Jeudi 16 août 2007 4eme jour.

Nohèdes (995 m) - Refuge de Callau (1.540 m) 15 kms.

Celui que Dieu veut combler de ses grâces, il l'envoie dans le vaste monde pour lui faire voir ses merveilles- Josef Von Eichendorff (poète et romancier allemand -1788-1857)

 

La ruelle du Presbytère et le Coronat le matin de mon départ

Jeudi 16 Août, 8 heures. Je suis seul à déjeuner sur la grande table carrée de la salle à manger du Presbytère. Régis est " aux petits oignons " avec moi et s'inquiète de savoir si je ne manque de rien. Mais comment pourrai-je manquer de quelque chose alors que la table est littéralement inondée de mets de toutes sortes. Café, lait, eau chaude, thés, pain maison, grillé ou non, biscuits et gâteaux divers, miel, confitures. J'arrête là cet inventaire car je vais en oublier à coup sûr. Le p'tit déj' terminé, je remercie Régis pour la qualité de son accueil et lui promet de revenir sans faute avec Dany. Rassasié, je démarre cette deuxième journée sur le Tour du Coronat. Aujourd'hui, le ciel est très bas et je pars avec l'épouvantable pressentiment qu'il va pleuvoir toute la journée. En tout cas, et si heureusement il ne pleut pas encore, c'est bien ce qu'annonce Météo France !

En sortant, je me retrouve dans une ruelle sombre aux façades tristes alors qu'hier ces mêmes murs ambrés resplendissaient sous le soleil. Je suis arrivé dans un village lumineux et je quitte par la D.26 un village austère dans un paysage escamoté par les nuages. Les verdoyantes montagnes du Coronat ont disparu et seules quelques roses trémières donnent une touche de couleur à ce terne tableau. J'en suis même à regretter que les lignes électriques n'aient pas été enfouies car soudain je prends conscience combien ces poteaux et ces câbles qui grimpent au dessus du village peuvent enlaidir ce site.

 

 Vers le Col de Marsac, beau panorama sous un ciel plutôt morose

Bon, il ne pleut pas et j'avoue que je me réjouis largement de ça ! Je me dis que si malgré tous ces nuages, le temps pouvait rester ainsi, cela serait déjà très bien ! D'autant qu'en montant, les panoramas vers la plaine du Roussillon se dévoilent sous un ciel toujours gris mais bien plus haut. Force est de constater que la vue porte très loin et que seuls, derrière moi pour l'instant, les Massifs du Coronat et du Madres ont un couvercle nuageux très bas. Mais toutes ces réflexions " météorologiques " qui animent mon esprit ce matin ne servent pas à grand-chose. La pluie est annoncée et je sais pertinemment qu'avec l'angle droit que forme le chemin au Col de Marsac, je vais partir plein nord en direction du Madres. Le pire est donc envisageable ! Pour l'instant, la sente s'élève doucement sur des balcons dallés de lauzes. Je profite de cette clémence du temps pour quitter le chemin et visiter quelques orris (*), vestiges d'un pastoralisme quasiment disparu. Aujourd'hui, envahis par la végétation et les broussailles, je me dis que ces petits abris de pierres ont du à maintes reprises protéger des intempéries ces bergers et ces bergères dont la seule raison de vivre était la montagne. Et si je prends plaisir à les découvrir et à les visiter, j'espère au fond de moi que je n'aurai pas à m'en servir !

 

Départ de Nohèdes, panoramas vers le col de Marsac et orri.

9h 30, j'atteins le Col de Marsac. De ce promontoire, je domine la jonction des vallées de Nohèdes et d'Urbanya. D'ailleurs en sautant une barrière, je remarque un petit panneau qui m'annonce le hameau du même nom. Je m'étais juré d'y aller mais en raison du temps maussade et très incertain, j'hésite à faire les cinq à six kilomètres indispensables pour un aller-retour. Sans trop d'espoir d'un temps plus clément, je reporte ma décision à plus tard car de toutes manières, je sais que d'autres pistes pourront m'y amener. Comme prévu, le chemin de dirige plein nord. Je longe une clôture qui monte vers le Pic Lloset mais je la quitte très vite sur la droite quand je retrouve la large piste d'exploitation forestière. Du chemin, j'aperçois simultanément Urbanya blotti au fond du thalweg et deux gros sangliers qui descendent en direction du village. Je les vois détaler sur un talus aride, ils foncent au milieu de petites bruyères, traversent un maquis des genêts puis ils s'enfouissent dans les hautes fougères, en ressortent et entrent dans un petit bois où ils disparaissent enfin de mon champ de vision. La piste est très agréable car elle alterne des forêts de feuillus ou hêtres, frênes, bouleaux et chênes sont très présents, des sous-bois de pins et de fougères, des ronciers où je peux grappiller quelques mûres, des corniches arides, des landes de genêts, des près fleuris, des panoramas sur la soulane et les terrasses d'Urbanya ou sur l'épaisse forêt domaniale, la découverte de nouveaux orris ou de bergeries plus entretenues.

