Samedi 18 août 2007 6eme et dernier jour.

Llugols (730 m) - Jujols (940 m) 18 kms.

Le bonheur pour une abeille ou un dauphin est d'exister, pour l'homme, le savoir et de s'en émerveiller. Jacques - Yves Cousteau - Océanographe -1910-1997.

Samedi 18 Août 2007 8 heures, je me réveille. J'ai dormi comme un bébé et d'une seule traite ! Quelle différence avec ma nuit tumultueuse du refuge de Callau ! Llugols est un hameau très calme et le seul son que j'ai entendu ce matin, c'est le chant d'un coq et encore, dans le lointain me semble-t-il ! C'est à croire que le pays est si calme que même les coqs font la grasse matinée ! Dès que je me lève, le couple Naulin est aux petits soins avec moi.

  

 Au petit déjeuner, sur la terrasse du gîte Naulin, vue sur le Canigou

Une fois de plus, Madame Naulin m'installe sur la terrasse avec comme décor l'incontournable Canigou, enfin épuré de tous nuages. Une fois de plus, je suis choyé et je prends mon petit déjeuner avec ce merveilleux panorama pour horizon et tous les chats autour de moi. Un chat se frotte dans mes jambes, une autre se prélasse sur la murette comme pour me dire : arrête de regarder le Canigou et regarde-moi ! Deux autres jouent à se quereller comme pour susciter mon intérêt. Sous certains aspects malgré leurs attitudes si distinctes, ces chats me rappellent les miens, et me font prendre conscience de la fin de mon périple autour du Coronat. Eh oui, retrouver Dany, mes chats et ma maison, c'est pour ce soir ! Seul Bonnie, le gentil berger des Pyrénées, allongé de tout son long sur le perron, semble m'ignorer et se ficher de mon départ. Une fois de plus, j'ai traînassé comme jamais pour profiter encore un peu de ce " nirvana " matinal.

 

 

Les chats du gîte de Llugols, le matin au petit déjeuner

 

  Le facétieux Bonnie a décidé de marcher avec moi

9 heures 15, mon sac à dos est prêt, je règle ma note, remercie mes hospitaliers et sympathiques " aubergistes " et prend le départ de cette dernière étape sur le chemin que j'ai pris soin de reconnaître hier soir. Je remonte la piste où les enfants jouaient hier soir, laisse sur ma droite la chapelle Saint-Christophe et le roc à la croix " néolithique ". Je redescends une sente parfaitement débroussaillée par les habitants du hameau. Il n'y a pas cinq minutes que j'ai quitté le gîte et voilà Bonnie qui me dépasse comme pour me montrer le chemin. Cette fois, je ne veux pas qu'il me suive car j'ai 18 kilomètres à accomplir et je ne veux pas me retrouver dans le cas de figure que me décrivait Madame Naulin : être obligé de le ramener au gîte ce soir. En effet, Bonnie a pris la fâcheuse habitude d'accompagner les randonneurs et quand la randonnée se termine, les accompagnateurs se retrouvent avec Bonnie sur les bras. Ils ne leur restent qu'une solution, le mettre dans la voiture et le ramener à ses maîtres.

 

 Je quitte Llugols en direction de Conat, Bonnie me montre le chemin

De mon côté, j'ai beau lui proférer des " coucher " ou des " aller vas-t-en ", rien n'y fait ! Il marche loin devant moi mais quand il ne me voit plus, il s'arrête, s'assied et attend que j'arrive. Donc, il ne fait aucun doute, j'étais le seul randonneur présent au gîte et il a pris la décision de marcher avec moi. Pas de doute non plus, cette décision paraît irréversible. Inquiet, j'appelle Madame Naulin et l'informe de la situation. Elle me conseille de tenter de lui faire peur en lui jetant de pierres. Des pierres, ce n'est pas ce qui manque sur ce sentier, mais encore faut-il avoir envie de les lui jeter ! Ce n'est pas dans mes intentions, moi qui ne ferais pas de mal à une mouche ! Bon, j'ai beau feindre le geste, il n'a pas l'air impressionné du tout ! A sa façon de faire, je soupçonne Bonnie d'avoir intégré ces jets de pierres. Même quand je jette un caillou à côté de lui, il reste suffisamment loin pour ne pas être atteint et continue de me regarder avec son air triste et conciliant comme pour me dire : " Allez viens, avance, arrête de faire l'idiot, tu ne me feras pas changer d'avis et de toute manière, je vois bien que tu apprécie que je marche avec toi ! ". Puis il repart et continue à m'attendre à une distance respectable dès qu'il me perd de vue.

