Vendredi 5 août 2005 : 5eme étape de 13 kms.

Cassagnas (693 m)- Saint-Germain de Calberte (489 m)

Extrait du livre " Voyage avec un âne dans les Cévennes " de Robert Louis Stevenson. Stevenson arrive à Cassagnas : Je me rapprochais maintenant de Cassagnas, un brelan de toits noirs au versant de la montagne dans cette sauvage vallée, parmi les plantations de châtaigniers , les yeux levés dans l'air clair vers d'innombrables pics rocheux.

Quand je m'éveillai, Dany me regardait. Bonjour la mongolienne ! Tu as bien dormi ? Lui dis-je. Dans la tente, tout le monde éclata de rire. Le " groupe des profs " semblait réveillé et cette courte plaisanterie détendit immédiatement l'atmosphère. Les ronflements avaient été modérés, la nuit douce et tranquille et chacun semblait de bonne humeur.

A tour de rôle, nous partîmes sous la douche puis nous rangeâmes nos affaires avant d'aller prendre le petit déjeuner. Ces préparatifs nous accaparèrent plus d'une heure et après avoir quitté nos bagages à l'entrée de l'hôtel-restaurant, l'horloge du bar indique 8h15 quand nous quittons l'Espace Stevenson. En définitive, la seule note négative, mais elle est de taille, est l'obligation de partir sans provisions pour le pique-nique de midi à cause du prix prohibitif pratiqué pour un panier-repas. Pour ne pas partir les mains vides, car sur la route, il n'y aura aucun hameau où se ravitailler, nous sommes contraints de chiper les quelques bouts de pain qui subsistent sur les tables des petits déjeuners.

A Plan de Fontmort, devant la stèle érigée en hommage aux Camisards

Les groupes " Les Amis de la Nature ", " les Profs " plus quelques marcheurs isolés, nous sommes plus d'une vingtaine de randonneurs a démarré simultanément.

Nous traversons un pont où la Mimente s'élargit et forme comme un étang. A ce carrefour, les groupes se disloquent, certains partent sur d'autres sentiers vers d'autres horizons. Nos compagnons de voyage continuent le GR.70 qui s'enfonce immédiatement dans un sombre bois de feuillus parsemés de quelques résineux. Comme à notre habitude, nous fermons la marche, à la recherche perpétuelle d'un peu de solitude et de quiétude. Ici, commence la splendide forêt domaniale de Fontmort en plein centre du Parc National des Cévennes.

Malheureusement situé hors du GR.70, nous ne verrons jamais le village de Cassagnas, haut lieu du protestantisme et dont les cavernes toutes proches servirent d'arsenaux aux Camisards. Fait rarissime en France pour être signalé, cette commune possède un temple protestant mais aucune église catholique.

Le " chemin royal " suit la ligne de crête et domine les Cévennes

Après les falaises de schiste rouge des gorges de la Mimente, ici le sentier est constitué de pierres plates luisantes d'un aspect feuilleté et souvent fissuré. Tantôt argentées, tantôt dorées ou bien noires, les couleurs de ces lauzes varient au gré de leur composition chimique. Le soleil qui brille en cette splendide journée projette ses rayons ardents sur ces pierres étincelantes. Dans la légère montée, les bois de châtaigniers, de chênes, de hêtres et de bouleaux laissent peu à peu la place aux coniféres. De cette canicule torride s'exhale un mélange de parfums de résine, de cistes et de lichens.

Juste avant d'atteindre l'intersection des GR.7 et 67, nous rattrapons le " groupe des profs ". Comme les " moutons de Panurge " et sans y prendre garde, nous les suivons dans leur erreur de parcours. Quelques minutes plus tard, nous voilà au beau milieu du carrefour du Plan de Fontmort devant l'imposant obélisque dédié en 1887 aux martyrs de la guerre des camisards.

Plaque commémorative sur la stèle de Plan de Fontmort

Ici même, plusieurs combats opposèrent les troupes du roi à la bande de Pierre Séguier. Esprit Séguier, comme chacun l'appelait en raison de ses dons de prophétie, fut capturé ici même le 28 juillet 1702. Il fut le premier camisard jugé et condamné pour l'assassinat de l'abbé du Chayla, archiprêtre des Cévennes. Sa vie de chef d'une bande fut éphémère car il fut brûlé à Pont-de-Montvert le 12 août 1702.

 

 Sur cette portion du chemin, la présence de l'homme est séculaire !

 Même si je ne regrette pas cette découverte du Plan de Fontmort, haut lieu de la guerre camisarde, je comprends vite notre erreur en regardant le topo-guide. Sur mes conseils, tout le monde fait demi-tour et nous repartons sur le GR.70.

 Ce sentier suit " un chemin royal " construit après la révocation de l'Edit de Nantes par Basville, intendant du roi. Ce chemin de crête qui évitait tout hameau avait été creusé dans le schiste pour mieux surveiller et combattre les exaltés et remuants Camisards. L'aménagement de cette route permettait de faire circuler plus aisément les troupes du roi avec leur matériel.

 Ce sentier que Stevenson emprunta de nuit est resté identique depuis la fin du XVIIeme siècle. Convenablement entretenus, les soubassements du chemin constitués d'amoncellements de lauzes plates sont restés intacts. Des vététistes aux cavaliers en passant par les randonneurs, tous les amateurs de nature prennent plaisir à l'emprunter. Il faut dire que le spectacle sur les splendides et vallonnées Cévennes est saisissant. De cet endroit plus qu'ailleurs, et sous un ciel bleu immaculé, l'impression de cet enchevêtrement de montagnes à perte de vue est remarquable. Les serrats et les valats, comme on dit ici, forment d'immenses et immobiles vagues vertes et bleues dans un océan de nature.