Le chemin du Col de Marsac en direction du Col de Tour

Il est midi passé. Le temps a filé très vite et je ne me suis pas rendu compte que cette piste avait été un véritable chemin de ronde autour du vallon d'Urbanya. Le hameau, je l'aperçois maintenant, microscopique au fond de la ravine. De ce belvédère naturel où je me trouve maintenant, j'observe tout le chemin parcouru depuis le Col de Marsac, je domine toute la vallée et la vue porte très loin jusqu'au Massif du Canigou. Sur ma droite, le vent consent de temps à autre une ouverture sur les falaises dénudées du Massif du Coronat. La chape nuageuse a laissé place à une brume plus fluide qui file vers le sud poussée par ce petit vent du Nord. Je me dis qu'il est temps de déjeuner car même s'il ne pleut pas et si je n'ai pas très faim, je sens dans mon dos, les vapeurs humides d'un brouillard qui descend du Massif des Madres. J'en profite pour appeler Dany et donner de mes nouvelles car le mobile passe bien ! Sur ma carte, j'analyse le chemin parcouru et celui à faire. Je suis agréablement surpris et je me dis que mon arrivée au refuge de Callau va être très " prématurée ". Si ce n'était pas ce temps trop incertain, je traînerai encore plus qu'hier !

 

 J'aperçois simultanément Urbanya et des sangliers qui dévalent le talus

L'agréable chemin en direction du col de Tour.

Je trouve un espace herbeux et m'installe pour déjeuner. Hormis une grosse et active fourmilière enchevêtrée dans un tronc vermoulu, ce temps morose semble avoir fait fuir tout le règne animal. Pas la moindre bestiole, pas un oiseau, pas un insecte qui volette, pas un seul bourdonnement. Seul le bruissement de ce petit souffle qui descend du Madres et fait frémir la végétation ambiante. Venant dans mon dos par vagues successives, une bruine froide m'enveloppe de temps à autre. J'enfile ma polaire pour la première fois. Plus épaisse par moment, cette brume obstrue ma vision quelques secondes, descend dans le vallon puis disparaît me laissant à nouveau le spectacle de ce somptueux mais grisâtre panorama.

 

Une jolie réserve d'eau au sein de la forêt domaniale

 

 

Du col de Marsac au col de Tour, un véritable chemin de ronde autour du vallon d'Urbanya.

  

 

  Avant, après et au col de Tour, le bois est omniprésent !

Cette fraîcheur ambiante m'oblige à repartir plus vite que je l'aurais aimé. Dix minutes plus tard, j'arrive à la croisée de multiples chemins au col de Tour. Je suis à 1.530 mètres d'altitude et j'ai accompli pour aujourdh'ui l'essentiel du dénivelé ! Une fois de plus, je regarde ma carte car il y a plusieurs solutions et mon GPS n'est pour l'instant pas suffisamment précis. Je trouve la bonne direction à gauche mais seul inconvénient, je ne trouve pas le canal que le chemin devrait suivre comme l'indique Glory dans le topo-guide. Bon ! Je me dis qu'il est peut-être enterré comme celui de Jujols et après maintes hésitations, je m'engage dans ce long mais agréable sous-bois qui mène au refuge de Callau.

 

Après le Col de Tour, j'aperçois le sommet du Dourmidou

  

Du col de Tour à Callau, des éboulis et le torrent Canrec.

