Lundi 1er août 2005 : 1ere étape de 14 kms.

Chasseradès (1.050 m) - Le Bleymard (1.069 m)

Extrait du livre " Voyage avec un âne dans les Cévennes " de Robert Louis Stevenson. Stevenson arrive au sommet de la montagne du Goulet : Il me semblait qu'une fois franchi le contrefort que j'escaladais, j'allais descendre dans le paradis terrestre. Et je ne fus point déçu, puisque j'étais désormais entraîné à la pluie, à l'ouragan, à la désolation de l'endroit. Ici s'achevait la première partie de mon voyage. Et c'était comme une harmonieuse introduction à l'autre et bien plus belle encore. 

Mais il y eut un autre aspect agréable de notre séjour à l'hôtel des Sources. C'était cette ambiance feutrée malgré les allées et venues des touristes, des convives et des randonneurs en tout genre. L'hôtel était tranquille et presque silencieux comme si chacun prenait conscience de l'importance qu'il y avait à conserver à l'intérieur cette quiétude que l'on trouvait sans peine dans la campagne environnante.

 

A l'idée d'une nouvelle aventure, Dany à l'hôtel des Sources est radieuse avant le départ - Dany à l'entrée de Chasseradès, le départ est lancé

Après une nuit profitable, il est sept heures quand nous rejoignons la véranda pour le petit déjeuner. Nous nous sommes levés tôt car nous avons hâte de découvrir de " nouveaux paysages en couleurs " et cela nous donne des " fourmis dans les jambes ". Pourtant, nous ne sommes pas vraiment pressés, car avec ses quatorze kilomètres, cette première étape n'a rien d'exceptionnelle même s'il y a la Montagne du Goulet à franchir. Le ciel est d'un bleu cristallin à peine parsemé par endroit de longues stries nuageuses blanchâtres. Nous allons avoir un temps superbe et ça nous mets du baume au cur de démarrer sous le soleil. C'est avec un bel appétit que nous engloutissons les tartines beurrées, les croissants, les divers biscuits, les jus de fruits, les yaourts et les fruits de saison qui composent ce copieux petit déjeuner. Assis près de nous, le chien du patron " n'en perd pas une miette ! "

Dès le départ, je peste car mon appareil photo numérique ne fonctionne toujours pas. Pourtant j'ai changé les piles après les avoir chargées toute la nuit. Heureusement, j'ai prévu un stock suffisant et je finis par trouver quatre accus qui devraient être satisfaisants pour la journée.

Jusqu'à Mirandol, nous connaissons ce tronçon déjà réalisé l'an dernier lors d'une promenade. Nous prenons la direction du village de Chasseradès que nous atteignons rapidement. Par le petit pont de pierre, nous entrons dans le village que nous traversons par d'étroites et ancestrales venelles. Nous voilà, maintenant sur le large chemin ombragé partant vers Mirandol et qui finit sa course sur le parvis de l'admirable et imposante église Saint-Blaise.

 

 

A la sortie de Chasseradès, sur ce chemin antique qui descend vers Mirandol

Quel bonheur ! Quelle satisfaction de marcher dans le silence de ce matin d'été ! Hors mis quelques vaches qui broutent paisiblement dans les prés adjacents, nous paraissons seuls au monde sur ce chemin antique qui descend en direction de Mirandol. Vieille croix de pierre, stèle en hommage aux bâtisseurs morts en construisant le viaduc de Mirandol, ce chemin a été, tour à tour, emprunté depuis l'antiquité par les croisés et les pèlerins, les bergers et les muletiers, les cheminots et les chemineaux, et depuis Stevenson, par des randonneurs contemplatifs.

 

Croix séculaire à la sortie de Chasseradès

 

Dany observe la montagne du Goulet que nous devons gravir

Du plateau, le regard porte sur la Montagne du Goulet avec ses formes douces et arrondies. En dessous, on devine le ravin du Chassezac, puis on aperçoit la voie ferrée et ses tunnels anti-congères. Enfin Mirandol apparaît avec son admirable viaduc dont l'allure galbée me rappelle la queue d'un immense dragon. Brusquement, le sentier plonge vers le village, longe le gîte d'étape où nos amies Martine et Henriette avaient logé l'an dernier, passe sous l'impressionnant viaduc où coule le Chassezac puis entre dans le village.

