement de l'eau non sans avoir regarder auparavant si je n'ai pas quelques sangsues ou d'autres bestioles collées sur la peau !

  

 

Quelques photos prises après le Col du Portus et à l'Estany del Clot

    

  A l'Estany del Clot, un bain rafraîchissant sous la canicule

Après un agréable bain de soleil, j'ai repris ma marche vers Nohèdes. Désormais, je sais que je peux musarder sur ce chemin tout en descente car je suis à deux heures du village. Aussi, tout est prétexte à la flânerie : Je scrute un beau papillon ou un gros bourdon sur les fleurs violettes des chardons, je prends des photos, mes rencontres avec d'autres randonneurs s'éternisent. A la croisée de chemins, j'aide des enfants juchés sur leurs ânes à passer plus commodément un haut talus. Je plonge nu dans les vasques naturelles du torrent de l'Homme Mort. Si je quitte un sous-bois pour un pré bien vert, je ne peux m'empêcher de m'y coucher comme pour être encore plus proche de cette nature hospitalière. Je pars visiter des cortals abandonnés tout proches du chemin. Malgré, cette vadrouille, il n'est pas encore 17 heures quand j'arrive à la première maison de Nohèdes, distante il est vrai de plus d'un kilomètre du village. Puis c'est la petite centrale électrique et au dessus de moi, dans un brouillard naissant les hautes falaises calcaires du versant nord du Coronat. Je ne peux bien sûr m'empêcher de penser à " Alysse " et à ce désormais " inaccessible " projet d'aller la voir. Ce dessein, je l'ai si longtemps modelé pour finalement l'éliminer qu'il est maintenant très loin dans mon imaginaire mais à la fois si proche dans mes pensées quand je contemple ces falaises !

Bon, Nohèdes, que j'aperçois de l'autre côté de la route n'est plus qu'à cinq minutes ! Heureusement que le village est là car il aurait été saugrenu d'aller rechercher l'Alyssum Pyrenaicum à cette heure-ci ! Inutile que je ressasse cette idée !

 

 

 Quelques photos de ma longue flânerie de l'Estany del Clot à Nohèdes

17 heures pétantes, j'entre dans le village que je connais bien pour l'avoir déjà visité, je passe devant la Maison de la Réserve, elle est ouverte et je me promets de venir la visiter plus tard sans mon bardas. Je grimpe les quelques ruelles qui mènent au Presbytère, un établissement plutôt " sélect " si j'en crois son site Internet, où une " suite " m'attend !

 

 

 Quelques photos et des merveilles dans ma descente vers Nohèdes

  

Les falaises nord du Mont Coronat où poussent l'Alyssum Pyrenaicum

Accolé à l'église, le Presbytère est l'ancienne résidence des curés de Nohèdes dont l'un d'entre eux est resté tragiquement célèbre dans l'histoire (*). J'avoue que j'ai été immédiatement conquis par cette auberge. Par le cadre bien sûr mais surtout par la sympathie et l'amabilité de son patron Régis Dessain, par la cuisine " originale mais excellente " du réservé Carlos, par la gentillesse des autres convives et par cette franche cordialité qui a régné toute la soirée autour de la table carrée. Du coup, j'en ai oublié ma fatigue, ma solitude et cette idée grotesque que je rumine depuis la fin d'après-midi de grimper aux falaises pour découvrir Alysse !

  

 Mon arrivée à Nohèdes puis au Presbytère

(*) En 1881, à Nohèdes, hameau perdu des Pyrénées-Orientales, le curé du village, l'abbé Auriol, défraye la chronique en entretenant des relations équivoques avec l'institutrice. Dénoncé au procureur de la République de Prades, il se voit également accusé d'avoir empoisonné les soeurs Marie et Rose Fonda. Arrêté d'abord pour outrage public à la pudeur, il sera jugé pour le double meurtre de ses paroissiennes. Malgré l'absence de traces de poison dans le corps des victimes, le curé de Nohèdes sera condamné aux travaux forcés à perpétuité. L'abbé Auriol était-il coupable ? A-t-il été la victime expiatoire d'une époque propice à croquer trop facilement du curé ? Dans cette histoire restée énigmatique, a-t-il payé de sa personne pour avoir péché par la chair à une époque où la vertu était érigée en dogme. Vous pouvez retrouvez cette histoire et les nombreux rebondissements d'un procès retentissant dans le livre de Lionel Dumarcet " L'affaire Abbé Auriol ".

Bien avant le souper, j'avais eu le temps, de profiter de " ma suite " en prenant un bain, de me reposer un peu, de regarder la télé, de boire une bière sur la terrasse ensoleillée du Presbytère. Mais, comme je n'avais pas de maillot de bain, j'avais été contraint de faire l'impasse sur l'attirante piscine. Ensuite, j'étais parti découvrir toutes les ruelles, mais à mon grand regret, pas la Maison de la Réserve, déjà fermée à 19 heures ! J'avais voulu reconnaître l'itinéraire pour le lendemain et cela m'avait donné l'occasion de parler de mon périple à une gentille dame. Notre rencontre s'était un peu prolongée, car de son côté, elle avait envie de raconter " sa longue vie estivale " à Nohèdes. Et Dieu sait si elle en avait des choses à dire, elle qui venait y passer les vacances depuis plus de trente ans ! J'avais fini par apprendre que son mari adorait tellement le Coronat qu'avant de mourir, il avait souhaité que ses cendres soient éparpillées là haut au pinacle du Mont obligeant tous les participants à ses funérailles à grimper jusqu'au sommet ! A force de parler, cette dame avait fini par oublier sa fille et la promenade qu'elle s'était promise de faire avec elle ! Plus je l'écoutais et plus j'avais le sentiment que cette veuve cherchait une oreille attentionnée. Mais j'avais aussi acquis la certitude, que malgré le peu de mots que j'avais prononcé, elle avait trouvé en moi, comme pouvait l'être son regretté mari, un passionné du Coronat ! En la quittant, sous le regard noir et les injonctions pressantes de sa fille, j'avais cru bon de lui dire qu'en respectant les dernières volontés de son époux, elle l'avait certainement rendu bienheureux. En effet, amoureux qu'il était du Coronat, il devait être content de planer pour l'éternité au pays d'Alysse et au dessus de tant de merveilles.

 

 Le Presbytère, une auberge chaleureuse dans un cadre magique !

 

Aperçu de " ma suite " au Presbytère et vue de la fenêtre

 

 Quelques images de ma soirée à Nohèdes et la table carrée où régnait une franche cordialité

 

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