 

 De ce chemin royal, le panorama sur les Cévennes est un vrai spectacle

 10h30, nous retrouvons les " profs ", qui avaient pris un peu d'avance, occupés à une collation. De cet endroit, à plus de 1000 mètres d'altitude, le panorama est superbe. La présence d'un gros menhir de quartz blanc et d'une ancestrale sépulture formée par quatre plaques de schistes retient l'attention et atteste de la présence de l'homme dans ces montagnes depuis des temps immémoriaux. Nous stoppons devant ce paysage pour quelques photos et grignotons fruits secs, biscuits et barres de céréales accompagnés d'un thé brûlant.

 

 A pied, à cheval, à dos d'âne, les randonneurs sont nombreux sur le GR.70

 Sous un agréable soleil, nous continuons cette sente qui évite le Mont Mars (1.162m), puis redescend à travers quelques sous-bois en direction des vestiges gallo-romains de Saint-Clément puis jusqu'au Col de la Pierre Plantée.

Vestiges antiques, menhirs et sépultures mégalithiques, les histoires vraies et les fables s'entremêlent dans ces Cévennes, à la fois terres d'invasions et terres d'asiles. Ces histoires s'entrelacent comme les montagnes, les vallons et les ruisseaux dont elles sont issues et laissent derrière elles, des lieux aux noms étranges.

Comme dans ce conte extraordinaire, entre mythe de Sisyphe et Chemin de Croix, de la légende de la " Vieille Morte ":

C'est l'histoire d'une vieille fille qui avait pêché et qu'une méchante fée avait condamné à errer dans le pays toute sa vie. Accompagnée de son enfant, d'un chien et d'un âne (déjà !), elle devait porter une grande pierre sur son dos. Ereinté par ce voyage, rapidement l'enfant mourut et sa mère l'enterra au Plan de Fontmort (efont mort, enfant mort), puis se fut au tour du chien dont elle laissa le cadavre dans la Fosse du Chien (Lo Cros del Chin). Puis lors d'un terrible orage, la femme s'abrita à " Escota se Plou " (Ecoute s'il pleut) mais l'âne fut emporté par le Gardon en crue au lieu-dit Négase (Noie-âne). Lasse de tant de souffrances, la pauvre femme s'endormit au lieu-dit " Mordeson " (Morte de sommeil) puis elle entama une ultime ascension et planta sa pierre devenue trop lourde. Elle finit par mourir d'épuisement sur la cime d'une montagne que l'on appelle désormais " la Vieille Morte ".

 

 Sur l'agréable chemin de schistes en direction de la Pierre Plantée

  

Toujours ces inextricables montagnes bleues évoquées par Stevenson !

 Il est 12h30, Dany et moi, nous ne voulons pas mourir d'épuisement. Partis sans panier-repas de l'Espace Stevenson où les prix d'un sandwich, d'une pomme et d'un œuf dur avaient soudainement flambés, nous languissons d'arriver " Au Petit Calbertois ".

A cause de nos estomacs qui crient famine, nous ne flânons plus et amorçons une rapide descente vers " Lou Serre de la Can " où se trouve le terme de cette étape " Au Petit Calbertois ". De la Pierre Plantée jusqu'à l'hôtel, le GR.70 emprunte une large piste forestière qui domine la Vallée Longue.

Puis le GR.70 quitte cette piste et continue tout en descente sur un étroit sentier en direction de Saint-Germain de Calberte.

 

 Au col de la Pierre Plantée, puis au bord de la piscine du Petit Calbertois

   

 Au " Petit Calbertois ", le manège équestre et l'hôtel

Rapidement, nous longeons un village de vacances et un complexe hôtelier sans nous rendre vraiment compte que nous sommes arrivés !

Cours de tennis, aires de jeux, manège équestre, chevaux et poneys, piscine, petits bungalows surplombant la vallée des Basses Cévennes, le " Petit Calbertois " est un lieu privilégié pour les amoureux des loisirs de plein air ou du farniente.

  

Dans le tronc d'un châtaignier, arbre emblématique des Cévennes

Nous retrouvons nos bagages et intégrons une jolie chambre avec vue sur les montagnes et la vallée. Une douche rapide et à toute vitesse, nous descendons au bar pour un énorme jambon-beurre agrémenté de lamelles de gruyère et de cornichons. 14h30, ouf, il était temps de déjeuner ! Pour manger nos sandwichs, nous rejoignons le " groupe des profs " sur la vaste terrasse ensoleillée où des bières très fraîches nous attendent déjà.

Dans ce cadre idyllique et reposant, l'après-midi passe vite. Piscine, bain de soleil, visite du domaine et photos, lecture et apéro, l'heure du souper est déjà là et nous retrouvons les " profs " dans la vaste et belle salle du restaurant où trône une immense cheminée. Salade de chèvre chaud, truite aux amandes et tourtières aux pommes viennent clore cette vagabonde journée en Cévennes d'agréable façon.

La marche a du bon, beaucoup de bon et pas uniquement sur les chemins !

 

 

 L'étape de Cassagnas à Saint-Germain de Calberte, Stevenson et Modestine l'avaient parcourue la nuit, leurs ombres planent encore sur ces collines !

(Montage personnel à partir d'une photo réalisée de nuit depuis la fenêtre de notre chambre au Petit Calbertois)

   

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