  

 En descendant vers Conat

En direction de Conat, le chemin zigzague tout en descente à travers une végétation typiquement méditerranéenne faite de chênes verts et pubescents, de quelques oliviers sauvages, de pistachiers, de cistes, de chèvrefeuilles et de camérisiers. Et bien sûr, toujours ces orris, ces capitelles et ces enclos en ruines, ces murets de lauzes, signes d'un pastoralisme omniprésent. Sur ma droite, le Coronat, sous un ciel immaculé, s'étale dans toute sa splendeur. De ce point de vue admirable, on se rend mieux compte de sa forme oblongue et de son étendue qui en font un massif très vaste et non pas un simple mont isolé comme on pourrait le croire sous d'autres perspectives. Sur ma gauche, la sinueuse D.26 déjà rencontrée à Nohèdes et le sillon de la rivière Caillan, confluent des rivières d'Urbanya et de Nohèdes, creusé dans une impressionnante toison de verdure.

 

  Les baliseurs ont joué les " Paul Klee " !

Je suis très surpris par le balisage car il n'y a qu'un chemin et pourtant les baliseurs ont joué les " Paul Klee ". Sur un seul rocher, je dénombre cinq couleurs différentes et pourtant mon GPS, pas suffisamment précis dans tous ces virages, lui n'en fait qu'à sa tête et me situe hors de sentier ! Il est 10h 30, le chemin suit et surplombe le Caillan un instant puis très rapidement j'aperçois les premières maisons puis l'église du village de Conat. Je me rafraîchis un instant au bord de la rivière alors que Bonnie a poursuivi en direction du village. Au moment où je franchis le petit pont qui enjambe le torrent, je le vois revenir vers moi comme affolé, suivi d'un gros chien noir. Je n'ai pas le temps de réagir que le chien noir se jette sur lui, mais loin d'être apeuré, Bonnie le retourne et le saisit à la gorge. J'ai beau crié mais rien n'y fait, Bonnie ne réagit pas à mes ordres, quant au chien noir, il fait mieux que de se défendre. J'ai l'impression que cette lutte va mal finir quand soudain une vieille femme sort de chez elle, se met à hurler et se jette dans la bataille en saisissant son chien par le collier. Très surpris par tant d'autorité, Bonnie lâche prise et viens tout penaud s'asseoir près de moi.

 

 J'arrive au dessus du torrent du Caillan puis à Conat,

Revoilà Bonnie, un chien têtu mais attachant

La vieille dame d'un air fâché me lance : " vous ne pourriez pas tenir votre chien en laisse ! ". Mais avant même que je lui réponde, elle rentre chez elle me laissant les " bras ballants " avec mon " chien à problèmes ". Je me remets à crier des " couchers ", des " vas-t-en ", je mime des jets de pierres, et avec son air confus et attristé, Bonnie repart mais pas du bon côté, il a décidé d'aller à Conat ! Cette fois, j'attends un peu et le laisse partir car je connais parfaitement le village et la suite de l'itinéraire qui file vers la belle chapelle de Belloc. Assis sur une murette, j'en profite pour souffler un peu et manger une barre de céréales. Je ne vois pas revenir Bonnie et je me dis que cette fois, il a du comprendre ma colère.

 

 

 A Conat, les maisons sont tournées vers le soleil comme des tournesols

Je déambule dans ce splendide village dont les maisons sont tournées vers le soleil comme des tournesols, je prends quelques photos, discute avec un vieil homme surpris de me voir marcher tout seul et qui finit par me dire : c'est pas très prudent ce que vous faites ! ". Il me paraît plein de sagesse ce vieillard, peut-être a-t-il raison ? Je laisse " l'homo sapiens" à ces sages réflexions puis repart en direction du beau clocher car je sais que le Tour du Coronat y grimpe juste derrière. Au moment où je quitte la route et emprunte une rampe pavée qui se dirige vers le beffroi, j'entends japper derrière moi. Bonnie est là ! Il me regarde et continue de japper comme pour me montrer sa satisfaction. En partie dissimulés derrière les boucles de sa crinière, ses yeux semblent me dire : " tu vois, je t'ai retrouvé, tu ne vas pas me lâcher comme ça ! ". Je ramasse un gravillon et cette fois je lui jette dessus mais comme une piqûre à un éléphant il ne réagit pas et continue de me suivre.