Aussi soudainement qu'il est descendu, le GR se met à gravir une étroite ruelle où règne une intense agitation. Plusieurs maçons restaurent de vieilles demeures, des paysans s'agitent autour de quelques vaches, des chiens aboient à notre passage. Malgré la rude montée, nous pressons le pas pour rejoindre les prairies et quitter au plus vite cette bruyante civilisation, tout en jetant derrière nous, un dernier regard au viaduc, superbe ouvrage d'art couronnant le village.

Un chemin caillouteux ceint de vieilles pierres grimpe dans les pâtures. A notre grand étonnement, un vieil homme accompagné d'un chien, un agriculteur certainement, le descend en courant, se jouant avec aisance des cailloux qui jaillissent du sol. A notre hauteur, il ralentit sa course, nous sourit et dans un patois mâchouillé, lance à notre attention un " FA PA TO CHO " complètement incompréhensible pour moi.

A ma grande surprise, Dany lui répond sans hésitation :

- Bonjour, non ça va bien comme çà !

- Eh, tu es doué pour les langues régionales, je n'ai rien compris !

- Il a dit : " Il fait pas trop chaud ? ".

- Ah, bon !

L'homme, d'aspect octogénaire, accélère à nouveau, poursuit son chemin aussi vite que son chien. A tout moment, je m'attends à le voir tomber mais il court avec une dextérité étonnante, puis disparaît dans le virage suivant.

 

Dany avant puis après le hameau de Mirandol

Sur le plateau, le sentier suit maintenant la voie ferrée parallèlement à la Montagne du Goulet jusqu'au village de l'Estampe. En lisant, le topo-guide, j'apprends que la ligne fut ouverte vingt quatre ans après la construction du viaduc de Mirandol et qu'initialement, elle devait passer sous la Montagne du Goulet par un tunnel de 2124 mètres de long, la protégeant ainsi de l'enneigement. Ce projet qui avait coûté trois millions de francs de travaux déjà réalisés fût abandonné. Comme quoi, le gaspillage de l'argent du contribuable ne date pas d'aujourd'hui !

 

Le train sur la ligne La Bastide-Mende emprunté hier, le Gr.70 suit la voie ferrée jusquau village de l'Estampe

A l'Estampe, le GR surplombe le village et retrouve le bitume de la D.120 pendant quelques centaines de mètres. Nous sommes au pied de la montagne du Goulet dont les couleurs estivales s'étalent comme sur la palette d'un peintre. Les verts pomme plus ou moins intenses des près et des feuillus tranchent avec les émeraudes des résineux, les épilobes d'un rose éblouissant et les bruyères d'un rose violacé s'emparent des contreforts défrichés. Après quelques champs de blé parés d'or, le chemin continue par une piste à travers la Forêt Domaniale.

 

 

A l'Estampe, le GR.70 surplombe le village

 

Après quelques champs de blés parés d'or, le chemin continue dans la forêt

Nous pénétrons le sous-bois avec ses senteurs de résine et de terreau humide. Après quelques zigzags permettant d'éviter un rude dénivelé, nous quittons ce sentier forestier et retrouvons la D.120 que nous empruntons jusqu'au col situé à 1.413 m. Il est 10 heures.

Ici même, et nous comprenons mieux pourquoi, Stevenson écrivit dans son Journal de route en Cévennes : " Il me sembla qu'une fois cette crête franchie, je descendrais dans un éden de vergers roses et printaniers, de paisibles ruisseaux et d'ailes de moulins à vent qui tourneraient dans un ciel rouge d'éternel couchant ".

Pour nous, ce col, se fut d'abord un jardin d'éden de fleurs multicolores puis sur l'agréable chemin qui descendait jusqu'aux ruines du hameau de Serreméjan, le paradis des fruits rouges. Les délicieuses myrtilles, framboises, mûres et autres fraises des bois venaient sans cesse coller le bout de nos doigts rapidement empourprés, rougir nos lèvres et parfumer notre gosier. Au point que n'avancions plus et que nous fûmes rejoints par un groupe de randonneurs. C''était notre première rencontre avec ce groupe que nous appellerons pertinemment, mais sans trop savoir pourquoi, " le groupe des profs !". Trois femmes et trois hommes ! Au cours de nos nombreuses pérégrinations, nous n'avons jamais rencontré un groupe de personnes qui avait l'air, à la fois, aussi hétérogène et aussi soudé.