Moi, je suis très en avance sur mes prévisions, mais la météo, elle, s'est trompée dans les siennes ! Il ne pleut toujours pas et je lambine sur cette bonne et agréable piste d'exploitation forestière. Sur ma droite, j'aperçois de temps à autres quelques sommets à travers les feuillages. Souvent voilés par les nuages, je crois néanmoins reconnaître les pics Roussillou et Dourmidou. J'enjambe le joli torrent Canrec. Il est 14 heures quand j'arrive enfin en " terre connue " à la Jasse de Callau. Le refuge n'est plus très loin, mais je m'arrête quelques minutes car mon attention est attirée par des " maquignons " qui s'occupent de leur bétail. Mais les chevaux et les bovins, eux semblent bien intrigués de ma présence et ils viennent à ma rencontre avec empressement. Avec bienveillance ? Je ne sais pas ? Aussi, je me hâte pour sortir de leur enclos en sautant avec sang-froid la barrière qui enfin me sépare d'eux. Ouf ! Je crois que je l'ai échappé belle car leurs sabots et leurs cornes n'étaient pas très loin. Les éleveurs, eux semblent ravis de me voir détaler ! Dix minutes plus tard, moi je suis ravi d'apercevoir les tôles rouillées de la toiture du refuge de Callau.

 

Quelques photos : Près du torrent Canrec et animaux à la Jasse de Callau

 

 Quelques images prises au refuge de Callau

Le refuge de Callau est un imposant bâtiment qui a servi très longtemps de gare d'exploitation et d'habitation pour les ouvriers qui travaillaient à la carrière de talc toute proche, carrière dont j'ai prévu la visite pour demain. Après l'arrêt de l'exploitation de la carrière, cette bâtisse a été restaurée et transformée en refuge de montagne à partir de 1984. Aujourd'hui, elle permet d'accueillir une vingtaine de personnes. Je suis cordialement accueilli par la prévenante Armelle Kervedo. Elle me guide dans le refuge et me recommande de choisir rapidement mon couchage car je suis le premier arrivant. Après une brève visite aux alentours du refuge, je m'installe sur un lit de camp à la fois près d'une fenêtre et d'un gros tuyau de zinc qui monte tout droit de la grande cheminée de la salle à manger. C'est dans cette atmosphère chaude et calfeutrée qu'après un peu de lecture, je sombre dans une sieste " hautement " bienfaitrice. Je n'en ressors que trois heures plus tard agacé par des cris d'enfants qui viennent de l'extérieur. Il s'agit d'un groupe de neuf hollandais, parents et enfants qui randonnent avec des ânes et s'installent bruyamment dans le dortoir d'à côté. Le silence revient. Je suis toujours seul dans mon dortoir et je reprends ma lecture où je l'avais laissée. Pas pour très longtemps car quelques minutes plus tard, les grands escaliers de bois craquent sous le poids " effrayant " des godillots de neuf autres randonneurs. Ils envahissent le dortoir, s'installent " à qui mieux mieux ". Cette fois, le calme dans lequel j'ai baigné une grande partie de l'après-midi est définitivement clos mais je ne m'en plains pas car cette ambiance contraste avec ma randonnée solitaire et, pourquoi ne pas le dire quelque peu sauvageonne. Aussi, quant à l'apéritif, puis au repas, l'adorable fille d'Armelle me propose de m'adjoindre aux neuf autres randonneurs du groupe " Natura ", je ne me fais pas prier et vraiment je ne le regrette pas ! Une fois de plus, ces rencontres, autour d'une bonne table, s'avèrent des plus enrichissantes, à l'image de cette australienne ingénue qui avait fait le choix de découvrir la France en parcourant les Pyrénées ou bien comme cet anglais candide qui s'étonnait de tout et dont on avait l'impression qu'il arrivait plutôt de Mars que du Royaume Uni. Les conversations furent pleines de fraternité, de complicité, de surprises. Puis les blagues fusèrent et la soirée se termina dans une explosion de fous rires et dans la bonne humeur. Mais comment pouvait-il en être autrement, puisque nous partagions la même passion ! Qu'on soit anglais, australien, breton, catalan, parisien ou marseillais, sur les chemins ou à table devant les succulentes lasagnes d'Armelle, nous les randonneurs, amoureux de la nature, inévitablement on se retrouve tous et toujours sous la même bannière ; celle de la camaraderie. Cela faisait partie des belles choses que je ne m'attendais pas à découvrir obligatoirement sur le Tour du Coronat mais quant on les a vécu, on se dit : Voilà une merveille de plus que j'ai découverte au pays d'Alysse.

 

  Le refuge de Callau est un imposant bâtiment qui a servi très longtemps de gare d'exploitation et d'habitation pour les ouvriers qui travaillaient à la carrière de talc toute proche. Après l'arrêt de l'exploitation de la carrière, cette bâtisse a été restaurée et transformée en refuge de montagne à partir de 1984. Aujourd'hui, elle permet d'accueillir une vingtaine de personnes.

 

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