  

Après Conat, le sentier se hisse dans un fort dénivelé

D'emblée, le sentier se hisse dans un fort dénivelé. Un grand panneau m'indique clairement que je suis dans la réserve naturelle de Conat. Après celles de Jujols et de Nohèdes, c'est donc la troisième et dernière réserve naturelle que je vais traverser. Désormais, chacun de mes pas me rapproche du dénouement et de la fin de ces merveilleuses découvertes. Bonnie marche plus près de moi maintenant comme s'il doutait ou ne connaissait pas le chemin. Il m'attends plus souvent et semble inquiet dès qu'il ne me voit plus. Au fur et à mesure que je monte, les panoramas de tous côtés sont splendides et je découvre d'une manière plus aérienne les endroits où je suis passé hier et ce matin. D'ici, le Pla de Balençou délivre toute son aridité, Llugols s'évanouit sous les boqueteaux où seule la Chapelle Saint-Christophe reste visible. Quant au village de Conat, il s'éloigne et diminue au fur et à mesure que je me hisse dans ce rude raidillon. En bien meilleure forme que le premier jour, je monte d'un bon rythme et sans peine cependant. Cette fois, seuls le poids du sac, les photos et le besoin de me désaltérer sous cette chaleur intense me font m'arrêter. Dans cette pente escarpée, je me préoccupe plus de mon propre sort que de celui de Bonnie qui va et vient et multiplie sans cesse les distances. En effet, ici, le chemin est très embroussaillé et comme il est très étroit, j'évite difficilement tous ces buissons piquants. Une fois encore, de longs filets de sang dégoulinent de mes bras et de mes jambes. Mais j'en ai pris l'habitude et sais que c'est très superficiel.

  

 Je marche dans une nature généreuse et colorée, mais très piquante

 

 Après Conat, le sentier grimpe dans la réserve naturelle avec des panoramas sur le Pla de Balençou, la Plaine du Roussillon et la Vallée du Caillan

 

J'arrive à la fin du bon dénivelé, Conat disparaît, sous l'aride Pla de Balençou

  

 Du Pas de l'Escalle, j'aperçois Llugols, des paysages traversés, la plaine du Roussillon, Belloc

Soudain, je constate qu'il n'est plus là et comme désormais nous sommes loin de chez lui, aussitôt je m'en inquiète. Je me mets à l'appeler : " Bonniiiiiiieee !!! Bonniiiiiiieee !!! Bonniiiiiiieee !!!. Je l'entends aboyer très loin maintenant puis parfois les aboiements se rapprochent puis s'éloignent de nouveau. Court-il après un sanglier ou un autre animal mais j'ai beau hurler, Bonnie ne revient pas. Tout en montant , je continue de crier à tel point que la falaise me renvoie mon écho. J'entends toujours ses aboiements, mais ils s'amenuisent et je devine parfaitement que c'est du fond du vallon qu'ils proviennent dorénavant. Je voulais qu'il parte mais comme il n'est plus là, je suis anxieux et il me manque déjà. Soudain je réalise que nos chemins se sont séparés ici dans cette sente vers Belloc que j'aperçois enfin. J'arrive au Pas de l'Escale, la sente de faufile au pied d'une falaise puis dans un goulet rocheux et je finis par atteindre un éperon qui s'avance et domine la vallée du Caillan. De ce mirador calcaire, des vues époustouflantes se révèlent de tous côtés : sur ma droite, Prades, la vallée de la Têt, Belloc et le Massif du Canigou, en face l'immensité quasi désertique du Pla de Balençou, en dessous Conat et la verdoyante vallée du Caillan, sur ma gauche et derrière moi un bref aperçu des forêts domaniales de Conat et du Coronat. Dans l'immédiat et jusqu'à la Chapelle de Belloc, j'en ai terminé avec les durs dénivelés.