Non, nous n'étions pas seuls sur le Stevenson, et encore moins au monde! Mais qu'importe, nous étions heureux d'être là, de profiter de cette nature généreuse, de marcher dans un cadre enchanteur et c'était bien cela que nous étions venus chercher.

 

Dans la forêt du Goulet puis au sommet dans un jardin d'Eden multicolore

Avant Serreméjan, sur la piste forestière, quelques trouées dans cette épaisse végétation laissent entrevoir le Mont Lozère que nous devrons franchir dès demain.

 

La forêt domaniale du Goulet : un paradis de fruits rouges

Nous arrivons à Serreméjan, hameau en ruines avec ses grandes bâtisses délabrées. Les toitures sont effondrées, les murs si épais, qu'on aurait pu penser inébranlables, gisent sur le sol et forment des amas de pierres colossaux. Mais avec les vestiges qui restent encore dressés, on imagine aisément qu'une laborieuse activité ait pu exister dans cette cité fantôme.

  

Du Goulet, panorama sur les Monts Lozère

 

Le hameau abandonné de Serreméjan (*)

Montage réalisé à partir d'une photo tirée d'un très beau site sur le Chemin de Stevenson : http://lmdesert.club.fr/cevennes/index.htm

Sur le Stevenson, en direction du village Le Bleymard

Après nous être restaurés avec les énormes sandwichs de notre panier repas, nous continuons de grimper vers une crête en compagnie d'un randonneur solitaire. Nous atteignons le sommet constitué d'un large chemin, la Draille des Mulets (*), que nous traversons. Le GR descend en direction de la source du Lot. On imagine mal que ce petit ruisseau que nous suivons maintenant, pratiquement asséché par endroits et que nous allons traverser à gué un peu plus bas, puisse devenir le grand affluent que l'on connaît.

(*)Les Drailles sont des sentiers qui parcourent les crêtes des Cévennes. Elles ont été les premières voies de communication à travers le pays.

 

Près de la Source du Lot et au petit hameau des Alpiers

Peu à peu, nous quittons la dense et sombre forêt pour des bois de feuillus plus clairs et quelques lumineux champs céréaliers bordés de genêts. Il est 13 heures 30 quand le petit hameau des Alpiers apparaît à notre regard au détour de la route goudronnée que nous venons de rallier.

Quelques maisons très anciennes aux toitures de lauzes, certaines avec de magnifiques colombages ralentissent notre marche. Malgré tout, le hameau est rapidement traversé. Seule, à la sortie du village, une étrange croix de pierre soutient intensément notre attention et mérite une photo. Sur cette croix, sculpté en relief, un homme avec des bras et des mains démesurées. Un Christ stylisé, sans doute, qui semble vouloir embrasser ceux qui le regardent.

 

Une étrange croix de pierre à la sortie du hameau Les Alpiers,

 

Arrivée au village du Bleymard

Le GR.70 est désormais devenu un large sentier que nous quittons rapidement par la gauche pour une sente escarpée et ravinée. Les premières maisons du Bleymard apparaissent, puis le village tout entier blotti au fond d'une vallée entourée de collines de tous côtés. Stevenson avait décrit son arrivée ainsi : " Devant moi s'ouvrit une vallée peu profonde et, à l'arrière, la chaîne des Monts de la Lozère, partiellement boisés, aux flancs assez accidentés dans l'ensemble toutefois d'une configuration sèche et triste ".

Pour nous, l'arrivée n'est pas triste, bien au contraire. Campings, commerces et estivants créent une agitation discordante et contrastée avec la paisible et silencieuse marche de six heures que nous venons d'accomplir.

Par la D.901, nous entrons dans le village et trouvons rapidement l'hôtel " La Remise ", refuge accueillant de cette première et splendide journée.

Une jolie chambre mansardée ! Toute l'après-midi devant nous ! Que c'est bon les vacances !

  

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