  

 La très belle chapelle romane de Belloc

 

 

 Après les falaises du Pas de l'Escalle, les ruines du village de Belloc et la chapelle de Saint-André de Belloc

 

 

A Belloc puis dans la belle forêt de pins sylvestres vers Saint-Etienne

Un dernier coup d'œil en contrebas sur la sente que je viens de suivre pour m'assurer que Bonnie n'est pas revenu et je repars sur l'agréable chemin qui court au dessus d'un vallon en direction d'une magnifique forêt de pins sylvestres. Là, dans cette forêt, je tombe sur l'entrée de ce qui ressemble à un caveau puis un long mur en pierres taillées dont les vestiges ont pour origine l'ancien village de Belloc. Belloc étant en Roussillon, un nom plutôt répandu signifiant " beau lieu ". 10 minutes plus tard, il est 12 h 30 quand j'arrive à la magnifique chapelle du même nom. Elle est en parfait état de conservation. Récemment et remarquablement rénovée, elle est dédiée à Saint-André et elle est dans le plus pur style de l'art roman catalan avec une nef unique. J'en fais le tour, prends quelques photos et m'installe sur l'unique banc pour un déjeuner champêtre. Les randonneurs sont nombreux à venir la visiter mais peu arrivent de Conat comme moi. Pour la plupart, ils viennent par une piste plus facile qui démarre à Villefranche-de-Conflent. Pendant que je déguste les gros morceaux de quiche Lorraine que m'a préparé Dominique Naulin, ce n'est qu'un va et viens de promeneurs et sans soute en raison de mon gros barda, souvent je fais office de " bureau de tourisme " et de guide dans ce qu'il y a encore à voir dans le secteur. Je leur indique les ruines du village de Belloc et bien sûr l'autre chapelle où je dois moi-même me rendre. C'est celle dédié à Saint-Etienne quelques centaines de mètres au dessus.

  

 De la chapelle de Belloc à celle de Saint-Etienne, le chemin file à travers une belle pinède de pins sylvestres

Mais aujourd'hui je ne me presse pas car le temps est propice à la flânerie et je veux vraiment profiter au maximum de ce dernier jour de marche. Ce n'est qu'une heure plus tard que je reprends ma marche en avant dans la splendide et tricolore forêt de Belloc où le jaune des fleurs des buplèvres s'étale au pied des immenses pins sylvestres dont les ramures vertes se détachent dans un ciel d'azur. Le sentier s'élève en surplomb de la Vallée de la Têt avec désormais, sur ma gauche le Canigou tout proche et la verte vallée de la Rotja dominé par la Massif des Très Estelles. Avec tous ces paysages, j'ai un sentiment de déjà vu, je me remémore le départ de Jujols et j'ai l'amère sensation d'une boucle qui commence à se refermer. De cet endroit, la mer est parfaitement visible pour la première fois et la plaine du Roussillon s'étale sur des dizaines de kilomètres dans un halo bleuté.

  

 La chapelle de Saint-Etienne

J'arrive à la Chapelle Saint-Etienne et retrouve quelques promeneurs déjà croisés à Belloc. Il y a notamment un couple avec trois jeunes filles qui pique-niquent sur l'herbe. Une fois de plus, ils paraissent impressionnés par mon allure et surtout par mon fardeau car d'emblée, ils se mettent à me questionner comme si j'étais le " guide spirituel de la randonnée catalane " : " comment fait-on pour monter au Canigou ? ", " les Gorges de la Carança ne sont-elles pas trop dangereuses pour les enfants ? ", et " le Carlit est-il accessible ? " etc.…..

Puis la conversation s'installe et ils commencent à m'interroger sur mon propre parcours, comment je fais pour ne pas me perdre. Je leur dis que je me suis vraiment perdu dans le massif qui nous fait face et comment je m'en suis sorti. Je raconte notre " Cauchemar aux Très Estelles ". De ce fait, le père de famille veut tout connaître du fonctionnement de mon GPS, je sors mes cartes et mes tracés Cartonav. Une heure plus tard, nous sommes toujours là assis sur la pelouse à discuter de randonnées, de VTT dont le père est accroc, du goût des enfants pour le sport, de gastronomie régionale. Il est 14 heures 30, la maman, elle, pense qu'il est temps pour les enfants de manger le dessert et sors un gâteau. Elle m'en propose un morceau accompagné d'un boisson chaude que je refuse gentiment car déjà j'ai le sentiment d'avoir beaucoup abuser du temps précieux de leurs courtes vacances. Je les salue, leur souhaite de belles randonnées en Roussillon et repars solitaire près de l'église.

  

 Entre Belloc et Saint-Etienne, beaux panoramas sur la Vallée de la Têt et celle de la Rotja, le Canigou, les Très Estelles et la Plaine du Roussillon

  

   Depuis Saint-Etienne, belle vue sur Villefranche-de-Conflent et le Canigou

Je suis en surplomb de la très belle cité de Villefranche-de-Conflent et j'observe ma carte. Je remarque à vue d'oeil que j'ai effectué moins de la moitié de l'étape. Mais j'ai beau tenté de calculer, il m'est très difficile de dire combien il reste. A partir d'ici et surtout avant d'arriver à Jujols, le parcours est très sinueux. Selon moi, dix ou onze kilomètres au moins sont encore au programme avec un dénivelé de 400 mètres environ jusqu'au Refuge de Roquefumade. Il est vraiment temps que je me mette en route et je quitte Saint-Etienne par un sentier parfaitement balisé en jaune et rouge comme le Tour du Coronat aurait dû l'être dans son intégralité.

  

Ces paysages se sont toujours les mêmes, mais en prenant de la hauteur et vu sous d'autres angles, il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir.

Je traverse et quitte la belle forêt de pins sylvestres et amorce une longue ascension sans réelle dénivellation. Maintenant le chemin est bordé de chênes verts, de chèvrefeuilles, de buis et d'églantiers et tous ces petits arbustes me laissent la satisfaction d'admirer de magnifiques paysages. Ces paysages se sont toujours les mêmes, le Massif du Canigou, la vaste plaine du Roussillon, le Pla de Balençou, les collines au dessus de la Vallée de Castellane, les petits hameaux aux tuiles rouges. Mais en prenant de la hauteur et vu sous d'autres angles, il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir. Désormais, je marche avec les jumelles dans ma poche et à portée de mains et, quand je l'estime nécessaire, je les porte à mes yeux, découvrant au loin une chapelle inconnue, un village que je n'arrive pas à identifier, un site déjà traversé ou bien un pic inexploré. Ce chemin est un véritable balcon sur tous ces panoramas et, il a cela de génial, c'est qu'en zigzaguant, il me permet de découvrir sans cesse de nouvelles perspectives au sein de nouveaux décors. Je quitte les petits arbustes pour une lande de genêts, puis ce sont des pelouses sèches, un bois de petits pins, je traverse des près verdoyants, puis une garrigue plus aride et plus rocailleuse, puis de nouveau des bois avec des grands pins sylvestres ou à crochets, un escarpement où poussent les bouquets de thym, de lavande et des bruyères naines. Parfois je tombe sur une surprise : une fleur nouvelle, une orchidée sauvage, un joli caillou troué, un petit fossile ou bien comme ce monticule de terre rouge, là tout près du chemin……

 

 Je quitte les petits arbustes pour une lande de genêts, puis ce sont des pelouses sèches, un bois de petits pins, puis….

 

 Je traverse des près verdoyants, puis une garrigue plus aride et plus rocailleuse, puis de nouveau des bois avec des grands pins sylvestres ou à crochets, un escarpement où poussent les bouquets de thym, de lavande et des bruyères naines….ou bien comme ce monticule de terre rouge….

Je m'en approche et monte sur le tertre, soudain, mon pied glisse sur cette terre meuble et d'un coup de rein, je me jette en arrière. Ouf ! Le vieillard de Conat avait raison, ce n'est pas très raisonnable de marcher seul ! J'ai failli trébucher et peut-être disparaître à tout jamais dans ce gouffre juste signalé par un trépied et recouvert d'un filet de protection. De la terre extraite de ce trou, je remarque quelques belles pierres ayant l'apparence de coraux. Un peu " maso " sur les bords, j'en prends quelques débris en souvenirs que je charge dans mon sac à dos déjà trop lourd ! Puis je reprends ma route, le sac exagérément chargé cette fois de quelques unes de ces " merveilles " du Coronat. En regardant un minuscule morceau de ce minéral métamorphosé que je tiens dans une main, je remarque que les excroissances sont de minuscules stalagmites et je me dis, pas de doute, il devait y avoir de l'eau ici et peut-être même la mer? Désormais, le sentier file en surplomb de la vallée de la Têt, et j'essaie de m'imaginer la mer, ces montagnes alentours qui peut-être étaient de délicieuses îles avec ces ravines qui devaient être de belles criques aux eaux limpides. De cet endroit où je suis juché maintenant peut-être aurais-je pu plonger ? Plonger, voilà un mot auquel je n'aurai pas dû penser, car une fois de plus le Pic des Très Estelles me fait face, il paraît encore plus proche cette fois. C'est que des plongeons, nous avons eu notre compte avec Dany là bas dans les cataractes de ce maudit ravin de l'Orry. Puis, je repense au départ de Jujols et à ces mauvaises pensées que j'avais eues en regardant ce pic et ce ravin et je me dis : " Non, cette fois c'est bien fini, une fois pour toute j'ai vaincu cette malédiction de me perdre en marchant ! ".

 

 Les Très Estelles, vue depuis le Coronat, le ravin de l'Orry que nous avons descendu et où nous nous sommes égarés en 2004 est parfaitement visible.

 

 

Après tous ces paysages divers et variés, j'arrive au Pla des Horts puis au refuge de Roquefumade

17 heures, grâce à tous ces paysages divers et variés, je n'ai pas vu le temps passé, j'arrive au Pla des Horts puis à un petit collet où un descente file en direction d'une grande antenne que j'aperçois en bas sur ma droite. Je décide de stopper quelques instants pour prendre un peu de repos et " casser un morceau ". Je ne sais pour quelle raison, à cet endroit, les nombreux papillons ont décidé de me butiner. Me suis-je arrêter à un endroit propice à leurs ébats ? Peut-être ? Toujours est-il que ça voltige copieusement autour de moi au point qu'ils se posent sur mes bras, mes jambes, ma tête, mes épaules ou mon sac à dos. Dès que je bouge pour les prendre en photos, ils semblent se rebeller et disparaissent dans la nature. Puis, tranquillisés par le calme environnant, ils reviennent en force. Une fois de plus, je me remets en route, décidé cette fois à aller jusqu'au bout sans m'arrêter car je n'ai plus rien à manger ni a boire. J'amorce cette descente et dix minutes après je franchis une belle forêt et j'arrive au refuge de Roquefumade. Il est 17 h 30. Quelques tuyaux en PVC surgissent d'une source et s'écoulent dans deux grands barils en plastique. L'eau y est si fraîche que je remplis mes deux gourdes et bois jusqu'à plus soif ! Puis la sente s'élargit, remonte un peu puis redescend définitivement cette fois. Après quelques virages, je distingue enfin Jujols tout en bas de l'autre côté de deux ravines. J'aperçois nettement le village comme accroché à la montagne. Telle un serpent, la piste blanchâtre qui conduit au Col Diagre et à celui du Portus est parfaitement visible tout comme la retenue d'eau que j'avais eu longtemps en point de mire lors de mes départs successifs de Jujols.

  

Après quelques virages, je distingue enfin Jujols tout en bas de l'autre côté de deux ravines.

  

Infinie, illimitée, interminable, longue, voilà les adjectifs qui conviennent le mieux à cette piste. J'ai beau descendre, suivre au plus près mon GPS, la couper parfois quand je découvre un raccourci, je n'en vois jamais la fin.

Une fois de plus, je vais m'en servir comme point de repère dans cette interminable descente vers la fin de mon aventure. Infinie, illimitée, interminable, longue, voilà les adjectifs qui conviennent le mieux à cette piste. J'ai beau descendre, suivre au plus près mon GPS, la couper parfois quand je découvre un raccourci, je n'en vois jamais la fin. J'ai le sentiment que le village recule au fur et à mesure que j'avance. 19 h30, je coupe une première combe et suis ravi de découvrir le nom de " Jujols " sur un petit panneau de bois accroché à un chêne-liège, puis je coupe un second ravin.

  

 J'ai le sentiment que le village recule au fur et à mesure que j'avance.

Cette fois pas de doute, me voilà dans la dernière ligne droite sur une sente qui s'élève et qui a donc décidé de me faire souffrir une dernière fois. Puis, c'est quelques panneaux invitant à des balades et enfin les premières maisons. Le soleil décline. Derrière moi ses derniers rayons illuminent les marbres roses du Coronat. Je rentre dans Jujols. La cloche de l'église sonne huit coups, il est 20 heures tapantes. Voilà plus de onze heures que je suis sur les chemins. Aujourd'hui, j'en ai profité un " max " !

 

Heureusement les panoramas sont toujours aussi beaux dans la descente vers Jujols, sur cette interminable piste

 

 

 

 Je rentre dans Jujols. La cloche de l'église sonne huit coups, il est 20 heures

  

 Je coupe une première combe et suis ravi de découvrir le nom de " Jujols " sur un petit panneau de bois

  

Cette fois pas de doute, me voilà dans la dernière ligne droite sur une sente qui s'élève et qui a donc décidé de me faire souffrir une dernière fois. Puis, c'est quelques panneaux invitant à des balades et enfin les premières maisons.

Avant de reprendre la voiture, j'ai envie de revoir une dernière fois la terrasse de l'auberge, j'ai envie de m'y poser un peu avec en face de moi ce majestueux Canigou, d'y prendre une bière bien fraîche, de respirer une dernière fois cette montagne, de repenser à ce périple, de reconsidérer mes découvertes, de revivre l'âme, le souffle de ces belles choses qui m'ont émues. Il faut dire que j'en ai vu des merveilles ! Mais je suis un rêveur, un contemplatif et comme dit Dany : " Nous sommes bon public et peut-être s'émeut-on de peu de choses ! ". L'auberge est fermée ! Dommage, pas de bière fraîche ce soir ! Je m'en vais voir si les chevaux qui gambadaient dans les nuages lors de mon départ sont encore là. Oui ils sont bien là, mais tout comme moi, ils ont fini de gambader. Ils sont plus calmes, tout comme le ciel d'ailleurs, sans nuages ce soir. Je m'installe sur une murette, le Canigou est bien là lui aussi ! Il est vraiment incontournable ! Je me mets à rêvasser. Dans ma tête tout s'accélère, je recommence le parcours, en quelques minutes je réitères mes six jours de marche, je revois les plus belles " merveilles ", celles qui m'ont vraiment marqué, mes étapes, les gens sympathiques rencontrés puis j'arrive et me retrouve assis sur ce muret de lauzes. Cette fois, c'est bien fini ! Mais j'ai une impression d'inachevé. Que me manque-t-il ? Je réfléchis à nouveau. Oui c'est évident, la première chose c'est d'avoir fait le tour d'un mont et ne pas le connaître pour autant : " l'ascension du Mont Coronat ! (1) ". La deuxième, " bon dieu, mais c'est bien sûr ! ", comme disait le commissaire Bourrel dans la célèbre série télévisée " les Cinq Dernières Minutes " : " C'est voir Alysse ! " Voilà ce qui manque à mon périple : " Voir Alysse au pays des merveilles ! ". Mais ça, Monsieur Lewis Carroll, c'est une autre histoire ne croyez-vous pas ?

  

 Les beaux chevaux de Jujols

(1) Le 14 octobre 2007, le jour de la Saint-Juste, grand beau temps, je décide justement l'ascension du Mont Coronat par une sente qui part du Col du Portus et suit la longue crête nord-ouest. 436 mètres de dénivelé, pour une grimpette qui me permet de revoir la quasi-totalité de mon périple. Les falaises où pousse Alysse sont à mes pieds maintenant. Pas de photos aujourd'hui, les piles de mon appareil m'ont lâché dès le démarrage. Puis, j'arrive au sommet à 2.172 mètres. Mais ici, je n'ai aucune vision. Et comme le disait si bien Antoine Glory, le sommet ne présente pas un grand intérêt. Ah oui, il y a un ! Un randonneur a perdu une belle boussole. Moi, justement je n'ai pas perdu la mienne ! Je la ramasse. Un souvenir de plus ! Je ne suis pas venu pour rien ! A part ça, je pense être seul, mais soudain trois chiens de chasse viennent me faire des " fêtes ". Ils semblent perdus mais néanmoins ils repartent comme s'ils cherchaient quelque chose. Je me retrouve à nouveau seul, sur ce petit mamelon, au sein d'une forêt de pins à crochets près d'un panneau " Réserve Naturelle de Jujols " et d'un trépied qui signale le sommet. J'ai juste le plaisir d'avoir boucler la boucle. C'est juste cela. Finis coronat opus. La fin couronne l'œuvre.

 

Cliquez pour voir d'autres merveilles et voir la bibliographie